De la Hue, Uardtiel Trouvèiet, loinc III
D'où qu'elle vienne, druidique ou normande, jamais tradition ne fut plus vivace et ne se perpétua davantage. En Angleterre, à plusieurs reprises difTérentes, on essaya de faire revivre la Table ronde, au moins de nom; Roger, comte de Morlimer en fit fabriquer une en or massif de trois pieds d'épaisseur, et É louard 111 en avait une à Windsor, autour de laquelle pouvaient s'asseoir vingt-quatre chevaliers. Le but même de l'association répondait trop à l'idée de pairie pour que l'institution ne lut pas prisée de l'aristocratie anglaise.
Hoc séaient li vassal Tuit chevalraent et tuit égal A la table également séaient * Et également servis estoient
Nul d'els ne se pooit vanter Qu'il seist plus haut que son pei'.
Aux grandes fêtes de l'année, c'est-à-dire Noël, Pâques et la Pentecôte, ArlhurréunissaitroiSjChevaliersetbarons. dames et demoiselles qui venaient rendre liommage « au plus grand monarque qui ait jamais existé (1) ». Il n'était pas de Breton, d'Écossais, de Flamand ou de Bourguignoû, de Français, de Poitevin ou de iSormand qui ne tint à venir à sa cour, tant pour juger de sa courtoisie, que pour voir ses Etats, que pour
Cuneistre ses barons
Tant pur aveir ses riches dons.
De povres homes est amez Et des riches mult honorez.
Les rois étrangers lui portaient envie et le craignaient, car ils avaient peur qu'il ne conquit tout le monde et ne leur enlevât leur couronne. Mais tous ces rois et ces chevaliers étrangers venus pour admirer Arthur ne faisaient pas partie de la Table ronde. — Bien que les romanciers ne soient pas d'accord sur le nombre, on admet comme chiffre le plus élevé celui de 150, nombre, dit le roman de Merlin, qui devait être complété le jour de la Pentecôte. Nous sommes loin de connaître tous les noms des chevaliers qui recevaient une investiture spéciale (2). — Parmi les principaux souvent cités dans les romans, nous connaissons : Hoël, roi de Bretagne, Armorique, beau-frère d'Arthur, le roi Loth et ses fils Gauvain (3),
1. Tout chevalier, qui voulait devenir fameux, se rendait à la cour d'Arthur; là il portait des habits d'une seule couleur, des armes d'une seule couleur et suivait les lois de la chevalerie... Parmi les courtoises dames, il n'y en avait pas qui acîordàt son amour à un chevalier qui n'avait pas subi trois épreuves chevaleresques, et l'amour en les faisant plus chastes rendait les guerriers plus vertueux et fameux. (Brut d'Angleterre, 2= partie, et Merlin, 1''' branche.)