‹ Du roi Arthur et de la légende du GraalChapitre 19 sur 25 · Dans le but de rechercher le Saint-Graal · texte numérisé non relu

Dans le but de rechercher le Saint-Graal

3. Gauvain (Gwalhmai), le héraut à langue d'or, l'un des trois sages de l'île, l'un des tfois guerriers les plus aHables.

3 6 LA LÉGKNDE Df BOI ARTHUR

Geredied, Agravain, Mordred, Hector, donl la femme a nourri Arthur, Kai, son fils, sénéchal et majordome, I ancelo', amant de la reine et hôros de Vant d'aventures, Caradoc, le vaillant et le fidèle, Gaîaail. le pieux (1), Bâtard de Lancelot, qui consacre sa vie à la quête du Sainl-Graal et court ' mille dangers en compagnie de Boors et de Perceval...

Dans les assemblées solennelles, les chevaliers renouvelaient leurs serments, juraient de se montrer miséricordieux et loyaux, de secourir les femmes en détresse et de ne soutenir aucune querelle injuste « sous peine de perdre tous leurs privilèges et d'être bannis à jamais de la cour d'Arthur ». Les noms des chevaliers étaient inscrits en lettres d'or sur leurs sièges, mais il y avait toujours une place vide. On l'appelait le siège prrilteux. D'après Mallory, cette place était réservée à l'heureux chevaU^r qui devait accomplir la conquête merveilleuse du Saint -Graal.

Au premier rang des « Onôteurs du vase sacré » brille l-ancelot du Lac (2), fils du roi Ban de Benwicke. C'est le paladin sans pareil, l'idéal de la chevalerie. Brave, doux, galant, toutes les belles l'aiment, tous les chevaliers le respectent. « Dans les tournois, être vaincu par lui est un honneur égal à la plus éclatante victoire remportée sur une autre. » Doué de tant de qualités et jouissant de si grande considération, quel chevalier était plus digne (jue lui de délivrer le Hoi-Pécheur et de recouvrer le Saint-Graal. Mais nous savons que pour conquérir ce précieux vase, il ne suffit pas d'être un chevalier sans reproche, il faut être exempt dépêché mortel. Or, dans la vie de Lancelot. en dehors des menues peccadilles, si facilement excusées chez ces chevaliers, il y a une tache qui lui interdit de concourir efficacement ;V la quête mystique. Cette tache, c'est sa passion pour Genièvre, passion |)rofonde et aveugle, inéluctable aussi sans doute, puisqu'elle lui fera oublier ses devoirs de chevalier, la reconnaissance qu'il doit à .\rthur. Il n'en tente pas moins de conquérir le saint vase et, une fois, il parvient à Vopercrvoiv ; c'est le moment où le prêtre l'élève comme la sainte hostie devant l'autel; l'iifficiant semble accablé sous le poids de l'objet mystérieux et chancelle. Lancelot élend la main [lour le soutenir, et aussitôt il est frappé d'un évanouissement qui dure vingt-quatre jours, en punition d'un luimbre égal d'annêus passées dans le péché (3). Fatigué et découragé, il retourne à la Cour, laissant le pii>ux Galahad, Boors et Perceval mener à bien leur mission sacro-sainte.

Lancelot est rentré au palais d'Arthur et encore sous finipression du très long et mystique voyage qu'il vient de terminer, des recom-

1. Galiilitil ou Gataad, porsoona!;» mysli jîic el all(!gori(pio qui scnililc ropri^sen'.cr le sainl Illtud iluii Triaili-a.

8. Le |iri'iioiiiiii(:c de Lancelot (on suppose (jhu Io nom vient de Ancfl, vassal) a une aunlo^lc liicn fiappaiitc avec celui do Tristan, c( Ici deux roniaiw ool, quant nu Tond, des r('iM-rril>hnr(>t palciilo*. l/oiji;! lo do leurs nvonlurcs viendrait de Uallca où lo chevalier Maêl a IniMé un rciium amutireux de mdne nalurc : les barde.*' ruiil Je ce Mael ou Macll^ua un des ainauts de !a reine aMC laquelle il s'est enfui en B<'n»sv.

:<. Thomas Mallory. Wright, 1858, et Quête du Saint-Granl, do Qaiiiier Map.

mandations de Galahad et des choses surnaturelles qui lui sont advenues, il se résoud à changer de vie... Il avait compté sans la reine Genièvre, qui bien qu'aisément consolée durant l'absence de Lancelot, n'en reprend pas moins empire absolu sur le paladin. Les années s'écoulent et le roi Arthur ne se doute encore de rien, tant il a gardé sa conliance à Genièvre qui « molt bien l'accolle » au retour des guerres, tant surtout il subit le charme du preux chevalier. Des insinuations perfides sont venues l'avertir; il a refusé d'écouter et éconduit les lii'nonciateurs. Le jour vient pourtant où le soupçon s'est emparé de lui, où il questionne ceux qui l'approchent; son caractère s'aigril; il veut savoir et ne rien apjjrendre ; il voudrait tout ignorer et pourtant être convaincu. Ces alternatives d'espoir et de rancune enfantées par la jalousie sont esquis-;ées plutôt que traitées dans le Lancelot — car à cette époque les romanciers n'étaient guère de taille S disséquer les âmes avec un scalpel, mais on trouve là des observations justes et des détails qui sont de tout les temps. — La, découverte de l'inconduite -de Genièvre, son enlèvement par Lancelot, la guerre qui s'en suivit en Bretagne et dans les Gaules, puis l'envahissement de la Burgondie par l'empereur Lucius, la bataille sous Langres, le retour d'Arthur en Bretagne où son neveu Mor.lred a voulu le déposséder et éjiouser la reine Genièvre, sa lutte contre son neveu déloyal et sa disparition finale, voilà ce que nous détachons, aussi brièvement que possible, des romans de Lancelot et'*' des annexes, la mort d'Arthurt etc. (1).

Arthur a interrogé les cinq fils du roi Loth qui se sont renfermés dans un silence inquiétant. Gauvain et GalAriet se sont éloignés pour ne pas être obligés de parler. Agravain est resté avec les deux autres (2) ; Arthur s approche de lui, lé saisit par le bras et le conjure de lui dire ce qu'il craint d'apprendre. Alor* Asravaui : « Ha Sire, ne m'ociez mis, ains le vous dirai. Je disoie à messire Gauviu et as autres, qu'ils étoient desloial et traîtres de ce qu'ils ont sofert si longuement la honte et le désennor que Lancelot vos a fête. — Coment, fet-il, m'a donc Lancelot fait honte, dites-le moi? — Sire, il vos a fait desenuor de vostre femme qu'il a conneue charnelment, ce savons nos. » Le Roi, si préparé qu'il fut à cette révélation, pâlit. Puis se reprenant aussitôt, il établit son plan de conduite... Il consent, sur le conseil de Jago-Agravain, à tenter une épreuve pour surprendre les coupables et feint de partir pour une longue chasse, à laquelle Lancelot n'est pas convié.

1. Dans le roman de Triitan, on retrouve ces tz-ois traîtres qui livrèrent au roi Marc le secret des amours d'Yseult et de Tristan.

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