‹ Du roi Arthur et de la légende du GraalChapitre 23 sur 25 · lluclicr. L'Arl Gaulois · texte numérisé non relu

lluclicr. L'Arl Gaulois

2. Nous avons «oub loa yuiix le fac-simllf d'une de cet monniio. Le vase largo ot peu profond qu'à d^'crit llélinand se ppracnli- netlcmeot sous le guerrier ihuuIïqI un cheval au galop.

3. Rabelati (5* livre. — chip. 10 parle ainsi de la rcliipie.» Là (l'D l'ile de C'.nssad«) aussi aoui dl>l élre uuc flas pic iW »Mig g^ial, rliu<e divine et à i>imi de gens cuunuc. »

•1. Dans lo JoarpI, d'Arimat/iie ce sont le» fl('èle» (|iii lui oui donné ce nom. Dans Merlin Il rtt (lil : Kl par re l'appelons nos grual qu'il agrée as prudes liuines. Eu cest vi'ssel trist le sang du Jliisu Criai.

M. Millin, de l'Institut, a prouvé, en 1803, que le Giual ii'élail autre chose que le san Catino conservé précieusement à Gênes, et dont parle la Chronique de Louis XII (l). Or, calino, ca</», veut dire plat, assiette, vase.

En somme, Gréai voulait dire vase en romain, et ^lu risque d'être pédant, je vais citer, d'après Roquefort, un passage des Assises de Jérusalem qui prouve que le mot était en us^age constant sans qu'on pût en délîair exactement l'origine. Bien qu'en disent les élymologistes, il en est ainsi de bien des mots douteux. « Le jor dou coronement, le seneschau peut et doit ordener le mangier dou jour et coment on servira... et quant le Roy aura mangié doit le seneschau mangier et toutes les escueles et les grcaux en que il aura servi le cors dou roy dou premier mes (service) doivent estre soues (siennes) plaines de tel viande com le cors dou roy aui'a esté servi celuy jor. >> Ceci prouvera au moins que l'expression était usitée dans la vie ordinaire et que gréai était un terme générique et non pas seulement un vase de grès. On ne voit pas, en eflFet, le sénéchal recevoir en cadeau des terrines de grès.

Passant du général au particulier nous apprendrons dans certains vieux auteurs que le Gréai presque toujours accompagné de l'adjectif saint était le Vessel dans lequel Jésus-Christ mangea l'Agneau pascal avec ses disciples. Ce vase a, suivant d'autres, la forme du Calice et servit à recueillir le sang et l'eau qui découlèrent des plaies du Seigneur (2).

Luc du Gast d'abord, Gautier Map, Robert de Borron ensuite, plus tard Chrestien de Troyes (3), Elle de Borron et Wolfram donnant à leurs romans la forme mystique et le but religieux devaient, pour sanctifier les faits et gestes des chevaliers d'Arthur, chercher un symbole émané de Dieu.

Ainsi armés comme nous l'avons dit des traditions druidiques, ils se tournèrent directement vers le Nouveau Testament et dans le sacrement de l'Eucharistie trouvèrent ce symbole qui devait remplacer la tradition païenne. Les Evangiles des apôtres ne leur apportant ni mystères assez inconnus ni légendes assez surnaturelles, ils empruntèrent en les amplifiant certains détails de l'évangile apocryphe de Nicodème et les traditions vraies ou fausses dont le livre latin de Glastonbury était l'expression. Il y avait une mine à exploiter d'autant plus intéressante, dans ces siècles de foi naïve, que les récits pouvaient se parer d'une apparence de vérité et que la Passion devait y jouer un rôle principal (4).

1. Croniques de Loys X//par Jehan d'Autun, année 1502, f° 111 et 112.

2. Ce vase était encore le hanap sur lequel le sauveur prononça les paroles qui sont devenues celles de la consécration du Calice.

3. Chrestien de Troyes tout en conservant au précieux vase ses vertus divines a composé un roman beaucoup moins religieux que ceux de ses prédécesseurs et s'est attiré l'anathème de Wolfram von Eschembach.

4. Nicodème, un des chefs de la secte pharaïque, disciple secret de Jésus-Cbriât, fut déposé desacharge et banni. On a impriiné sous son nom en ISlôundes manuscrits qui conteuaient son évangile apocryphe. — Il ne fut jamais reconnu par l'Eglise ; Voltaire l'a commenté et en a tiré des arguments contre le christianisme.

kt LA I.ÉfSENDE Dl' SAINT-GR A Al.

Passons en revue les différents romans où il est traité du Graal. Je n'ai pas la prétention de donneren quelques pages l'analyse de tous ces romans, mais ayantvécu enlonpue communion avec eux, aussi bien dans les précieux textes qu'en têteà tête avec leurs nombreux Iranscripteurs ou commentateurs j'ai tenté de mettre en lumière les différentes légendes enchaînées les unes aux autres en ne m'égarant pas dans des épisodes interminables ou dans des hors-d'œuvre inutiles à la trame principale et qui par la traduction perdent de leur charme. Au rebours des grands maîtres qui se vantent d'avoir lu tous les manuscrits (l)et de les avoir compaiés entre eux, j'avoue humblement que ne pensant pas avoir dix ans de liberté com pléte devant moi je n'ai [)as commencé un ouvrage (jue mes faibles épaules n'auraient pu supporter. Gmime [)Our la légende d'Arthur j'ai désiré seulement faciliter la ti'iche de i:tux qui veulent apprendre sans trop de lassitude. Heureux si quel (ues-un? après avoir lu cette étude peuvent percevoir une idée de ce qui est renfermé en tant de volumes aujourd'hui presque ignorés et tant prisés jadis (2).

Nous avons donc à glaner dans les ouvrages suivants : 1° Josrph d'Arimathie ou le petit Suint-Granl itar Robert de Borron;

2° le Saint Graal qu'on croit dû à la collaboration de Gaulier Map et de Robert de Borron (3).

1. M. Paulin Paris l'a fait pour les romans en prose, mais c'est peut-être le seul avec M. Hucheri;ce dernier pour le Cycle du Graal seul). La plupail des comnienlateurs on traduit d'après les livres impfimés de Ph. Leuoir 15(0 à 1528 et les édilions pins rfcciiles.

2. Comme documents de premit're main je me suis servi du manuscrit de Kennes {Le Saint-Gro'il de Robi;rt de liorron) et d'un <lc3 livres sur le grand Saint-Graal édi es par Pb. Lenoir 1526. Je me suis aidé de r.iiivrn;,'e d'crudilion de M. Hucher sur le Saint- Graal (.tf'Jiuï'-ciï ilii Mam de liaulijr Mi,t et Jo Ro!iert de 13Jr.•on^ .les Runans de la Tahle ronde, de M P. Paris, de la (- impitnlion de Mallory 1585. éditée par Wrifrlit dans son texte primitif des lia-des el rryao^rcs do l'.ibljé le La Hue, des Mabiiini/ioii, traduction antflaiie le lady CAi. iJu 'st. de l'édi ion Foer.'iler des lIEuvres de Chrestiun do Troyes, de la traduction anglaise de l'Archéologie de Gniles, etc.

3. Robert de liorron (dans lo Gilinais) dès 1169. cpo']uo à InTiiclle il a quitté Borron lemblc seoir eu des rap.iorls avec Waller ou Gautbier Map; il a dû colialinror avec lui lui pourlo graud Graal s'il (le s'en est inspiré pour le petit. Ils disent tous deux qu'Us ont ërrit d'après un ouvra.;e latin et certains auteurs affirment que le pcaud Saint-Graal fut d'abord écrit on latin. Qu'y a-t il de vrai 'lans ce» assenions On e»t fondé à croire que Map a cté l'initiateur et que Hobert alors au serncc du frère du comte de Montbéliard fit ses travaux pour complaire è ce dernier. Il ne p>juvait coonatire les légendes artliuricnnes, tandis i|ue Map «ucccsseur de Gautier Caindenius comme «rchidiarre d'Oiford, devait coDiialIrc !'//'<.' l'iVi "nVoriMm de Gc ilTroi de M inmootli etie llrul </' 1 ri y/c/circ de Wace. C'est le maiue a.ii; ils qui a dA avoir lo premier l'Idée de mélaniter la légende ce'tiqnc avec révanifllc de Ni-.jdciun. De là ce» point j de raccorde nent de la Table carrée do Jutepb qui vient en aiiiloiric avec la Table ron le lanrrr par Wace d'après le» tradi imi» breiiUino». i^bre»ticn de Troyes venu le dernier, prclend que les merveille» de la d'VouvflrIe du Saint Va«e étaient amplement dérritos dan» un livre connu k Kécamp. (A l'.ibbaye de Kécamp les moine» coDScrvaie.nl dan» une fiole do cristal le thog de Jéjiu>-Cbri»t recueilli par Nicodème). Le» donnée» que l'on possède sur ce manuscrit ne prouvent pas en loutca» une priorité.

3" le roman en vers du Saint Graal publié par M. Francisque Michel en 18il et dont on ne connait pas l'auteur;

4° Perceval le Gallois, roman en vers de Chrestien de Troyes ;

^° Perceval ou la Queste du Saint Graal par Robert de Borron et ses continuateurs, sans compter le/'rt)Si/a/deWolfran, le SirParcivp.lle anglais, des extraits de Trislan ou d'autres romans où il est question du Graal.

Joseph d'Ârimathie, premier héros des romans, est ce disciple secret qui ensevelit le Sauveur. Voici comment il nous est présenté : « Au jor ke li salveres del Monde solTril mort, fu mort destruite et nostre vie restorée; ai cel jorestoient moultpoi (peu) de gent qui creissent en lui mes etoit un Chevalierki avoit à non Joseph deArrimachie(l)(ce estoitunechité en la reter de Aromate qui moult biele estoit). En celé chité esloit Joseph; il estoit venus en Jherusalem set ans devant ce ke nostre Sires fu mis en croix et il avoit rachaté la créance Jhesu-Crist mais n'osoit faire semblant por les félons Juifs... Il etoit plein de patience nés (non souillé) d'envie et d'orgueil, il se couroit les poures, totes ices bontés eloient en lui et de lui parole li primiersalme del sautier : Buenzheurcus ki ne s'accordent mie as consanz des félons (2).

Avec « cet homme de bien suivant l'Evangile », nous assistons à la Passion tout entière. La cène est relatée, comme le lavement des pieds chez Simon le Lépreux, comme la trahison de Juilss. Les détails donnés sur le mauvais disciple sont assez curieux.* Jhesu avoit parmi ses disciples Judas qui eloit seneschal et come tel avoit le disime (dime) de ce que il venoit à son segnour et Madame sainte Marie la Madalaine avoit espandu un onghement sous les pies de Jhesu Crist,(si s'en couroucha J. C. Si s'en courroucha Judas et conta que li ongemens valoit CGC. deniers — et qu'il ne voloit mie perdre la soie rente ; se li fu avis que la soie disme valoilbien XXX deniers; » et c'est pour récupérer ces trente deniers qui lui étaient enlevés qu'il alla livrer Jésus à ses ennemis.

Quand Joseph eût vu mettre le Sauveur en croix il demanda à Pilate l'Ecuelle ou Hanap où Jésus avait mangé avec les douze apôtres. Puis ayant obtenu d'Hérode, pour services rendus, le corps du Sauveur il le mit avec l'aide de Nicodème dans un sépulcre « où il meesmes devoit être mis, puis ala querre (quérir) l'escuele ensameson», recueillit tout le sang qui coulait des plaies « tant come li en pot avoir, puis le mist dans l'escuele et lenport à la meson... S'en retorna au sépulcre et si ensevelit le cors de son segnour. Si le recocha el sépulcre etsi mist à l'entrée ungpierre moultgrant et moult pesant porce qu'il ne voloit que nul entrast (3).

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