‹ Du roi Arthur et de la légende du GraalChapitre 4 sur 25 · De la Rue, Bardes et Trouvères · texte numérisé non relu

De la Rue, Bardes et Trouvères

3. Mabinogion (En/'")ipes), contes naïfs et populaires, conservés dans deux manuscrits; Van du xiv" siècle connu sous le nom de Livre roufre d'Herffest (collège de Jésus à Oxford) a été traduit par lady Charlotte Guesl '838-1849. I/aufre du xiii" siècle dont le

deux Brclagnes. Nous verrons quelques années plus tard M. de la Villemarqué s'emparer de cette manière de voir et, avec les ailes du poète, la porter jusqu'à l'invraisemblance.

S'il ne révère pas, historiquement parlant, la Cliroitii/ue de Geoffroi de Monmouth (1), l'abbé de la Rue est tout près d'accepter une légende armoricaine importée, disait-on, en Angleterre, par Gauthier Calenius, archidiacre d'Oxford, et sur laquelle GeollVoi aurait édifié sa chronique. Robert Wace, pour son roman du /irut d'Angleterre, s'est servi de la Chronique, ce n'est pas douteux, mais comme il parle d'événements sur lesquels GoofTroi est muet, il est à supposer qu'il avait connaissance d'un ensemble de récits populaires où Geoffroi avait trouvé lui-même le canevas de son hisloire. Robert Wace, par exem[)le, parle de la Table ronde que GeoflVoi passe sous silence.

Por les nobles baruns

Fist arlus la roonde table

Dont Breton (lient mainte fable

Hocseeicnt li vassal

Tôt chevalment et lot ingal. (principe de régatitc entre les

chevaliers).

Robert Wace n'a pu inventer les règles de clievalerie de la Table ronde, et il a trouvé cela dans les fables bretonnes. C'est l'avis de Caylus et de Daunou en même temps que celui de l'abbé de la Rue.

propriétaire M. Vaughan avait refusé la communication à lady Guest a été transcrit récemment par M. Kvans, Irjduit et publié par M. J. Loth, Rennes, 1888.

« Les Mabinogion ne se recommandent pas seulement à notre étude comme manifestation du g^nie romanesque de la race bretonne. C'est par eux que l'imagination galloise a exercé son influence sur le continent, qu'elle a transformé au douzième siècle la poétique de l'Europe, et réalisé ce prodige que les créations d'une race k demi-vaincue soient devenues la fête universelle de l'imagination du genre humain. »

Renan, Poifsie des races celtiques.

\. Geoffroi de Monmoulli, clerc breton mais ài- culture franco-normande mit en latin pour Robert do Glocester, lils d'Henri 1" (li3i)) des contes gallois précédés d'une histoire des rois de Bretagne qu'il faisait remonter à Brutus, llls d'Enée, (dans la chronique de Neniiius, llrutus est un troisième frère de Romulus et do Hemus). Geoffroi prétendait n'avoir fait que transcrire un livre écrit en langue bretonne. Sous Henri II, qui avait le même gùùl pour ces récils, Robert Wace écrivit en français la première histoire d'Arthur (lloman du Brut) et ouvrit la voie où marchèrent après lui les imitateurs français, provençaux, Scandinaves, espagnols, etc.

« — Il ne faut pas rabaisser la gloire des premiers trouvères qui tirent passer dans une langue lue et romprUc alors d'un bout à l'autre de l'Europe des (iclioDs qui sans eux fussent sans doute n-stées inconnues. Il est difdciie cependant de leur décerner le titre de créateurs. Les nombreux passanes où l'on sent qu'ils ne comprennent pas bien l'original qu'il* imitent it où ils cherchent à donner une signincalion naturelle à des circonstances dont la portée mythologique leur échappait, sufllscnl pour prouver qu'ils s'en tcnaicDt d'ordinaire Ik un calque assez fidèle des canevas qu'ils avalent sous les yeux. >

Renan, l'ocsie des races ceZ/iques.

Si tout n'est pas vrai dans l'histoire de la Table ronde, tout non plus n'est pas faux (I). N'est-ce pas là reconnaître qu'au xii' siècle il existait des chants populaires sur lesquels lui, Wace, écrivait, chants où la légende et la fable concouraient avec les faits vrais (2)? Les écrivains anglais du xii" siècle corroborent très nettement cette pensée. Pour n'en citer qu'un, Guillaume de Malmesbury convient que les Bretons, pour agrémenter leurs récits, ont lini par les gâter par des fables. Il déplore qu' « un prince qui avait si vaillamment combattu pour son pays ne soit honoré que par des fictions »; il regrette surtout la perte des anciennes traditions contenues dans les chants populaires (3) :

Canlilenx per successionem temporiim detritse...

Ce qui donne de la force à l'opinion de La Rue, ce sont les « lais » et principalement ceux de Marie de France. Là nous quittons le domaine de l'hypothèse et de la supposition, nous entrons dans un champ restreint, il est vrai, mais fertile et dont la moisson est facile.

A Iheure qu'il est (il n'en a pas toujours été ainsi) l'importance et l'authenticité des lais (4) parvenus jusqu'à nous, notamment ceux de Marie de France, n'est plus discutée (5). C'est peut-être le canal unique, mais il est pur et on ne saurait trop y insister. Ces lais semblent avoir été connus en Angleterre, du temps des Saxons, avant la conquête normande, et n'avoir pénétré en France que par la suite. C'est en Angleterre même que Marie de France écrivit les siens. Elle atteste qu'elle a entendu et lu tous ces

1. Ne tout mensonge, ne tout veii- Ne tout fable, ne tout saveir Tant ont li conteor conté

Et li fableor tant fable Pour lor contes embeleter Qu'ils ont fait tout fable sembler.

2. Quand Robert Wace affirme que le roi Arthur institua l'ordre de la Table ronde, il se peut très bien qu'il ait dit vrai, écrivant sur des histoires ou sur des traditions qui ne sont plus connues aujourd'hui.

Comte de Caylus, Mémoires sur l'ancienne chevalerie et sur les anciens romans, -p. ii2.

3. Dans le Draco normannicus il est iiuestion(on ne possède que les titres des chapitres) d'im grand nombre de fables bretonnes. Ont-elles servi aux trouvères? On n'en reconnaît pas les traces dans les romans de la Table ronde, mais certainement ce recueil n'était pas isolé.

De la Rue, Bardes et Trouvères.

4. Lai. On sait que le lai breton était un morceau de musique accompagné de paroles, la « note » jouait le rôle principal ; quand le français eut remplacé le breton la musique disparut, mais le mot lai signifie ce qui peut se chanter. On les distinguait en lais d'amour, lais de chevalerie, etc.

Breton: lai; irlandais gaélique : Zaoi ; islandais : liod ; Icuiou : lied; latin barbare: leudus.

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