Zimmer, Uretonische elemenle in der Arthur n(f«, etc
cloîtres avaient pu recueillir ou composer de chroniques latines où les récits païens et chrétiens s'entremêlaient), ou au contraire, les romanciers du xn° siècle, prosateurs et poètes, ont-ils recueilli des légendes qui existaient bien avant eux, et les ont-ils livrées au monde féodal, amplifiées, brodées, embellclces, nn peu teintées de l'orientalisme né des croisades et de l'influence maure? Ces sources sont-elles, directement ou indirectement, les triades galloises, les contes populaires répandus dans les deux Bretagnes, voire les lais bretons ?
Il semblerait que si quelqu'un avait été capable de résoudre mathématiquement le problème c'eût été M. Paris. Â l'autorité d'une érudition incontestée, il joignait un doigté de chercheur habile et heureux. Plus aisément qu'un autre il a pu approfondir et retourner la proposition en tous sens. Dans l'introduction du premier volume de la Dissertation sur Icf: romans (1), peut-être subissant encore malgré lui le charme des publications de, M. de la Villemarqué, il établit un système :
Ces compositions sont comme le reflet des traditions répandues au xii° siècle parmi les Bretons d'Angleterre et de France.
Trois sources principales à ces traditions :
1° Souvenirs des longues résistances des Bretons insulaires à la domination anglo-saxonne;
2° Les lais ou chants poétiques échappés à l'oubli et qui berçaient journellement l'imagination populaire;
3° Les légendes relatives soit à l'établissement de la foi chrétienne dans la Bretagne insulaire, soit à la possession ou à la perte de certaines reliques. (Cette dernière remarque s'appliquera particulièrement à la légende du Saint-Graal, émanant du faux évangile de Nicodème.) A ajouter à ces sources principales un certain nombre de reflets orientaux apportés par les pèlerins de Terre sainte ou les Sarrazins, et ce qui pouvait rester, dans les pays autrefois occupés par les Romains, de souvenirs mythologiques, — souvenirs qui, comme nous l'avons vu précédemment, étaient en la possession des peuples du Nord sans exception, y compris les Celtes.
M.Paulin Paris a donc repris le système de Fauriel, en l'affirmant davantage, et on serait porté à croire qu'après avoir exposé un programme large, en somme, et assez élastique pour s'étendre ou se rétrécir à volonté, il en resterait là sans quérir d'autre aventure. Il semblait avoir épousé son sujet en noces durables, et c'est en connaissance de cause qu'il en parlait. Pourquoi, à plusieurs reprises, modifia-t-il ses premières impressions? Il l'explique lui-même à la fin du cinquième volume, où il se déclare porté à l'indulgence pour les erreurs d'autrui, étant donné que lui-même se voit aux prises avec le tâtonnement et à des divergences d'opinions entre ses propres écrits. S'il n'ose s'avouer vaincu ou condamné à l'a peu près, après tant d'années de recherches, du moins demeure-t-il aussi hésitant
1. Déjà dans la préface de Garin le Loherain il avait étudié le système de Fauriel 1833.
qu'Hercule au célèbre carrefour et ne sail-il à quelle hypothèse se vouer. On ne peut que s'incliner devant les scrupules de conscience d'un savant aussi spécialiste, mais on i)eut regretter que se heurtant devant un mur jugé par lui infranchissable, il ait rendu très ilifficile par le manque de point de direction les recherches postérieures. Il est impossible de ne point commettre d'ei-reurs dans un champ d'études aussi vaste mais en même temps si mal dt''fini; du moins pouvait-il en circonscrire le nombre.
Depuis 1876, maint écrivain s'est occupé de la question toujours ouverte de l'origine des romans, et la lutte se poursuit entre les écrivains allemands et les rédacteurs de la liomaitia et de la /ievue celtique. Il semble malaisé de rendre encore de sentence délinitive puisque les plus grands clercs ne peuvent tomber d'accord. Chercherons-nous la vérité avec M. Gaston Paris, continuateur de l'œuvre de son père? L'opinion de M. Paris n'est guère une innovation, c'est bien plutôt la théorie de Sciilegel et de son école à savoir qu'il devait exister des sources anglonormandes antérieures à Chrestien de Troyes et aux légendes galloises qui. de concours avec les documents monastiques, ont servi à échafauder tout le système. Mais ces sources anglo-normandes, pourquoi alors leur refuser à elles-mêmes la paternité des lais bretons (1)? Beaucoup de rapports existaient entre les habitants de la Bretagne et de la Normandie, et les légendes couraient en Armorique que les Scandinaves n'avaient pas encore débarqué; s'il y a priorité, comme nos recherches nous le portent à croire, elle penche pour les pays bretons. Quoi qu'il en soit, et malgré nous, nous devons rester dans la zone des hypothèses et subir 1' « à [)eu près >> que Renan dénommait la plaie de l'esprit huniaio. Cet à peu près déploré nous mène forcément à parler des poètes, car si on le supporte mal chez l'historien et le critique, on ne saurait bhlmer chez les poètes cette enveloppe vaporeuse qui sert de cadre à leurs récils, puisque c'est cela même qui nous les fait aimer.
Au double titre de romancier et de poète, nous devons nous occuper ici de M. Hersarl de la Ville marqué (4). Poète, il l'a été en langue celtique comme en langue française, en traduisant, en adaptant et en faisant connaître les li'gendes bretonnes que sa piété patriotique avait recueillies et (jue son lyrisme teinté des dernières nuances du romantisme ennoblissait pour la gloire de la cause. Komancier aus^i, dans le sens ordinaire du mot, car souvent il conte des aventures auxquelles il Dnit par ajouter foi à force de les conter.
1. Ampi-rc, (tnns son article sur les Bardes {Rev. den Deux-Mondes 18.36) lance la houlado suivante ijiii a trait aiix sources en question : « Il importe assez pou (jiie les lais soient venus do Hretsrrnc en Normandie comme le dit Marie de France ou aient passi' antérieure lueiil de Noriii.indie en Hretapne comme ,je suis porte à le penser - • Il importe beaucoup au contraire et ce n'est pas une soluiion Ampi'^re appuie son dire sur co fpie le mot lai, en tPulon lierl, aurait imc origine Scandinave et non cetUque. Or il est pari*' de liod en Irlande el de Ini en Bretaifne bien avant l'arrivt^e dos Normands.