Op. cit
Voici les raisons principales i]ue donne M. Foerster :
1° La matière des romans de Clirestien se trouve ailleurs que chez les Celtes; le thème d' ïvain est celui d'un conte oriental, la Matrone d'Éphcse. (Nous avons fait cette remarque précède mment d'après Caylus.)
2° Les mœurs sont françaises, le point d'honneur chevaleresque, la tendresse conjugale sont inconnus des Celtes de la Grande-Bretagne.
M. Nut(, dans les Sliidies on llie legend of the f/oly Grail a répondu à ces deux objections. Il part de ce principe qu'aucune race n'a créé de toutes pièces une épopée mythique ou historique. A la matière mythique, patrimoine commun de l'humanité, chaque race donne sou estampille particulière. Le sujet à'Yvain peut être celui de la Matrone d'Ephèse, il est néanmoins celtique puisque Chrestien l'a dérobé aux Celtes.
Pour prouver que le point d'honneur chevaleresque est plutôt celtique que français, il se lance dans l'épopée irlandaise dos vin' et ix° siècles, et fait des rapprochements entre la jeune fille du conte de Pin-cdur et Blanchefleur du /'ercrval, rapprochements qui sont bien plutr)t à l'honneur du conteur gallois. Nous ne pouvons entrer dans toutes les digressions gaéliques de M. Niitl, qui trouve des analogies frappantes entre le cycle de Finn et celui d'Arthur et cherche des preuves de priorité jusque dans les Popular Taies d'Ecosse de Stephens, et dans les foll.-lores, mais avec M. Lolh nous serons d'avis que la note chevaleresque est plutôt de naissance celtique. Il semble que cette chevalerie ait été en plusieurs points adoptée par les Francs qui di'pouillaient alors ce qui leur restait de germain; il y a certainement jilus de poésie galante dans les romans inspirés jiar les émanations bretonnes que dans les poèmes carlovingiens(l).
Le désir de M Nuit de trouver chez les Gaëls les traditions des deux Bretagnes le conduit à des parallèles entre Ciic/iulain d'Ossian et Prrceval : son système est combattu [lar M. Zimmer avec véhémence (2), non pas qu'il nie des analogies irlandaises, mais il ne veul pas entrer dans le système panceltique de M. Nuit. Que l'épéc d'Arthur (Caledvwlch) soit comparée à celle de Fergus (Caladbolg) et que les enfances de Perceval soient semblables à celles de Cucluilaïn, il l'accorde, mais ce sont des incidents répandus par les conteurs (le cycle de Finn étant certainement antérieur à celui d'Arthur) et qui ne sauraient permettre d'édifier un système complet. On ne peut méconnaître que si M. Nutt est trop porté par origine à tabler sur tout ce qui touche aux (jarls, son id(''e ne laisse pas d'être ingénieuse, et que, plus lard, elle pourrait fournir des points de lumière. A l'heure qu'il est, il serait hasardeux de se prononcer, car il faudrait commencer pour les Folk-lores ce qu'on a fait pour les /ianas-flrris : faire la distinction de ce qui est authentique ou non, et pour ce qui regarde le rycle d'()ssian, nous savons déjà, malgré l'essai de réhabilitation de Smiih, que VOssian de M.icplicrson n'a pas un état civil bien régulier. Nous ne pou-