‹ Du role de l'acide phosphorique dans la végétation et de l'emploi des phosphates de chaux fossiles aÌ€ l'etat naturelChapitre 4 sur 8 · PHOSPHATES DES GRÉS VERTS · texte numérisé non relu

PHOSPHATES DES GRÉS VERTS

Le grés vert ou greensand appartient au terrain crétacé. C'est dans ses couches que l'on rencontre les plus riches gisements de phosphate, tant au point de vue de la quantité que de la quaUté, non pas centésimale mais intrinsèque du produit.

La chaux phosphatée est depuis longtemps connue des habitants des Ardennes(l) qui lui avaient donné le nom de coquins ou crottes du Diable à cause de la forme qu'affectent les nodules, et bien que la composition en fut connue, ce n'est qu'en 1853, à la suite d'un congrès scientifique tenu à Arras, que l'attention fut attirée sur ces nodules. — Dès 1855, des exploitations étaient entreprises par M. Desailly et en 1856, ce dernier étabUssait dans les environs de Grandpré une usine destinée à la pulvérisation des phosphates. C'était la première que l'on vit fonctionner, dans ce but, en France.

En 1856, M. EUe de Beaumont pubhait son étude sur les gisements géologiques du phosphore et émettait l'idée que le phosphate devait toujours accompagner les grains glauconieux.

MM. de Molon et Thurneyssen se livrèrent à des recherches et firent paraître dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences de 1857 le résumé de leurs études.

Ils avaient constaté la présence du phosphate de chaux

(1) Chose étrange, c'est depuis deux années, à peine, que les cultivateurs de ce département, berceau de l'industrie des phosphates en France, commencent à employer ce produit sur une échelle assez vaste. Ce progrès est dû sans conteste, aux efforts incessants de M. Fiévet, professeur départemental d'agriculture et nous sommes heureux de lui rendre publique ment cet hommage.

dans 39 départements, phosphate appartenant, en grande partie, à la zone des grès verts. Mais ces résultats ne sont utiles que théoriquement, du moins pour la plupart, car la chaux phosphatée des sables verts, industriellement exploitable, est limitée à 4 ou 5 départements : Les Ardennes, la Meuse, le Pas-de-Calais et le Cher.

La Marne et l'Yonne possèdent aussi quelques gisements, mais ils sont peu exploités à cause de la faiblesse des couches et aussi de leur pauvreté relative en acide phosphorique.

Quoi qu'il en soit, les nodules phosphatés ont été reconnus dans tous les terrains des grés verts. — Ces terrains forment un vaste cordon partant des Ardennes et venant aboutir dans la basse Normandie : ils décrivent autour du bassin parisien un arc de cercle qui traverse la Meuse, l'Aube, l'Yonne, le Cher, le Loir-et-Cher, l'Indre, la Vienne, l'Indre-et-Loire, le Maine-et-Loire, la Sarthe et le Calvados.

Enfin on trouve quelques lambeaux de sables verts disséminés, comme au cap La Hève, à Cauville, etc..

Les grès verts du Pas-de-Calais sont la continuation des grès verts du terrain crétacé sud-est de l'Angleterre, Le terrain que l'on trouve à Folkestone offre la même coupe géologique que celui de Wissant. Après avoir plongé sous la mer on le retrouve de l'autre côté du détroit c'est-à-dire à 38 kilomètres de distance.

On rencontre, enfin, des grès verts dans beaucoup d'autres départements, mais les gisements phosphatés qu'ils renferment n'offrent pas assez d'avantages pour être soumis à une exploitation régulière.

Toute la. zone des terrains crétacés, inférieurs, colorée en vert sur la carte géologique de France, contient donc plus ou moins de phosphate.

Les sables verts doivent leur coloration à la Glaucome, qui est un silicate de protoxyde de fer.

D'après les travaux de M. Ehrenberg les grains Glauconiens sont les débris fossilisés de millions de foraminifères.

La superficie occupée par les affleurements des sables verts est de 53000 hectares pour les Ardennes et la Meuse, contenant d'après les calculs de M. Nivoit, ingénieur en chef des mines, professeur de géologie à l'Ecole des Ponts et Chaussées, 71.550,000 tonnes de phosphate.

Indépendamment des phosphates des grés verts, on exploitait naguère encore dans les Ardennes et dans la Meuse des nodules d'une teneur plus haute en acide phosphorique, mais leur extraction était si difficile, si onéreuse, qu'on a dû y renoncer. Nous voulons parler ici des nodules de gaize, découverts par M. Desailly. (1)

La gaize est une roche tendre, argileuse, siliceuse, contenant également des grains Glauconiens et se délitant facilement à l'air. Elle est remarquable par sa forte teneur en silice soluble dans les alcalis (silice gélatineuse) teneur qui s'élève parfois, d'après M. Sauvage, à 56 p. 0/0 de son poids. — Les phosphates de gaize offrent la même composition que ceux des grès verts, proprement dits, mais ils sont plus riches en phosphate.

M. Ed. Nivoit a étudié cette couche : au point de vue géologique, la gaize constitue un dépôt lenticulaire intercalé entre l'argile du gault et les marnes crayeuses des trois départements : Ardennes, Marne, Meuse. Sa puissance maxima est de 105 mètres à Autry (Ardennes), près de la limite commune aux trois départements et elle se termine en biseau au nord, près d'Attigny (Ardennes) au

(l; Ed. Nivoit — L'Industrie dans les Ai 'de fine << -if-ji;.. L

sud près de Nettancourt (Marne). La gaize forme ce vaste massif montagneux, couvert presqu'entièrement de forêts, connu sous le nom de c( Massifs de VArgonne, »

La superficie occupée par la gaize est de 14.200 hectares.

Suivant la profondeur à laquelle on rencontre la couche de phosphate, on exploite celle-ci d'une façon différente, tantôt à ciel ouvert au moyen de tranchées et tantôt par galeries souterraines.

Les nodules, une fois extraits, sont alors soumis soit à un fanage énergique (nettoyage à sec) soit mieux à un lavage, l'une ou l'autre de ces opérations étant destinée à les débarrasser de la gangue terreuse ou sableuse dans laquelle ils sont empâtés. Conduits ensuite à l'usine et séchés soit naturellement, soit artificiellement, les nodules sont réduits en poudre très-tenue et les fabricants ne sauraient trop s'attacher à rendre cette opération aussi parfaite que possible.

Voici les analyses des différents gisements de phosphate des grès verts. — Ces analyses sont tirées d'un travail de M. Ch. Delattre (1) paru en 1882.

(1) Ch. Etmle uu^ Ic^ Qi$eineiiU fraiiçah de phosphate de

chauœ.

Eau à lOO'J

Matières volatiles au roug'e sombre

Acide phosphorique.

I — sulfurique

— carbonique . . .

Fluor

Ch lux

Magnésie

Alumine ,

Oxyàe de fer

Silice

Total.

A déduire l'oxygène équivalent au fluor

Matières non dosées et per tes

Équivalent de l'acide phos pliorique en phosphate de chaux

Équivalent de l'acide car bonique en carbonate de chaux

Équivalent du fluor en fluorure de calcium.

Ârdennes

Meuse

Marne

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