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périmètre de protection contre la pollution de ladite source. »
C’est là une innovation importante qui fait exception au principe d’après lequel on ne peut s'emparer d’un droit d'usage ou de servitude sans s'emparer en même temps du fonds total. Le propriétaire du fonds où se trouve la source, subit (moyennant indemnité) une véritable servitude : il lui est interdit d’épandre sur les terrains compris dans le périmètre des engrais humains et d'y forer des puits.
Le législateur a considéré, à juste raison que pour une commune la conservation d’une source était chose d'intérêt général, et qu'il importait, tout en respectant le droit du propriétaire, de le restreindre
dans certains cas.
Il est particulièrement intéressant de rappeler la lutte qui a été entreprise par la Ville de Paris contre l’eau insalubre. Longtemps, la typhoïie a ravagé Paris. En 1870, elle y causait 1.121 décès; en 1880, 2.003; en 1882, 3.214, soit une proportion de 143 pour 100.000 habitants.
C’est en 1885 que le professeur Chantemesse démontra qu’à chaque distribution d’eau de Seine à Paris correspondait une poussée de fièvre typhoïde. Vers la même époque, il trouvait le bacille typhique dans l’eau d'un puits de Pierrefonds autour duquel une petite épidémie avait causé des ravages ; puis,
de nombreuses observations faites par différents médecins établirent le danger des eaux d’alimentation polluées. Aussi la ville de Paris entreprit-elle, en 1899, des études de longue haleine qui permirent de reconnaître les causes de contamination des diverses sources captées pour son usage, et d’y remédier par une série de procédés.
2es contaminations, causées par des souillures du sol qui parviennent jusqu'à la nappe souterraine, sont décelées par l'examen géologique, l'analyse bactériologique ou chimique, et, d’une manière plus sensible aux yeux, à l’aide d'expériences à la fluorescéine.
Ces communications peuvent se faire à très longue distance. Aux sources de la Vanne, par exemple, des puisards à fond perdu d’une trentaine de mètres de profondeur recevaient les eaux usées d’un haras où habitaient un certain nombre d’entraineurs et leur famille. La fièvre typhoïde sévissait parmi eux. Les germes allèrent infecter en aval la source du Miroir qui alimente Paris ; une expérience à la fluorescéine démontra la communication matérielle : le colorant placé dans les puisards apparut, dix jours après, au Miroir qui est situé à plus de dix kilomètres en aval.
La commission de perfectionnement de Montsouris, présidée par M. Duclaux, ayant constaté l'extrême difficulté de supprimer les points de péné-
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tration par lesquels les contaminations sont possibles dansles régions des diverses sources captées (Vanne, Avre, Dhuys, Loing et Lunain) essaya d'appliquer un moyen nouveau de lutte. « Au lieu de surveiller le bacille typhique à son arrivée dans l’eau de source ou au moment de son passage à l'octroi, déclara M. Duclaux, on peut essayer de le saisir à son point de départ là où sa nature n’est pas douteuse, au moment où il sort de l'intestin du typhique.»
Cette manière de voir était appuyée par le D'Roux. Les études et la prophylaxie notüvelle commencèrent en 1899. Ses premiers résultats farent particulièrement intéressants et le préfet de la Seine, M. de Selves, créa par arrêté du 14 mai 1900 le service de surveillance médicale et locale des sources.
L'alimentation de Paris en eau potable est assurée par les sources de la Vanne, de l'Avre, du Loing et Lunain, de la Dhuys. Ces eaux sont surveillées, d’une part au moyen de l’observation du périmètre d’alimentation (c’est l’œuvre des médecins et des géologues), d'autre part, grâce à la surveillance des sources (les laboratoires font les analyses physiques et bactériologiques.
C’est grâce au concours actif des médecins exerçant dans la région des eaux qu’a pu être organisé le service de surveillance et de prophylaxie préventive.
Aussitôt qu’un de ces praticiens reconnaît un cas
de typhoïde, il avertit le service de surveillance médicale de Paris. Celui-ci se rend immédiatement sur place, s’enquiert des conditions dans lesquelles la maladie est née, organise ou complète les mesures de prophylaxie prises autour du malade (1).
1. « L'expérience et la pratique journalière m'a montré, disait le D: Henry Thierry à la réunion des directeurs des services d'hygiène à l'institut Pasteur (nov. 1909), que l'application rigoureuse de cette prophylaxie antityphique, précoce et permanente, rend inutile la désinfection finale.
» Mais, disait-il, j'ai hâte d’ajouter et je tiens à le proclamer : pareil résultat ne peut être obtenu qu'avec la collaboration étroite du médecin traitant. Cette grande organisation d'hygiène rurale qui défend Paris contre la fièvre typhoïde et se tient sur ses gardes vis-à-vis de la dysenterie et du choléra, s'étend sur de vastes territoires : bassins de l’Avre, de la Dhuys, du Loing, de la Vanne (celui du Loing et Lunain, par exemple, à 1.500 kilomètres carrés). Elle repose sur le concours, sans exception, des 60 à 70 médecins praticiens de ces régions. La ville de Paris possède un laboratoire local dans chacun des bassins de sources, destiné à l’analyse journalière des eaux et à l'examen bactériologique utile au dépistage des cas suspects,séro-diagnostics, etc. Le personnel de ces laboratoires, d’un dévouement exceptionnel, aide sur place à l'exécution des désinfections.
» Tout en dirigeant de très près dans ses détails la prophylaxie de chaque cas particulier et l'orientation hygiénique ainsi que les décisions qui en découlent, le service de surveillance ne se présente au public que comme l’auxiliaire du médecin traitant.
» Les mesures nécessaires sont exposées d’abord à ce dernier avec examen détaillé des contaminations à redouter, variables, saivant chaque cas. Le plus souvent, c’est le médecin qui les propose à la famille. De cette manière, ces mesures parfois gênantes et difliciles à faire exécuter sont plus aisées à faire accepter. C'est dire que la méthode persuasive seule est employée.
» D'autre part, au médecin traitant peut revenir ainsi en partie le bénéfice moral des avantages matériels que son client, les
L'intervention du géologue devient alors nécessaire. Selon la nature du terrain, en effet, les germes de la contagion (déjections, eaux souillées), peuvent s’infiltrer plus ou moins facilement et aller souiller la nappe d’eau. Les comptes rendus annuels du service de surveillance montrent que dans presque tous les cas de typhoïde constatés, il y a eu souillure d’une nappe d’eau, d’un puits par infiltration de fosses d’aisances et de fumiers.
Lorsque le terrain ‘est peu perméable les eaux de pluie glissent sur le sol; elles grossissent les ruisseaux, les font parfois déborder. Alors, il importe de connaître l’endroit où ces ruisseaux charriant les impuretés du sol ont pu venir se perdre.
La surveillance technique se combine avec les travaux d’assainissement. Les ingénieurs du service des eaux font les travaux nécessaires pour empêcher la maladie d’être propagée par l'eau. Tantôt il faut épurer l’eau avant qu’elle n'arrive à la
parents, les voisins, le village entier retire de la protection dont la Ville de Paris fait tous les frais. Et j'entends par là non seulement les frais du petit assainissement, c'est-à-dire de désinfecteurs et de désinfectants, manœuvres pour nettoyage et désinfection de puits, achat et destruction de fumiers, vidange, transports, etc., mais aussi les frais de grand assainissement, tels que travaux de curage, création d’égouts ou pavage de fossés d'évacuation, étanchement de pertes et bétoires, dallage de ruisseaux poreux, construction de lavoirs, etc., qui transforment une ferme ou un village. »
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nappe, tantôt il faut mettre telle source en décharge.
Ce sont là des mesures d'urgence; elles ne sont prises que lorsque la surveillance préventive a été insuffisante.
Cette surveillance s’exerce de façon journalière. Le service est tenu au courant de toutes les installations d'industries insalubres, fabriques de produits chimiques, dépotoirs, teintureries, susceptibles d'envoyer à la nappe des eaux résiduaires nocives. Si ces établissements se trouvent dans le périmètre d'alimentation, il veille à prévenir les causes de contamination qui pourraient résulter de leur voisinage. Les lavoirs, les aqueducs sont aussi surveillés de façon étroite.
La bonne qualité des eaux de source est vérifiée par des analyses physiques et bactériologiques qui sont effectuées par les laboratoires situés dans le voisinage des sources. Des recherches sont faites tous les jours pour certaines sources. Des piétons en prélèvent des échantillons. En outre, des observateurs spéciaux, trois dans la région des sources dela Vanne, deux aux sources du Loing, un aux sources de l’Avre, un à la Dhuys parcourent à dates fixes une partie du périmètre difficile d'accès; ils surveillent tout ce qui a trait à l’hydrologie, visitent les aqueducs et s’enquièrent de tous les cas de maladies suspectes.
Le laboratoire de chimie et de micrographie de
Montsouris examine les eaux au débouché des aqueducs et dans Paris.
Les efforts entrepris par la Ville de Paris étaient à souligner. Ils n’ont pas été inutiles comme on le voit d’après le tableau ci-dessous :
Années Décès par typhoïde FRS PRE CS PRE ET Ven PAPE EE HP 803 LOOORER LAN ANR CAPI A RER 912 FOOLUNS Los DS eine tent 365 HÉTDOT SRE ESA ER PRE 359 ROC DEN RAIN ET TE AN RE a nan 298 LOC DENTS RER D nes AT ee 353 TD EN ER RE PT AU 240 ONDES NE ACER. D Lt it de à 309 MOT RER DO be. Cut. 267 ten doS ENR PRME e 227 ODA TE MR cnrs peter 259
La situation s’est améliorée. La substitution de l’eau de rivière filtrée à l’eau de rivière brute a eu d’heureux résultats. Dans la banlieue de Paris notamment, de 1895 à 1908, la morbidité typhoïdique se maintient au taux moyen annuel de 5,6 pour 10.000 habitants. Jusqu'en 1906, sept communes : Genneviliers, Asnières, Bois-Colombes, Courbevoie, Nanterre et Suresnes, faisaient exception avec un taux de 17 à 26,6. En 1906, on substitua à l’eau de Seine prise à Suresnes de l’eau filtrée. Immédiatement, la mortalité diminua. Une seule commune
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reste irréductible : Genneviliers qui n’a pas de canalisation et qui est voisine des champs d'épandage. L'eau y est sans cesse contaminée (1).
Les bassins filtrants fonctionnaient jadis d’une façon imparfaite ; ils étaient trop souvent surchargés aux époques de sécheresse. L'usine de Saint-Maur, la plus ancienne, comprenait en 1900,6filtres de 1.600 mètres carrés capables de fournir normalement 25.000 mc. par vingt-quatre heures; celle d’Ivry comprenait 16 filtres de 900 mètres carrés capables de fournir 35.000 mètres cubes d’eau filtrée. Ce sont là les quantités indiquées par une notice de M. Bechmann en 1900. « Elles supposent, nous dit M. Moreau dans un rapport qui date de 1906, que tous les filtres marchent à une vitesse maxima. En réalité, il faut rabattre environ 30 0/0 pour faire face aux nonvaleurs provenant des réparations, rechargements, nettoyages et périodes de saturation ; les machines élévatoires calculées sur un débit de 25.000 ou 35.000 mètres cubes sont alors dans l’impossibilité de fonctionner dans des conditions économiques et pratiques. »
La Ville de Paris ne pouvait se désintéresser de celte situation, Des procédés de filtrage furent mis à l'étude. Le D: Miquel, notamment, a fait d’intéressanies expériences sur les filtres à sec qui permettent
1. M. Thoinol, Bulletin Académie de médecine, 15 février 1910.
de traiter les eaux de source réfractaires aux filtres submergés.
Mais il est reconnu que la filtration est insuffisante, qu’elle ne retient pas tous les microbes contenus dans l’eau. Berlin qui filtrait les eaux de la Sprée use maintenant des eaux souterraines. Saint-Pétersbourg a renoncé aux filtres pour recourir à la stérilisation par l’ozone. La Ville de Paris fait le nécessaire pour expérimenter en grand ce procédé. A cet effet, le préfet de la Seine a saisile Conseil d'hygiène publique et de salubrité d’un projet de stérilisation par l'ozone des eaux de la Marne filtrées sur les bassins à sable de lusine de Saint-Maur. Chargé de rapporter le projet, le D' Roux, à la séance du à mars 1909, a montré que l'alimentation journalière en eau de source de la Ville de Paris (elle varie entre 210.000 et 290.000 mc.) était insuffisante aux moments de grande consommation, et aussi de septembre à décembre, époque pendant laquelle le débit des sources est le plus faible. En outre, à la suite des grandes pluies, certaines sources deviennent troubles ; il faut les mettre en décharge, et le service privé est alimenté par de l’eau de rivière filtrée.
L'alimentation en eau est notoirement insuffisante. L'administration se propose d’y remédier en augmentant l’approvisionnement en eau de source. Mais, comme le fait remarquer M. Roux, c’est là œuvre d'avenir. En attendant des caplations de sources
J. Humbert 5
nouvelles, il donne un avis très favorable au projet de l'administration, qui permettrait de stériliser 45.000 mètres cubes d’eau par jour.Dela sorte il serait possible de fournir au service privé les 90.000 mc.
d’eau potable qui lui sont nécessaires.
A la suite de ses discussions sur les origines dela fièvre typhoïde et de ces modes de propagation, l’Académie de médecine ayant conclu que l'infection de l’eau en est la cause prédominante, a émis des vœux susceptibles diriger la prophylaxie. Le rôle de l’administration s’y trouve en quelque sorte tracé :
1° L'Académie émet à nouveau que les autorités assurent aux populations une eau de boisson hygiéniquement pure ;
> Le périmètre d’alimentation des sources, les captages, les réservoirs, les canalisations doivent être surveillés par les autorités sanitaires ;
3° Le fonctionnement des appareils d'épuration des eaux potables doit être soumis à un contrôle permanent ;
4& L’épandage des matières fécales humaines étant surtout une cause de contamination des eaux comme de souillure des légumes et des fruits poussant au ras du sol, l’épandage doit être réglementé ;
9° Dans les milieux ruraux, le pollution des eaux de puits par les infiltrations de purins étant fréquente, la contamination du lait et de certaines
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boissons en résulte trop souvent. Les règlements sanitaires pris par le maire en exécution de la loi du 15 février 1902 devraient remédier à ces causes d’insalubrité. L'autorité préfectorale a le devoir de veiller à l'exécution desdits règlements ;
9° C’est aux conseils départementaux d'hygiène, aux inspecteurs départementaux d'hygiène qu'il appartient de conduire la lutte antityphique dans toute l'étendue du territoire ;
10° Les laboratoires hospitaliers, ceux des bureaux municipaux d'hygiène seront d’un précieux concours dans cette entreprise: en contrôlant la salubrité des eaux, en aidant les médecins à étahlir le diagnostic précoce des infections typhiques comme à rechercher les porteurs latents de germes ;
11° Il est désirable qu'il soit créé des stations bactériologiques dans les départements qui, en étant dépourvus, manquent de toute espèce de moyens d’information sans lesquels ne peuvent efficacement s'exercer la police sanitaire municipale et départementale.
Ce sont là des règles excellentes qu’il faut mettre en pratique. Il serait bon que dans tous les départemenis les conseils départementaux ou les commissions sanitaires vérifient de façon méthodique la provenance, le mode de protection et la qualité des eaux de consommation. Tout captage devrait être précédé de l'enquête prévue par la circulaire minis-
térielle du ro décembre 1900. Cette enquête sera très utilement conduite suivant les règles posées par MM. Henry-Thierry et Martel (1) : reconnaissance des terrains quiformentle périmètred’alimentation..…., l'émergence doit être placée en amont, au-dessus des agglomérations humaines. La source captée « dans son gisement géologique, c'est-à-dire le plus profondément possible, dans la couche même de terrain où elle circule souterrainement. À la canalisation à ciel ouvert qui permet toutes les contamipations, il faut préférer la canalisation faite en tuyaux de ciment qui évite les pertes et les infiltrations.
Toutes ces formalilés sont coûteuses, létablissement du périmètre de protection notamment selon la disposition topographique, il conviendra parfois que ce périmètre ne soit pas inférieur à plusieurs hectomètres de rayon. L’exproprialion est onéreuse, et souvent la cession à l'amiable est impossible.
L'Étal doit venir au secours des communes et les aider pécuniairement, M. Montaut, en 1892 demandait que les communes fussent autorisées à contracter des emprunts pour effectuer les travaux nécessaires de captage, dérivation et adduction d’eaux
potables. L'État aurait donné dessubventions de natu-