‹ Du Rôle de L'Administration En Matière de Prophylaxie des Maladies ÉpidémiquesChapitre 24 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA Maison

On a dit maintes fois l'influence morale du logement sur l’individu. Le bien-être de la famille est relié étroitement à celui de la maison. Tout ce qui altère l’un altère l’autre.

Dans un taudis, l'homme s’avilit et se dégrade. L’ouvrier qui rentre harassé d’une journée de travail fuit le galetas qu’il habite pour le cabaret. Il y contracte des habitudes de débauche et d’alcoolisme, puis affaibli, déprimé, il offre une proie facile à la maladie.

Au point de vue de la santé publique l'influence de l'habitation est considérable. Or, à l'heure actuelle, nous souffrons d’un mal qui chaque jour va croissant : le surpeuplement. Les villes que Jean-Jacques Rousseau appelait «les gouffres de l’espèce humaine » se développentsans cesse. Celles de plus de 100.000 habitants représentent maintenant plus du septième de la population de la France. Comme leur agrandisse-

Ro

ment n’est pas proportionnel au nombre d'habitants qu’elles reçoivent, elles s’engorgent. En même temps, par suite du jeu de l'offre et de la demande, la valeur du terrain augmente, les loyers deviennent plus élevés. La conséquence c’est l’entassement des petits logements.

M. Bertillon a montré qu’à Paris 45 0/0 des logegements sont surpeuplés et que le nombredes familles de trois à quinze personnes vivant dans une chambre unique est de 37.200. Dans ces maisons casernes,ces taudis infects, sans air, sans lumière, les conditions de la vie sont déplorables. Mal nourris, resserrés, exposés à toutes les contagions, les malheureux qui s’y abritent y respirent chaque jour des germes de maladie et de mort. C’est la tuberculose ou le typhus qui les guette. Les statistiques nous permettent d’établir une certaine comparaison entre les causes de mortalité. Les maladies infectieuses diminuent : typhoïde, variole, scarlatine... Le nombre des décès tuberculeux reste stationnaire ; on l’évalue à 100.000. C’est une véritable hécatombe.

La tuberculose est une maladie sociale dans ses causes et dans ses effets. Atteint, le malade sème la contagion, il empoisonne son logement, et le logement contamine ses habitants.

M. Léon Bourgeois a pu dire que la tuberculose est un risque mutuel entre les individus et la société. L'assurance contre ce risque ne peut être obtenue que

—1d0.— € par une organisation qui répond aux deux termes suivants du problème : défendre l'individu encore sain contre le milieu qui peut le contaminer ; défendre le milieu encore sain contre l'individu déjà malade qui peut le contaminer ».

Aujourd’hui, il est surabondamment démontré que le rôle de la thérapeutique est nul ou à peu près à lencontre de cetie douloureuse maladie. Seule, l’hygiène est efficace ; ce qu’il faut au tuberculeux, c’est de l’air, du soleil. Le problème de lhabitation domine la prophylaxie de la tuberculose.

L'intervention de l'État en matière d'hygiène de l'habitation apparaît comme essentiellement paterpaliste. Aujourd’hui, l'importance de l'habitation saine est encore incomplètement comprise de la masse. Il sied de l’éclairer, de la mettre en garde contre son ignorance ou son insouciance. L'État doit donc, par une réglementation minutieuse, prescrire les conditions de salubrité que commande la sauvegarde dela santé publique, et si, dans une maison,se développe un foyer d'infection d’où rayonne le mal, armé de son pouvoir de contrainte, l'État doit pouvoir faire disparaître ce danger au nom de l'intérêt général.

La loi de 1902 chargele maire de réglementer les conditions propres à assurer la salubrité des maisons. De nombreuses controverses se sont élevées, à ce

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