HOUR
leusement notées, les décès par maladies transmissibles, les désinfections marquées au jour le jour.
Chaque maison a son journal sanitaire quotidien.
Au mois de mars 1905, le chef äu bureau de assainissement de l'habitation, adressait au directeur des affaires municipales, une première étude sur la répartition de la mortalité tuberculeuse du 1” janvier 1894 au 31 décembre 1902.
l’endant cette période, 138.566 décès s'étaient produits par maladies transmissibles, dont 101.496 par tuberculose. Le nombre des maisons atteinies avait été de 39.477 ; le rapporteur les divisait en trois groupes :
1° 34.214 maisons non infectées, où la tuberculose n'avait fait que des apparitions ;
2° 4.443 maisons présumées comme infectées, le nombre des décès s'y élevant à 26.509 en onze ans, soit une proportion de 5 à 9 décès par unité ;
3° 820 maisons constituant des foyers permanents ;
11.500 décès s’y étant produits, soit la formidable proportion de 10 et plus par unité.
Une constatation ressortait immédiatement de cette étude ; c’est que plus d’un tiers des décès étaient localisés dans 5.263 maisons où la mortalité de 8.119 pour 1.000 habitants était le double de la moyenne. Le rapporteur montrait en outre que, rarement, une maison à forte mortalité était isolée, mais
NI Le
que le mal sévissait dans des maisons contigües, resserrées, sans air, sans lumière. Là s'était développé la contagion ; la tuberculose s’y était installée dans des îlots insalubres, et elle rayonnait, constituant pour le voisinage un danger permanent.
Justement alarmé, le préfet de la Seine, le io avril 1905, instituait une commission spéciale pour rechercher l'influence de l'habitation sur la propagation de la tuberculose. Les éléments fournis par le casier sanitaire étaient le fruit de longues recherches, mais n'échappaient pas au reproche d’être un peu théoriques. Il importait de confirmer ces conclusions, de les coordonner et de les mettre en œuvre. La commission entreprit, sous la direction de M. Roux, de très sérieuses enquêtes sur place, secondée par les médecins, les bureaux de bienfaisance et les dispensaires anti-tuberculeux qui fournirent des renseignementsfacilitant « le dépistage » des maisons atteintes. En huit mois, 265 furent visitées, où la mortalité fut évaluée à 7, 98 pour 1.000. Les données fournies par le casier sanitaire étaient exactes : la tuberculose sévissait toujours dans les maisons infectées où elle faisait des ravages.
L’impulsion était donnée ; les conclusions primitives & prenaient de plus en plus l’allure d’une vérité scientifique» sur l'initiative de MM. André Le Fèvre et Ernest Moreau, le Conseil municipal votant un crédit permettant de poursuivre les
enquêtes dans les maisons suspectes. M. Ambroise Rendu rappelait au conseil municipal que 82 rues étaient spécialement atteintes ; ces rues étaient comprises dans six îlots. Il demandait que les travaux de voirie nécessaires à l’assainissement des quartiers de Paris fussent étudiés d'urgence dans le but d’en arriver à la suppression des îlots contaminés. En tête de sa proposition, l'honorable conseiller citait un passage d’une discussion de l’Académie de Médecine :
«Il convient surtout d'attribuer la raison du déve- Iloppement continu de la tuberculose aux conditions de la vie moderne. C’est en combattant ces conditions, en luttant contre l’alcoolisme, en améliorant les locaux où l’on travaille, qu’on mettra à l’abri les prédisposés à la tuberculose porteurs de lésions guéries qui datent quelquefois de l'enfance. »
Et il ajoutait : « Le surpeuplement est un des facteurs les plus actifs de la tuberculose.
De fait, la tuberculose, maladie de misère, frappe surtout les gens qui vivent entassés dans de petits logements.Il faut lire les comptes rendus des enquêtes de la commission des logements insalubres, Ils sont poignants.
Dans des chambres exiguës, des individus vivent pêle-mêle avec des animaux, des chiens, des chats ; le jour arrive par une lucarne, les murs sont impré-
gnés de poussière et suintent.
Dansun coin de la chambre un malade est couché qui crache à tout moment des germes nocifs. Peu à peu ie mal se diffuse, il se forme ainsi de véritables cités de tuberculeux. »
« Dans certaines maisons des arrondissements pauvres, dit le D' Hérécourt, tous les habitants sont tuberculeux ; il y a de ces casernes qui contiennent jusqu’à 200 habitants. Nous avons trouvé dans un arrondissement une de ces maisons où, dans vingt mois,sont morts jusqu’à 15 tuberculeux. »
Le surpeuplement exerce bien une action funeste la véritable cause de la tuberculose c’est l’absence d'air et de lumière. Reportons-nous aux statistiques que fournissent annuellement les dispensaires. Les gens atteints de cette douloureuse maladie sont toujours les mêmes. Ce sont surtout les employés d'administration, qui vivent confinés dans des locaux étroits et les ouvrières de l'aiguille. La liste est longue des couturières, confectionneuses, lingères, modistes, giletières, etc., qui viennent échouer à l'hôpital. Elles travaillent dans une arrière-boutique sans air, ou bien dans un sous-sol: « Lorsque, indifférents, vous passerez dans les riches quartiers, rue de Castiglione, par exemple, ou rue de la Paix, dit M. Benoit Lévy, baissez donc les yeux et jetez un coup d’œil dans les caves des immeubles qui se trouvent sur votre parcours, vous y verrez des
milliers de jeunes ouvrières entassées dans ces