CONCLUSION
À quelque point de vue que l’on se place pour envisager le fonctionnemént de l'hygiène publique en France, la constatation à laquelle on arrive est invariablement la même : les services sont mal conçus ou mal organisés. Les résultats obtenus sont insuffisants.
Jetons les yeux en Europe : la pratique del’hygiène a fait d'immenses progrès en Allemagne, en Angleterre, en Suède, en Norvège. La discipline sanitaire y est observée rigoureusement, la lutte contre les maladies évitables est conduite avec méthode et énergie. Et ainsi, l'Allemagne a chassé la variole de son territoire. L’Angleterre a réfréné la tuberculose qui lui coûtait 59.035 morts en 1838 et qui, en 1906, n’y causait plus que 39.946 décès. La Suède ne compte plus que 2 décès par fièvre typhoïde pour 100.000 habitants. La Norvège 437 décès par la lèpre alors qu’en 1856, le fléau y enlevait 2.833 vies humaines. Et les statistiques nous montrent avec leur éloquente simplicité que dans tous ces pays la
mortalité générale diminue : pour 1905, le taux était de 19 0/00 en Allemagne, de 15,01 en Angleterre, de 14,06 en Suède, 14,2 en Norvège.
La même année, le total des décès s'était élevé en France à 793.467 pour une population de 39 millions 196.328 habitants, soit un taux de 20,24 0/00.
Ce qui est remarquable dans le fonctionnement de l'hygiène des pays que nous citons, c’est l’unité d’action, la coordination des efforts.
Dans les pays scandinaves, au ministère de la Justice, il y a un service central d'inspection médicale et d'hygiène. À sa tête est placé un directeur général assisté d’un comité consultatif.
En Angleterre, l'organisme sanitaire central est le « Local Government board », département ministériel dirigé par deux membres du Parlement qui y exercent les fonctions de président et de secrétaire.
Le « Local Government board » concentre toutes les attributions relatives à l’hygiène publique. Il prescrit toutes les mesures qui ont trait à la préservation des épidémies et des maladies contagieuses. Sa principale attribution consiste dans le droit d’intervention à l'égard des autorités locales. C’est ainsi qu'il a le contrôle de l’administration des pauvres et des institutions de bienfaisance, la haute surveillance de l’hygiène municipale, le contrôle de la gestion des conseils sanitaires locaux dont il sanctionne
les décisions, la surveillance des voies publiques dans toute l’Angleterre (x).
En Allemagne, les questions d'hygiène relèvent du ministère des Cultes, de l’Instruction publique et des Affaires médicales. La direction de la Médecine existe depuis 1817: elle a pour mission de s’occuper de tout ce qui a trait à la médecine et à la santé publique. Elle est administrée par un président assisté de conseillers ordinaires qui sont légalement des médecins, et d’un certain nombre de conseillers extraordinaires.
En France, ce qui est à remarquer dans l’organisation sanitaire, c’est le manque d'unité.
« Aucune pensée directrice, aucun fonctionnaire responsable, beaucoup d’attributions éparpillées dans les différentes administrations publiques. Telle est, dit M. Corcil, dans une excellente étude (2), la première critique qu'il faut adresser à notre organisation sanitaire, telle est la première réforme à laquelle il faut s’attacher résolument.
Que voyons-nous, en effet ?
Au ministère du Travail est rattaché tout ce qui concerne l'hygiène et la sécurité des travailleurs.
1. Lorsqu'une mesure prescrite parle «Local Government board» n’est pas exécutée dans un certain délai, et que la santé publique se trouve menacée, le board peut obtenir dela cour du bancroyal une ordonnance qui lui permet de sesubstituer à l'autorité locale et de faire exécuter à sesfrais les travaux.