Faivre, ouvrage cité
None à la conférence de Paris. En 1903, il y en avait vingt-quatre.
Les leitres de convocation indiquaient le double but de la conférence : codifier les conférences antérieures, adapter leurs décisions aux acquisitions scientifiques sur la propagation de la peste.
Les progrès de la pathologie avaient permis d’élucider l’étiologie de plusieurs maladies exotiques. La connaissance des facteurs qui en favorisent la propagation donnait une nouvelle orientation à la prophylaxie et bouleversait du même coup les anciens modes de défense sanitaire. Il fallait donc modifier les conventions suivant les indications de la science.
Yersin, en 1894, avait découvert le bacille de la peste et montré que les rats étaient les agents les plus ordinaires de dissémination. Le docteur Simond avait ensuite établi la transmission possihle par les puces, parasites des rats. Puis, il était apparu que l'infection par les voies respiratoires qui, jusqu'alors était regardée comme le mode habituel de contagion n’était à redouter que dans un seul cas : la forme preumonique, et qu’en général la peste n’était que très exceptionnellement transmise de l’homme à homme.
La mesure de prophylaxie la plus effective devient donc la destruction des rats. La conférence arrête que la dératisation d’un navire infecté doit être effeciuée avant ou après le déchargement de la car-
gaison, le plus rapidement possible, et, en tout cas, dans un délai maximum de quarante-huit heures (1).
1. Le décret du 4 mai 1906 rend la destruction des rats obligatoire pour l'admission dans les ports français : 1° de tout navire provenant d’un port considéré comme contaminé de peste ou y ayant fait escale ; 2° de tout navire ayant pris en transbordement plus de 5o tonnes de marchandises provenant directement d’un pays considéré comme contaminé de peste.
Les méthodes employées pour la dératisation des navires peuvent se ranger en trois groupes selon qu’elles mettent en œuvre, comme agent toxique, l’acide carbonique, l’oxyde de carbone ou l’acide sulfureux. Le procédé à l’acide carbonique est aujourd’hui abandonné (a). M. A. Pottevin, dans une étude présentée au Comité international permanent, dit que pour rendre l'atmosphère d'un local mortelle pour les rats au moyen de acide carbonique , « il faut y introduire ce gaz dans la proportion d’au moins 30 o/o ce qui, lorsqu'il s’agit de grandes capacités comme les cales d’un navire entraînerait des frais et des pertes de temps énormes ».
En outre, on a reproché à l’acide carbonique, de même que l'acide sulfureux, de causer parfois des avaries aux marchandises. Un certain nombre de produits commerciaux et le navire lui-même pourraient dans certaines conditions avoir à souffrir de leur contact. L’acide sulfureux est absorbé par beaucoup de substances alimentaires qui en gardent le goût. « La plupart des aliments frais : fruits, légumes, viandes, sont rendus inutilisables. La farine soumise à la sulfuration donne une pâte qui ne lève plus. Les pommes de terre perdent la faculté de germer.»
Les représentants du commerce ont, à diverses reprises, combattu la dératisation, mais à dire vrai, aucune action n’a jamais été intentée pour dommages causés par l'emploi de ce procédé (Rapports du D' Martel au Congrès international de médecine de Budapest de 1909 ; étude précitée de M. Pottevin). MM. Chantemesse et Bonjean, dans un rapport au Conseil supérieur d'hygiène du 9 décembre 1908 disent: « Sur 18 chargements de farines sul-
a. Le procédé par l’'oxyde de carbone,employé à Hambourg est dangereux, et a entraîné plusieurs morts d'hommes dans les cales des navires.
tot
Enimême temps, larigueur des anciennes mesures basées sur une conception inexacte de la maladie s’atténue. La conférence de Venise de 1897 avait fixé à dix jours la période d'observation pendant laquelle les passagers suspects pouvaient être retenus; la conférence de Paris abaisse cette durée à cinq jours. Elle décide, pour les autres passagers, qu'en
furés, on a reçu deux plaintes; dans les deux cas, la concentration de l'atmosphère sulfureux était de 6 à 7 oJo. Le temps de contact, qui était généralement de cinq heures,a dû être,en raison du défaut d'aération, beaucoup plus prolongé. En regard de ces deux faits, nous relevons 16 chargements qui n’ont donné lieu à aucune observation. » (b)\ La première expérience qui établit altération des farines a été faite par M. Bonjean et le D' Henry Thierry, à Marseille les 13, 14 et 15 juin 1908.
«Le fait que le gaz sulfureux détériore certaines marchandises constitue certes un inconvénient, mais de moindre importance qu’on pourrait croire. Le D'F.-G. Clemow (Constantinople) s’est informé sur ce point auprès d'officiers sanitaires de diverses parties du monde et les réponses qu'il en a reçu montrent qu'aucune action n’a jamais été intentée pour dommages causés par l'emploi de ce procédé. Selon lui (c'est aussi l'avis de nombreux praticiens),la méthode idéale pour la destruction des rats reste à trouver, mais en attendant il faut se contenter du procédé par le gaz sulfureux qui est de tous ceux existant actuellement,celui qui offre le plus d’avantages avec le moins d’inconvénients.» Comptes rendus du Congrès international de médecine de Budapest (août et septembre 1909), XXI° section, Médecine navale et médecine tropicale, par le D' André Villejean.
Notons encore que, pour apprécier dans quelle mesure l’inconvénient résultant de l’altération de marchandises serait de nature à constituer un empêchement à la sulfuration, l'Office internatio-
nal d'hygiène s’occupe de réunir les éléments nécessaires pour établir une statitique de cas d’avarie constatés.
b. Les appareils Clayton, Marot, etc.,sout utilisés le plus généralement,
cas de navire infecté (les navires sont divisés en infectés, suspects, indemnes) l’autorité pourra remplacer pour eux l'observation, où ils étaient arrêtés, par la surveillance. Ils sont alors libres de leurs mouvements à la condition d'indiquer leur résidence à l'autorité qui fait constater leur état de santé pendant un temps qui ne doit pas dépasser dix jours.
Pareille mesure peut être prise en cas de choléra.
La fièvre jaune fit l’objet de quelques discussions.
Autrefois, les causes de cette maladie étaient mystérieuses ; la lutte que l’on tentait contre elle était forcément stérile. On ignorait sa voie de pénétration, et une théorie simpliste admettait la possibilité de transmission par contage direct avec le malade. D'heureuses recherches expérimentales devaient mettre bas cette erreur, et orienter d’un autre côté la prophylaxie. Déjà, en 1882, le congrès d'hygiène de Genève avait reconnu que l'affection avait une origine microbienne indéterminée. En 1900, une mission américaine à la Havane avait démoniré qu’un moustique le stegomyia calopus était l’agent exclusif de transmission de la fièvre jaune ; elle avaït précisé par des expériences remarquables les conditions biologiques qui déterminent l’infection chezee moustique et le délai d’incubation qui régit son infectivité.
A la conférence de Paris, les délégués américains
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exposèrent le résultat de leurs études, mais ils déclarérent qu'ils n’étaient pas encore en mesure de formuler les données d’un règlement international destiné à prévenir la contagion de la maladie.
La conférence ne précisa donc pas le caractère des mesures à prendre ; elle se borna à recommander aux pays intéressés de modifier leurs règlements sanitaires de manière à les mettre en rapport avec les données de la science sur le mode de transmission de la fièvre jaune, et surtout le rôle des moustiques comme véhicules des germes de la maladie.
L'hypothèse des américains devait être confirmée. Les D" Chantemesse et Borel, et tout récemment le D: André Villejean dans une étude sur l’épidémie de Saint-Nazaire de 1908,indiquent le Stegomyia comme l’agent de transmission de la fièvre jaune ; et les faits ont confirmé pleinement cette conception puisque l’on observe un parallélisme rigoureux entre le domaine géographique du stegomyia et le champ d'expansion et la fièvre jaune.
La prophylaxie de la fièvre jaune se trouve donc modifiée. Autrefois, on isolait les malades sans se préoccuper de les metire à l'abri des piqûres des moustiques. Aujourd’hui, quand un cas de fièvre jaune se produit dans une localité à stegomyia : Con met le malade dans un local bien protégé, au moyen de toiles métalliques contre l’accès des moustiques ; quand un navire arrive d’un port contaminé, on
détruit, au moyen de l'acide sulfureux les moustiques qui se trouvent sur le navire, avant d’autoriser le débarquement » (1).
Ces découvertes tranchent de facon définitive la question des quarantaines : puisque la peste est transmise presque exclusivement par les rats, et que pour la fièvre jaune, l'homme n’est pas un agent de transmission, les quarantaines n’ont plus de raison d'être ; il faut les rempiacer par la visite médicale, l’isolement, la surveillance sanitaire des passagers et de l'équipage pendant la période dite & d’incubation »,
la désinfection ou la sulfuration du navire.
La surveillance médicale des navires dans les ports a été à nouveau réglementée par un décret du 5 avril
Lorsqu'un navire arrive dans un port ayant à bord un cas de maladie fébrile, il est procédé à la visite médicale. La libre pratique n’est pas accordée avant qu'il ait été reconnu que la dite maladie n’est pas une des maladies transmissibles visées à l’article 4 de la loi du 15 janvier 1902, où s’il s’agit d’une de ces maladies avant que les mesures nécessaires, pour en prévenir la propagation, aient été
prises.
1. Discours de M. Laverau à la séance publique annuelle des cinq académies le 25 octobre 1910.
Si l'examen médical constate un cas d’une de ces maladies transmissibles (hors les maladies pestilentielles qui restent soumises au régime déterminé par les dispositions spéciales du règlement de police sanitaire du 4 janvier 1896) l'autorité sanitaire prend à l'égard des passagers et de l'équipage du navire, les mesures commandées par les circonstances. D’autre part, elle informe la municipalité à qui incombe le transport et l’isolement des malades, et elle provoque l’application en dehors du navire des diverses mesures de prophylaxie prévues soit par la loi de 1902, soit par les règlementssanitaires locaux.
Tout navire se trouvant dans un port de France ou d'Algérie est soumis pendant son séjour dans le port à une surveillance sanitaire.
Les malades doivent être transportés dans les locaux spéciaux ; il faut les mettre en observation ou les isoler. Longtemps, on ne connut en ce sens que les lazarets. Ils ont, de fait, rendu d’inconiestables services et arrêté plus d’une épidémie ; maisils sont organisés de façon rudimentaire et ne répondent plus aux nécessités de l'hygiène moderne.
On a dénoncé, à maintes reprises, l’état lamentable du lazaret du Frioul. Lorsqu’en 1907 une épidémie de peste se déclara à Marseille, il fut impossible d’y isoler les suspects. L’année dernière, quand quelques cas de choléra furent signalés, on conduisit bien cinq malades au Frioul, mais l'installation était
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si misérable qu'il fallut les faire rentrer en ville. Il y a quelques mois (r), un navire anglais, de la Compagnie Péninsulaire, arrivait à Marseille infecté de peste. On ne put que débarquer au lazaret trois malades ; il était impossible d’isoler tous les passagers. La compagnie anglaise décide de reprendre la mer. Elle fit une croisière dans la Méditerranéé et ne revint à Marseille débarquer ses passagers que lorsqu'il fut bien certain qu'il n'y avait plus à bord un seul malade contaminé.
Ces exemples démontrent que Marseille ne peut pas se défendre contre linvasion des maladies exotiques.
A la suite d’une interpellation de M. Chanot, à la séance du 20 janvier 1911, la Chambre saisie de la question « invita le gouvernement à mettre le lazaret du Frioul en état de faire face aux nécessités sanitaires qu'impose le souci de l'hygiène générale du pays ». Il importe, en effet, de défendre Marseille d’une façon particulière. A l'heure actuelle, il y a de véritables foyers de choléra et de peste dans tout l'Orient, dans toutes les escales de la Méditerranée ; ils peuvent envahir nos côtes à chaque moment.
D’après le D° Faivre (2), il faudrait mieux sup-
1. M. Chanot. Chambre des députés, 20 janvier 1911. 2. Avant-projet du règlement de prophytaxie maritime, mars
primer les lazarets ; leur utilité aujourd’hui, n'est pas certaine : le traitement des navires suspects, dit-il, n’exige pas l'envoi dans un lazaret. L’opération peut fort bien se faire dans un bassin ou dans une rade sûre. La désinfection pourrait être pratiquée une première fois avant le déchargement puis complétée après afin d'achever la destruction des germes. Quant aux malades leur internement dans un « lieu réservé » ne s'impose plus. Le choléra, la peste, la fièvre jaune ne sont plus considérés comme des maladies mystérieuses ; un pesteux, un cholérique doivent être soignés dans des conditions qui ne diffèrent guère de celles que l’on applique à un varioleux ou à un diphtérique. Les mêmes locaux, une fois assainis et désinfectés peuvent recevoir d’autres malades.
Le lazaret n’a donc plus sa raison d’être ; il vaut mieux lui substituer la station sanitaire ayant pour compliment l'hôpital municipal. La station sera « suffisamment isolée, en relation aussi directe que possible avec le quai de débarquement ; elle comprendra un cabinet médical, un laboratoire de bactériologie, des bains, une ou plusieurs étuves et des locaux disposés en vue de la désinfection des bagages ou marchandises ».
L’isolement et le traitement des malades seraient pratiqués à l'hôpital de la ville.
Il est à prévoir que de telles stations seroni orga-
nisées à Dunkerque, au Havre. Les dépenses résultant de leur entretien seraient inférieures à celles qu’entraiînerait l'établissement de nouveaux lazarets; en outre, elles permettraieut de recevoir des malades d’une façon continue, alors que les lazarets ne servent que par intervalles (1).
La Conférence de Paris, dans son article 41, a
« Les gouvernements se réservent le droit de prendre des mesures particulières à l’égard de certaines catégories d'individus, notamment des bohémiens, des vagabonds, des émigrants et des personnes voyageant ou passant la frontière par groupes. »
Avec le développement des moyens de transport, l’abaissement du prix des voyages, la question des émigrants est devenue plus pressante. Tous les ans, des flots d'individus, roumains, turcs, grecs, syriens, orientaux, asiatiques... viennent s’embarquer en Europe à destination de l'Amérique. On en comptait 68.039 en 1862; en 1904, on évaluait leur nombre à 798.606.
Ces gens, partis le plus souvent de pays contami-
1. À Saint-Nazaire, la station sanitaire conçue d’après les vues et plans du D' Dupuy, directeur de la Santé, est actuellement terminée.
D. | NPC
nés, désolés par les maladies pestilentielles constituent un danger très grand pour la santé publique. Contre eux, il faut organiser une surveillance sanitaire particulièrement rigoureuse. C’est dans ce but que plusieurs pays, l'Amérique, l'Allemagne, la Hollande ont institué une législation spéciale.
À Hambourg, on considère les émigrants venus de Russie comme dangereux en touttemps. Le choléra qui a sévi en Allemagne en 1905 venait, en effet, de Russie. Dés leur arrivée, les émigrants russes sont isolés dans des baraquements surveillés par la police. Ils sont d’abord placés dans une section dite «infectée » où ils sont examinés. Si la visite est favorable lémigrant est admis dans la deuxième section dite «propre ». Là il peut alleret venir, mais reste astreint à une visite journalière.
En cas d'affection contagieuse Ie malade est transféré à l'hôpital de campement. Les individus qui ont été en contact avec lui sont également isolés, leurs effets sont désinfectés ainsi que le pavillon où logeait le contagieux.
Les hôtels autorisés à loger des émigrants doivent obtenir une licence spéciale. Ils sont astreints à de nombreux règlements et assujettis à un contrôle permanent. Leur nombre est très limité, et presque tous les émigrants habitent dans les baraques.
Les Allemands ont organisé dans leur territoire
un véritable système de «vase clos ». C'est ainsi
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qu’en 1906, ils ont jugulé l'épidémie qui s’était introduite à Hambourg.
En France, à l'heure actuelle, environ 60.000 émigrants de provenances plus ou moins suspectes traversent notre territoire, chaque année. Les Drs Reynaud et Chantemesse ont maintes fois signalé les dangers qu’ils font courir à nos ports, et surtout à Marseille.
En :904, un négociant marseillais prit l’heureuse initiative d'installer un hôtel spécial. Pour la somme infime de o fr. 25 par jour, les émigrants irouvaient un abri propre et sain; mais les autres logeurs qui voyaient disparaître la source de leurs anciens bénéfices se liguèrent et boycottèrent la nouvelle hôtellerie.
La municipalité chargea bien une brigade de police de surveiller les hôtels qui reçoivent des émigrants. Sur ses rapports, on dut ordonner la fermeture de quelques établissements, mais alors on la trouva gênante et on la licencia.
Écoutons le professeur Chantemesse qui fit une enquête en 1906 : « Le propriétaire d’une de ces hôtelleries était mort depuis quelques mois et son successeur élait installé à sa place sans même avoir fait sa déclaration à la police. Il nous déclara qu'il y avait dans sa maison 60 émigrants el nous en avons compté 127 de toutes les nationalités : Syriens, Arméniens, Persans, etc. Les plus
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grandes chambres mesurant 11 mètres de longueur, 4 m. 20 de largeur et 3 mètres de hauteur contenaient 18 à 20 émigrants couchés sur des nattes... La maison ne possédait qu’un seul water-closet. La plus grande saleté y régnait et les escaliers étaient souillés d'urine. À notre question : « Que fait-on pour les malades »? le propriétaire répondit qu'il faisait appel au commissaire de police quand il jugeait que la maladie en valait la peine...
« Si, quelque jour, le choléra importé de Syrie éclate dans une telle hôtellerie, il n’est pas douteux que la plupart des habitants et une partie du quartier voi-
sin en deviennent rapidement les victimes ! »
En France, les lois et décrets qui règlent l’émigration, — ils datent de 186x et 1862,— n’édictent contre les émigrants qu'une surveillance de police, Aussi, ces derniers circulent-ils en toute liberté à travers la France. Leurs transbordements se succèdent, et rarement des mesures de précaution sont prises. Qui n’a vu, à la gare Saint-Lazare, à la gare de Lyon, une troupe étrange de bohémiens sordides, vêtus de guenilles, chargés de bagages hétéroclites, La plupart d’entre eux viennent de Marseille : le service sanitaire maritime ne les a examinés que si le port d’origine était contaminé, ou si une épidémie menace le territoire. De Paris, ils prennent le train pour le
Havre où ils s’embarquent pour l'Amérique. Au
Havre, l'intervention médicale fonctionne. On visite les émigrants pour éliminer les malades qui ne seraient pas admis et dont les frais de retour incomberaient à la compagnie. Ceux-ci sont renvoyés dans leurs pays. Les autres, dirigés sur des hôpitaux, y sont conservés jusqu’à leur guérison. Mais s'ils ne sont atteints que de maladies ordinaires, favus, pelade, syphilis en évolution, la compagnie les loge dans des hôtels spéciaux. Chaque jour ils vont chez leur médecin en risquent de semer la contagion. Aussi, l’état sanitaire du Havre est-il très mauvais. La mortalité y est de 26,4 0/00. M. Chantemesse, à qui nous empruntons cette documentation, dit fort justement : « L’émigration dans son service médical n'a qu'un seul bui : accomplir à la lettre les règlements américains sans se soucier le moindrement si ces règlements sont de nature à nuire à la santé publique de notre pays. »
Sans doute, en cas de danger, on modifie les dispositions applicables aux émigrants. En 1910, lors de la première manifestation du choléra en Italie, les émigrants furent soumis à Marseille à un contrôle sanitaire minutieux. Leur transport à travers la France fut effectué par des trains spéciaux passant d’un réseau à l’autre en contournant Paris sans s’y arrêter. Ces mesures ne sont prises qu’en cas exceptionnel ; elles ne suffisent pas pour nous protéger. Il nous faut réformer notre législation, et instiluer à
J. Humbert 3
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l’égard des émigranis une surveillance sanitaire permanente.
En ce sens au mois de février 1911, le président du Conseil a nommé au ministère de l'Intérieur une commission spéciale qui va étudier la question.
La conférence de Paris, dans sa section IV vise les mesures à prendre aux frontières de terre. Son article 37 est ainsi conçu : « Il ne doit plus être établi de quarantaines terrestres. Seules les personnes présentant des symptômes de peste ou de choléra peuvent être retenues aux frontières. »
Ce principe n’exclut pas le droit pour chaque état de fermer au besoin une partie de ses frontières.
À diverses reprises, en 1905, 1908 et 1909 il a fallu organiser notre frontière du nord et de l’est pour la défendre contre le choléra qui sévissait en Allemagne et en Russie. On se souvient de l’effroi causé en France, à l’automne 1908, quand on apprit que le choléra sévissait à Saint-Pétersbourg. Des mesures exceptionnelles de défense furent prises, basées au point de vue juridique sur les dispositions combinées des lois de 1822 et 1902 (1).
Toute personne venant d’une région contaminée
1. A la première, disait le président du Conseil dans sa circulaire du 27 août 1909 elles emprunteront ses pouvoirs et ses sanctions exceptionnelles. A la seconde, ses organismes, ses moyens et ses ressources budgétaires.
et présentant des symptômes suspects était reténue à la gare frontière et isolée dans un local spécial. Averti, le préfet dépêchait le délégué départemental ou un médecin qui veillait à la bonne éxécution des mesures prophylactiques. Quiconque logeait un voyageur était tenu d’en faire la déclaration dans les vingt-quatre heures. Disposition capitale et sans laquelle la surveillance médicale aurait été forcément incomplète. Dans sa circulaire du 27 août 1909, le président du conseil prescrivait aux préfets : « Vous emploierez tous les moyens en votre pouvoir pour vous assurer que cette mesure est très fidèlement exécutée, et, en cas d'infraction, vous ne manquerez pas de promouvoir les sanctions pénales de la loi de 1822 ». Tout cas de maladie soupçonné d’être le choléra devait être déclaré, mais tandis que la loi de 1902 n’impose la déclaration qu’au seul médecin, c'était à son défaut le chef de famille ou les personnes logeant le malade qui étaient astreints à l’obligation. À un fléau exceptionnellement grave, mesures de prudence exceptionnelles.
Un délégué spécial (c'était l’inspecteur départemental) assurait l'unité de direction en même temps qu'il contrôlait les mesures prises.
En automne 1909, l’apparition à Rotterdam et le long des rivières aboutissant à cette ville d’un certain nombre de cas de choléra asiatique, exigea une surveillance spéciale de la batellerie de toute la
région nord et nord-est. Tout bateau (1) arrivant en France était soumis à une visite dans un lieu aussi rapproché que possible de la frontière. Une personne à bord présentait-elle des symptômes susppects (vomissements, diarrhée), le bateau était mis en isolement provisoire, et soumis pendant les cinq jours qui suivaient à des visites médicales répétées toutes les vingt-quatre heures.
Des précautions furent prises pour éviter la contamination des eaux : tout navire entrant en France devait être muni de récipients destinés à recevoir les déjections ; en outre, de nombreux prélèvements furent effectués sur les eaux des canaux et rivières traversant la frontière française nord et nord-est, et soumis à une analyse bactériologique à l’Institut Pasteur de Lille.
Les voyageurs qui n'étaient pas retenus à la frontière recevaient un passeport sanitaire qu'ils devaient présenter dans les vingt-quatre heures au maire des communes où ils se rendaient. Comme cette prescription ne s’appliquait pas aux voyageurs qui allaient à Paris, il fallut organiser en outre dans cette ville un service spécial de défense sanitaire (2).
Un poste médical fut établi dans les gares du Nord et de l’Est. Les commissaires spéciaux de police fai-