‹ Du rôle de l'auto-intoxication dans la genèse des attaques apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie généraleChapitre 10 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Preuves cliniques en faveur de l’auto-intoxication.

Il est, on le conçoit, difficile de démontrer expérimentalement qu’au moment des attaques épileptiformes ou apoplectiformes de la paralysie générale, les éléments nerveux sont imprégnés de toxiques, soit par l’intermédiaire du sang, soit par lintermédiaire du liquide d’œdème.

L'étude de la toxicité de l’urine et du sérum, avant, pendant et après ces attaques, aurait pu nous donner d'utiles renseignements.

Des circonstances, indépendantes de notre volonté, nous ont empêché d’entreprendre ces recherches comme notre maître, M. le professeur Pierret nous avait engagé à le faire.

Mais un certain nombre de publications ont été faites sur la toxicité urinaire, dans des états analogues à ceux qui nous occupent, Nous voulons parler des travaux de

Deny et Choupe (1889), de Feré (1890), de Voisin J. et Péron (1892 et 1893) sur la toxicité urinaire des épileptiques, avant, pendant et après l’attaque ‘.

De leurs expériences qui sont les plus récentes, MM. J. Voisinet Péron ont conclu que :

1° Avant la série il y a un abaissement considérable de la toxicité urinaire, il y à hypotoxicité ;

20 Pendant la série, cet abaissement persiste, moins marqué que dans la période pro-paroxystique. La courbe tend à se relever ;

3° Après la série, la toxicité urinaire se relève, dépasse la normale, si la série est fiuie. Si la série n’est pas terminée, le coefficient ne s’élève pas au-dessus de la normale, et des accès reparaissent.

Pour ces auteurs, l'attaque épileptique ou les troubles de l’état mental doivent être dus à lintoxication du sang par rétention des produits toxiques ou par défaut d’élimination de ces produits. Puisque, avant l’accès et pendant la période paroxystique, les urines sont hypotoxiques, il doit y avoir surcharge de toxines dans le sang.

Chambrelent a montré d'autre part que chez les éclamp tiques, le sérum du sang est plus toxique pendant les attaques, et que les urines, dans ces moments-là sont hypotoxiques.

! D’autres recherches nombreuses ont été faites sur la toxicité urinaire, mais dans les maladies mentales en général.

Chevalier Lavaur. Th., Bordeaux, 1890.

Raphaël Dubois et Weilf, Congrès de Médecine mentale, 1891, Mairet et Bosc, 1892.

PT Res

Voisin et Péron concluent des expériences de Chamberlent, que le sérum du sang doit être plus toxique pendant ces paroxysmes épileptiques.

Pour nous, les mêmes phénomènes doivent se passer dans les attaques épileptiformes de la paralysie générale.

Comme nous n’avons cherché ni la toxicité de l’urine, ni celle du sang avant, pendant et après les attaques, nous ne pouvons faire là qu'une hypothèse que nous avons l’intention de vérifier plus tard. Mais l’analogie des deux états est souvent très grande, et les troubles gastro-intestinaux qui précèdent ces crises d’épilepsie essentielle et les attaques épileptiformes ou apoplectiformes de la paralysie générale, ressemblent assez pour qu’on puisse, sans trop se hasarder, penser dans les deux cas, à une auto-intoxication.

Du reste, certaines observations cliniques ont la valeur d’une expérience.

Dans le service de notre maître, M. le D' Brun, nous avons vu un paralytique général prendre des crises épileptiformes et mourir dans les circonstances suivantes :

Le 14 décembre au soir, on amène à l’Asile un malade dans un état d’agitation tel, qu’on ne peut l’examiner. A la visite du lendemain, M. le D' Brun fait le diagnostic de méningo-encéphalite diffuse, et le malade est couché à l’infirmerie.

En examinant le malade, on perçoit la vessie très distendue, la peau des bourses et de la verge couverte d’ecchymoses.

On pratique le cathétérisme, de l'urine et des caillots de sang sortent par la sonde.

On pense à une déchirure de l’urètre consécutive à un

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traumatisme, mais il ne faut pas songer à laisser une sonde à demeure, on fait simplement plusieurs lavages boriqués.

Le malade prend le soir une attaque apoplectiforme suivie de crises épileptiformes, avec convulsions plus marquées du côté droit, meurt dans la nuit, sans avoir repris connaissance et dans des crises subintrantes.

A l’autopsie, nous trouvons les lésions de la méningoencéphalite diffuse, un épaississement tres considérable de la pie-mère cérébrale, mais les diverses coupes de Pencéphale, pratiquées avec un très grand soin, ne nous ont pas permis de découvrir une lésion récente ayant pu déterminer l’attaque apoplectiforme et les crises épileptiformes qui ont suivi.

Nous avons trouvé une rupture incomplète de l’urètre, et les personnes qui l'avaient conduit à l’Asile nous ont dit qu'en se débattant, pour monter en voiture, il était tombé à califourchon sur le marchepied.

Il est impossible de ne pas attribuer ces accidents convulsifs et comateux qui ont amené la mort, à l’action, sur Les centres nerveux déjà altérés d’un sérum chargé de toxiques dont la rétention d’urine a favorisé la résorption.

Eu dehors des cas de ce genre qui sont du reste loin d’être rares et qui démontrent d’une façon évidente le rôle de l’auto-intoxication dans la production de ces accidents, l'observation suivie des paralytiques généraux nous permet d'appuyer notre théorie sur des faits :

1° D’ordre clinique ; 2° D’ordre thérapeutique.

1° Faits d'ordre clinique.

a) Troubles gastro-intestinaux. — Embarras gastrique. — Indigestions. — Diarrhée, constipation. — Ces troubles gastro-intestinaux ont été signalés par tous les auteurs.

Tous ont attiré l’attention sur l’état des voies digestives dans la période qui précède ou accompagne l’apparition de ces accidents. On voit ces malades avec une langue pâteuse, saburrale, leur appétit qui dans le cours de la maladie est souvent très vorace, est diminué ou complètement perdu. L’haleine est horriblement fétide; ils sont pâles, leur aspect est caractéristique et leur état est en tout point semblable à celui des épileptiques en imminence de crises.

Chez les épileptiques, cet état saburral, accompagnant lPhypotoxicité des urines comme l’ont constaté Voisin et Péron, a permis à ces auteurs de prévoir un accès.

Pour notre compte nous avons toujours constaté cet état chez des paralytiques généraux dans les quelques jours qui précédaient l'apparition d’attaques apoplectiformes et épileptiformes, et plusieurs fois nous avons pu, prévoyant une de ces complications, faire coucher le malade; et nous sommes persuadé que quelquefois par l’administration d’un purgatif et du naphtol, nous avons pu en prévenir l'apparition.

Cet embarras gastrique précédant et accompagnant ces complications doit évidemment faire penser à une intoxication du sang par rétention des produits toxiques ou par défaut d'élimination de ces produits.

Il est une cause non moins fréquente de ces accidents, à laquelle sont exposés par leur voracité et leur glouton-

"40 — nerie les paralytiques généraux, nous voulons parler des indigestions.

Nous avons vu souvent survenir l’une ou l’autre de ces complications à la suite d’indigestions. On sait combien il est nécessaire de surveiller ces malades pour leur éviter de pareils accidents. Ils ont un appétit souvent très grand, mangent tout ce qu'ils trouvent et avalent leurs aliments sans les mâcher.

Plusieurs observations ont été publiées dans lesquelles des accidents convulsifs où comateux survenant à la suite d’une indigestion chez des sujets jouissant d’une bonne santé habituelle avaient pu en imposer, en l’absence de commémoratifs, pour une attaque d’apoplexie ou d’épilepsie.

On conçoit que ces mêmes troubles de la digestion survenant chez des malades porteurs des lésions de la méningo-encéphalite puissent amener ces mêmes accidents convulsifs ou comateux.

Il est une autre cause d’auto-intoxication sur l’importance de laquelle insiste notre maître M. le professeur Pierret et que nous avons pour ainsi dire toujours retrouvée chez des paralytiques généraux précédant de longtemps les attaques apoplectiformes ou épileptiformes, c’est la constipation.

C’est semble-t-il une banalité de dire que les paralytiques généraux sont presque toujours constipés ; dans les observations que nous rapportons, nous voyons tous nos malades n’aller à la selle qu'a l’aide de purgatifs et de lavements, et nous voyons cette constipation augmenter au moment des complications qui nous occupent.

Ces faits que tous les auteurs signalent semblent être

considérés par eux comme étant une simple coïncidence, ou plutôt comme étant sous la dépendance de l'état nerveux. Ge qui est vrai jusqu’à un certain point, car tous les nerveux sont constipés.

Mais on conçoit toute l’importance qu'a acquise cette notion depuis que M. le professeur Bouchard est arrivé à démontrer qu’il existe des poisons dans l'intestin, que ces poisons sont une menace constante d’intoxication pour l'organisme, que s’il y a défaut d’élimination par les émonctoires il y aura intoxication; que cette intoxication sera souvent d’origine intestinale, et qu’une des conditions les plus favorables à la résorption de ces toxiques, c’est la conshipation.

Dans la thèse d’un de ses élèves (Féyat th. 1890), M. le professeur Pierret montre que la constipation peut donner naissance à une série de troubles nerveux et mentaux et qu’elle peut provoquer chez des prédisposés toutes les formes d’aliénation mentale, insomnie, mal de tête, excitation maniaque, lypémanie, stupeur, etc.

Au Congrès des aliénistes français tenu en 1898 à la Rochelle, le D' Legrain médecin en chef de l’Asile de Ville-Evrard a rapporté l'observation d’une malade à antécédents héréditaires lourdement chargés, chez laquelle des troubles gastro-intestinaux marqués au début par de la constipation et plus tard par de la diarrhée ont amené un état mental semblable à celui constaté dans les folies toxiques et qu’on désigne sous le nom de confusion mentale.

Pour notre maître, la constipation doit être considérée comme la cause la plus importante des phénomènes convulsifs et comateux de la paralysie générale.

AR Le.

Dans le courant de l’année 1898, dans l’infirmerie où nous avions placé les paralytiques générales que nous voulions observer, nous avons vu nos malades prendre presque toutes en même temps des attaques apoplectiformes et épileptiformes.

Nous avons cru retrouver la cause de cette véritable épidémie dans le fait suivant :

Ces malades étaient sous la surveillance edat d’une infirmière, qui, sur les ordres du chef de service M. Pierret, était chargée de leur donner tous les jours un lave-ment laxatif ou purgatif. Cette infirmière étant partie en congé, sa remplaçante avait négligé pendant deux ou trois jours d’administrer les lavements quotidiens.

Il est souvent nécessaire pour la retrouver d’examiner avec soin la malade.

Souvent si l’on s’en tient aux renseignements fournispar eux ou par les infirmiers, on sera tenté de considérer comme non constipés des malades qui vont, il est vrai, régulièérement à la selle, mais dont les selles sont insuffisantes. On sera tout surpris de voir arriver chez ces malades par suite d’une purgation ou de toute autre cause, une véritable débâcle (obs. III). Notre malade allait tous les jours à la selle à l’aide d’un lavement purgatif.

Nous le répétons toujours depuis que notre attention a été attirée sur ce point par M. le professeur Pierret, toujours nous avons trouvé la constipation avant l’apparition des attaques chez les paralytiques généraux.

Le rôle de la constipation, dans la pathogénie de ces attaques, est donc démontré cliniquement,

Mais on peut déjà, des expériences faites par un certain nombre d'auteurs, comprendre ces accidents convulsifs par

le fait de la résorption des toxiques intestinaux. Depuis longtemps, Bouchard a démontré que l’extrait alcoolique de 17 grammes de matières fécales tue en déterminant de grandes convulsions.

Le D' Rivière de Bordeaux, se basant sur l’origine intestinale de l’éclampsie accorde une grande importance à l’antisepsie intestinale. Mais le D' Blanc (1890), de Lyon est le premier qui ait obtenu, avec les matières fécales d’éclamptiques, des colonies de bacillus coli et d’un autre bacille peu différent du coli commune (pas de liquéfaction de la gélatine), qui présentait cette impor tante particularité de tuer les animaux après avoir déterminé des crises convulsives. Gerdes a retrouvé le bacille dans le foie et le rein. es

Oui et Sabrazès ont découvert dans le sang et la sérosité péricardite un staphylocoque dont l’inoculation à doses modérées amena la mort des animaux avec phénomènes convulsifs. Sécheyron, dernièrement {Soc. Méd. de Tou louse, 1894) communique un cas d’éclampsie mortelle chez une femme n’ayant présenté, avant sa grossesse, qu’une chloro-anémie très marquée et chez laquelle on a observé au cours de la grossesse une constipation des plus opiniâtres avec stercorémie et albuminurie concomittante. Pour cetauteur, l’action du coli bacille doit être très importante; dans les cas d’éclampsie on se trouve, dit-il, en présence d’un organisme surmené dont la résistance vitale est diminuée, et par conséquent plus accessible à l’action d’un microbe qui, de saprophyte peut devenir alors un véritable agent pathogène des plus actifs.

L'observation clinique d’une part et les faits expérimentaux que nous venons de rappeler, bien que ne se rap-

nr portant qu’à des états convulsifs analogues, nous permettent de supposer que la constipation joue un rôle important dans la genèse des accidents qui nous occupent.

b) Troubles urinaires. — Les lésions du rein sont fréquentes dans la paralysie générale; qu'elles se révèlent ou non par de l’albuminurie, elles doivent toujours entrer en ligne de compte dans la production des phénomènes d’auto-intoxication. Nous avons relaté plus haut les conclusions des très intéressantes recherches de Voisin et Péron, sur la toxicité urinaire chez les épileptiques, mais nous ne connaissons aucune expérience faite dans ce but chez des paralytiques généraux.

Notre attention à été attirée surtout sur les phénomènes de rétention d'urine ayant déterminé les complications que nous étudions. On sait que ces troubles sont fréquents chez les paralytiques généraux, et surviennent brusquement. Ils doivent aussi être recherchés souvent avec beaucoup de soin.

Nous les avons vu souvent déterminer soit des attaques apoplectiformes, mais le plus souvent des attaques épileptiformes,

c) Température. — Nous trouvons une autre preuve du rôle de l’auto-intoxication dans les modifications de la température quelque temps avant et pendant ces attaques. Nous avons pris pendant plusieurs mois la température de paralytiques généraux el nous l’avons trouvée presque toujours normale en dehors des complications.

Tandis qu’au contraire nous l'avons vu toujours se modifier d’une façon quelconque pendant les quelques jours qui précédaient les attaques.

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Nous avons observé le plus souvent une élévation, mais quelquefois un abaissement.

L’étude de la température a été l’objet de mémoires assez nombreux, Charcot, Magnan, Christian et Ritti, Broquère, en France, de Westphall, Meyer en Allemagne, Turner, G. Mickle en Angleterre ont constaté que pendant les attaques apoplectiformes et épileptiformes, de la paralysie générale, la température s’élève nresque toujours.

Ils ont insisté sur l'importance de la constatation de ce fait au point de vue du diagnostic et du pronostic de ces accidents.

Pour ces auteurs, l’élévation de la température permet de faire le diagnostic de l’attaque apoplectiforme avec l’apoplexie, et de l'attaque épileptiforme avec lPépilepsie.

Une température se maintenant pendant plusieurs jours vers 40 degrés et au-dessus comporte un pronostic trés grave.

Mais l’étude de la température suivie d’une façon régulière permet de constater une élévation graduelle pendant les deux ou trois jours qui précèdent les accidents, et nous a permis aussi de les prévoir.

Nous avons constaté, mais bien plus rarement, un abaissement ou plutôt pour mieux dire un abaissement relatif dans des cas beaucoup plus rares, sans que nous ayons pu en trouver la raison ailleurs que dans ce fait qu’il y avait en même temps de l'albumine dans les urines,

Pour nous, cette modification constante de la température, que ce soit une élévation ou un abaissement est une preuve de la nature auto-infectieuse de ces accidents.

Nous pouvons supposer une localisation du toxique sur les centres nerveux. |

Dans les autopsies dans lesquelles on a trouvé des lésions des centres thermiques du reste encore mal connus, nous pouvons interpréter ces modifications intermittentes et passagères par un phénomène de rappel dû à l’action du toxique sur ces centres.

2° Faits d'ordre thérapeutique.

Jusqu'à ces derniers temps la thérapeutique des attaques apoplectiformes et épileptiformes a été peu variée.

Le lavement purgatif et la saignée se sont partagés les faveurs de tous les médecins, mais celle-ci abandonnée un peu depuis quelques années a laissé le lavement régner en maitre.

Les auteurs anciens en avaient reconnu les bons effets et les interprétaient par son action dérivative sur le tube intestinal, la comparant à celle des sinapismes qu'ils appliquaient sur un point quelconque du corps, de préférence aux membres inférieurs.

Depuis les travaux de Bouchard, son mode d’action a été interprété d’une façon différente, mais son importance thérapeutique n’a pas été diminuée, et tous les auteurs modernes recommandent encore de l’employer dans ces accidents.

Dans nos observations, nous avons vu fréquemment après l’administration d’un lavement purgatif suivi du traitement antiseptique interne, une amélioration appréciable des phénomènes convulsifs ou comateux, mais toujours un abaissement considérable de la température.

Ces modifications favorables obtenues par l’antisepsie

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intestinale nous permettent bien de croire à des phénomènes d’auto-intoxication et peuvent être mises sur le compte de la facile élimination des toxines par Le procédé, ou de la neutralisation des toxines par les antiseptiques.

Nous pouvons interpréter de même en faveur de la théorie que nous soutenons les améliorations obtenues dans certains cas par la saignée.

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