OBSERVATION V
Service de M. le Professeur Pierret.
Syphilis. -- Paralysie générale. — Attaques apoplectiformes
et épileptiformes. — Aphaste transitoire. — Secousses convuisives plus marquées à droite. — Contractures passagères à droite. — Autopsie. — Pas d'autres lésions
de l'encéphale que celle de la méningo-encéphalite diffuse.
L. Marie-Clotilde, trente-sept ans, couturière, entre à l’asile
le 30 juillet 1893.
Antécédents héréditaires. — Père mort d’une maladie de
cœur, mère en bonne santé,
Antécédents personnels. — Réglée à onze ans LoOnTE régulièrement.
Syphilis il y a dix ans, soignée aux Chazeaux, service de M. Horand.
Une fille âgée de dix-sept ans bien portante.
Une fausse couche il y a deux ans. Pertes très Abondan tes, Depuis cette époque la malade dit n’être plus réglée.
Grippe et scarlatine dans la même année en 1891 la malade habitait Paris.
Excès alcooliques. Arquebuse.
Les troubles mentaux auraient débuté il y a deux ans à la suite de sa grippe.
Etat actuel. — Etat mental. — La malade répond assez bien aux questions qu’on lui pose, mais cherche ses mots. Ne se rappelle pas des dates. Idées de satisfaction.
Etat physique. — Parole traînante, embarrassée.
Physionomie hébétée, sans expression. Regard vague.
Paupières bouffies.
Pupilles inégales, la gauche est plus dilatée.
Tremblement de la langue, des lèvres et des membres supérieurs.
Diminution de la force musculaire dans les membres supérieurs plus marquée à droite.
Démarche difficile, la malade traîne un peu la jambe droite.
Pas de signe de Romberg.
Réflexes rotuliens : normal à gauche, exagéré à droite. Il est impossible de se rendre compte de l’état de la sensibilité.
Rien au cœur.
Rien aux poumons.
Le foie n’est pas augmenté de volume et n’est pas douloureux.
Constipation.
Appétit vorace.
Mictions difficiles : l'urètre est comprimé par l’utérus qui a basculé en avant.
Les urines analysées par M. Lambert, pharmacien à l'asile, ne contiennent ni sucre ni albumine ni autre élément anormal. Traitement mixte.
15 août. — Embarras gastrique qui a cédé à l'administration du calomel.
Apbhasie qui a duré quelques heures, la malade ne répondait que par les monosyllabes oui, non, comprenant très bien ce qu’on lui disait.
20 août. — Rien de noté de particulier dans l'observation jusqu’au 4 septembre.
4 septembre. — Au réveil la malade a été dans l’impossibilité de s’habiller seule comme elle le faisait d'habitude.
Une fois levée elle a voulu se baisser et n’a plus pu se relever.
Elle est portée à l’infirmerie dans un état voisin du coma.
Elle entend cependant ce qu’on lui dit, essaie d’y répondre par un bredouillement incompréhensible.
‘ Elle est pâle, dans le décubitus dorsal, spasmes des muscles de la face à droite.
La commissure est tirée à droite.
La langue est déviée à droite.
Contractures dans les bras et la jambe de ce côté.
Rien au membre supérieur gauche.
Contracture légère de la jambe gauche.
Tremblement très marqué de la langue et des lèvres.
La déglutition est très difficile, les aliments liquides qu’on essaie de lui faire avaler passent par le nez.
Le ventre est dur, ballonné, très douloureux à la pression surtout au niveau des deux fosses iliaques.
L'intestin est rempli de matières.
Les urines retirées par le catéthérisme ne renferment ni sucre ni albumine.
Des lavements purgatifs et glycériens amènent des selles extrêmement abondantes, liquides et horriblement fétides. — Calomel. Sirop de Gibert.
5 septembre. — Les contractures ont diminué dans le bras et dans la jambe.
La malade sort un peu de son état de torpeur et essaie plus volontiers de reprendre.
Déglutition plus facile.
Hal
Diminution des spasmes des muscles de la face,
6 septembre. — On sent toujours l'intestin rempli de matières! : Les lavements glycérinés amènent toujours des selles abondantes et fétides. Naphtol et salicyl-magnésie, température 38°6. Pouls régulier, 80.
7 septembre. — Selles et mictions spontanées. -
La malade comprend mieux ce qu’on lui dit et prononce quelques mots.
Elle peut se servir de son bras droit.
La marche est possible quoique difficile, température De matin soir 38°3
15 septembre, — La malade va et vient dans la salle.
13 octobre. — Crise épileptiforme.
On constate ensuite les mêmes contractures indiquées plus haut.
1% novembre. — Attaque apoplectiforme pendant la nuit, au réveil on trouve la malade dans un coma absolu.
Paralysie flasque des membres.
2 novembre, — La face est congestionnée, spasmes des muscles de la face à droite. Secousses convulsives qui soulèvent tout le côté droit, une par seconde environ.
Apparition des contractures dans le membre supérieur droit.
Hoquet.
13 novembre. — La malade peut de nouveau se lever et marcher dans la salle.
6 décembre. — Escarre de la région sacrée à droite, SEE à gauche au point symétrique.
‘ 7,8 et 9 décembre, — La malade n’a pas eu de selles malgré des lavements répétés.
10 décembre. — Deux verres d’eau de Sedlitz n’amènent aucune selle.
12 décembre — Les purgatifs et les lavements répétés ne produisent que des selles insignifiantes.
20 décembre. — La malade est très agitée, pousse des cris se plaint de souffrir, mais ne peut dire où. Pas de selle. Mictions normales.
22 décembre au soir, agitation extrême,
pu Vi
La malade a bu un litre de lait dans la journée et pris deux potages.
23 décembre. — Nouvelle attaque apoplectiforme.
Même état semi-comateux que dans la première attaque.
Contractures toujours localisées aux mêmes membres,
Contracture du sterno-mastoïdien droit.
Respiration régulière, pas de stertor.
Pouls, 130, temp., 38°2.
24 décembre. — Même état.
25, 26 décembre. — Crises épileptiformes.
28 décembre. — Crises subintrantes. Élévation de la température qui atteint 40°5, Mort.
Autopsie pratiquée vingt-quatre heures après la mort, sous la direction de M. le professeur agrégé Devic, par M. Giroudon, interne.
Encéphale. — Adhérences de la pie-mère plus marquées sur l’hémisphère droit au niveau de la pariétale ascendante.
Les diverses coupes pratiquées avec soin ne permettent pas de découvrir, ni ramollissement, ni hémorragie, ni gomme. Pas d’œdème.
Les artères de la borne sont athéromateuses.
Moelle. — À l'œil nu la corne antérieure droite paraît diminuée de volume au niveau de la partie moyenne.
La moelle et le cerveau sont conservés pour être examinés par M. le professeur agrégé Devic.
Cœur. — Poids, 300 grammes. Valvules paraissent saines.
Petites plaques d’athérome à l’origine de l’aorte.
Foie. — Muscade. Calculs renfermés dans la vésicule.
Reins. — Pèsent 120 grammes. Les capsules ne sont pas adhérentes. Trace de dégénérescence graisseuse.
Poumons. — Congestion de la base.
L’intestin est trouvé rempli de matières dures.