‹ Du rôle de l'hérédité dans l'alcoolismeChapitre 10 sur 13 · FAMILLE PSYCHOPATHIQUE ET ALCOOLISME · texte numérisé non relu

FAMILLE PSYCHOPATHIQUE ET ALCOOLISME

Alcoolisme et Épilepsie.

Parmi les névroses, celle qui nous a paru avoir les plus constants rapports avec l’alcoolisme est l’épilepsie. On peut le constater facilement dans l’observation suivante où ces deux états morbides se combinent et se suppléent.

Obs. XLYIII [inédite). — Brée..., 16 ans. Epilepsie héréditaire , conception dans V ivresse.

Père alcoolique, pédéraste, violent, épileptique. — Oncle paternel ivrogne, nerveux, a deux enfants qui ont eu des convulsions. — Grand’mère paternelle épileptique.

Grand’ mère maternelle migraineuse. — Oncle maternel condamné pour vol.

L’influence héréditaire de l’épilepsie est peut-être encore plus nette dans cette observation.

Obs. XLIX ( inédite ). — Heur... Auguste, 12 ans. Epilepsie héréditaire.

Père , excès alcooliques et vénériens. — Grandpère paternel , sobre, excès vénériens. — Grand' mère paternelle , aliénée, épileptique, morte à la Salpétrière. — 1 oncle paternel } excès de boisson. — 1 oncle paternel , accès de colère. — 1 tante paternelle épileptique, son fils est épileptique. — 2 cousines germaines du père très portées à l’acte vénérien.

Si l’épilepsie chez les ascendants peut engendrer l’alcoolisme chez les descendants, il est non moins curieux de voir que sous l’influence de l’épilepsie un alcoolique latent peut se mettre à boire.

Obs. L (inédile). — Mong..0 François, 50 ans. Epilepsie tardive.

Père , ivrogne, mort d’une chute dans un escalier, avait abandonné la mère du malade avec trois enfants qu’il avait reconnus. — Notre malade. S’est marié à 25 ans. Sa santé avait toujours été bonne. Il était assez intelligent, découpeur pour le bois. On ne croit pas qu’il ait eu des convulsions dans l’enfance. Caractère calme. N’avait jamais fait d’excès alcooliques ou vénériens. Peu après le mariage, sa femme s’est aperçue qüe tous les mois environ il était pris de malaise avec nausées et parfois vomissements glaireux. De 25 à 31 ans, rien. A 31 ans il aurait été pris presque subitement d’un accès, il a commencé par se promener dans la chambre en crachant de la mousse en disant: « Voilà maman qui monte, elle est sous le lit. > Il faisait le moulinet avec le bras droit. Il s’est assis et quelques instants après il est tombé comme une masse sans pousser un cri. Il était violet et rigide. Après être resté une heure inerte, il a voulu se déshabiller, s’en aller se jeter par la fenêtre sous prétexte

qu’il n’était pas chez lui. Ce délire a duré une heure.

Le deuxième accès est survenu dans la huitaine et a été moins fort. Pais ses accès se sont répétés toutes les semaines d’abord, puis plus fréquemment. A partir de ce moment il s’est mis à boire. Bien qu’il ne fît pas de très grands excès allant jusqu’à l’ivresse, il rentrait souvent excité. Il ne buvait que du vin et' c’est à ces excès relatifs, qu’il n’avait jamais faits avant sa maladie, qu’on attribue la grande fréquence de ses accès avant l’entrée à l’hospice.

Dans l’observation suivante la relation entre l’alcoolisme et l’épilepsie n’est pas moins nette, mais les renseignements sur les antécédents héréditaires remontent à la génération précédente et sont vagues, lln’est cependant pas douteux, d’après ce qu’onnote chez les collatéraux du malade qu’il y ait de l’hérédité névropathique dans cette famille.

Obs. LI {inédite). — Mott..., 59 ans .Epilepsie, absinthisme.

Père, mort à 81 ans de hernie étranglée. Menuisier, sobre, violent. Pas d’accidents nerveux.

3 frères, un est mort hydropique, violent. Dans la jeunesse il aurait eu des crises nerveuses. Les deux autres sont bien portants. — Sœur aveugle depuis quelques années. Nerveuse, rhumatisme avec déformation. Consanguinité des parents (cousinsgermains).

— Notre malade. Marié à 32 ans. Ébéniste, bon ouvrier. Sobre à cette époque. A 36 ans il vit dans la rue tomber un vieillard dont la tête fut coupée parlaroue d’une voiture. Sur-le-champ, il fut pris de son pre- . mier accès. Jusque-là, il ne serait jamais tombé. Il

n’avait ni douleurs de tête, ni migraines, ni éblouissements, ni cauchemars avant. Deuxième accès 8 jours après. Pendant 3 ans, accès à peu près hebdomadaires. Puis ils se sont rapprochés jusqu’à 1 ou 2 fois par jour, quelquefois 5 ou 6 au maximum dans les 24 heures. Le plus long intervalle devint de deux jours, accès diurnes et nocturnes. A partir de 38 ans, excès de boisson. Il buvait beaucoup d’absinthe. Il buvait même l’esprit de vin. Il se saoulait 3 ou 4 fois par jour. Il était violent, chassait sa femme du lit et la frappait. Il prenait 1/5 de litre d’absinthe, et quelquefois le double.

Il est du reste très r fréquent d’observer l’alcoolisme chez les épileptiques. On en trouvera plusieurs exemples dans nos tableaux statistiques. L’alcoolisme héréditaire se manifeste même quelquefois avant l’épilepsie, comme dans le cas suivant.

Obs. LU (Doursout). — H... Ivrogne dès l’enfance (cidre et eau-de-vie), devient épileptique par la suite et a un accès de délire lypémaniaque avec tendance au meurtre et à l’incendie.

Père alcoolique.

On peut voir dans la même famille se produire chez l’un des descendants, de l’alcoolisme, de l’aliénation, chez l’autre de l’épilepsie, chez un troisième de l’alcoolisme.

Obs. LIII (Doursout). — Femme de 18 ans. Epileptique, rachitique, instable , instincts pervers. — 2 sœurs

et 1 frère épileptiques. — 1 frère ivrogne. — 1 sœur à peu près bien portante. — Père et mère alcooliques.

Cette observation nous montre à la fois comment l’hérédité alcoolique double mène à une profonde dégénérescence mentale, et comment l'alcoolisme héréditaire peut survenir au même titre qu’une dégénérescence.

Dans l’observation suivante nous voyons l’alcoolisme par hérédité dissemblable associé dans la même famille à l’épilepsie et à l’aliénation.

Obs. L1V [inédite). — Givet... Epileptique.

Père alcoolique, mort d’apoplexie. — Oncle paternel épileptique. — Oncle paternel aliéné. — Grand'mère paternelle, paralysée. — Grand-oncle paternel, suicidé par chagrin.

Ce que nous venons de dire de l’épilepsie, on peut le répéter de l’hystérie, quoique en généra cependant l’hystérie et l’alcoolisme héréditaire alternent moins ensemble. Nous en avons cependant un exemple dans l’observation XLVI empruntée à M. Féré ( Famille névropathique) et que nous rappelons ici.

y..., 15 ans. Hystérique.

Grand' mère maternelle persécutée, morte à la Salpêtrière. — Mère hystérique (a deux frères mal équilibrés).

Père alcoolique, 4 frères : l'un, interné à Bicêtre pour délire de persécution ; un autre a eu un accès de délirium tremens ; un autre est très irascible et a des idées de persécution. — 3 sœurs nerveuses, dont une seule a des attaques.

Alcoolisme et hystérie.

Nous n’avons pas d’observations où l’hystérie soit la seule tare névropathique chez les ascendants, ce qui se comprend du reste, l’hystérie étant elle-même la conséquence de l’hérédité névropathique. Nous venons delà voir associée à l’alcoolisme et à l’aliénation pour produire l’alcoolisme et l’épilepsie. Dans l’observation suivante elle n’est associée qu’à l’aliénation et n’en produit pas moins encore chez les descendants l’épilepsie et l’alcoolisme. — L’hérédité névropathique peut donc suffire à prédisposer à l’alcoolisme les descendants.

Obs. LY ( inédite ). — Desp..., 15 ans. Epileptique.

Père alcoolique. Épileptique de 9 à 22 ans. — 1 oncle 'paternel phtisique. — 2 oncles paternels suicidés. — Grand-père paternel phtisique. — Grand'mère paternelle hystérique, débauchée. • — Grand ’ tante paternelle aliénée.

Nous pouvons voir comme pour l’épilepsie l’alcoolisme des ascendants produire chez les enfants l’hystérie à côté de l’alcoolisme luimême.

Obs. LVI (inédite). — Lep..., 46 ans, blanchisseuse et concierge. A 38 ans, hémiplégie gauche ayant duré pendant trois mois durant une grossesse et disparue brusquement six semaines après l’accouchement, d’origine hystérique.

Frère ivrogne. — Père phtisique, mort à 57 ans. Excès de boisson, avec du vin seulement. — Petitecousine sujette à des crises nerveuses. — Petit-cousin mort de convulsions. — 5 enfants morts de convulsions. — Rien du côté maternel.

Alcoolisme et vésanies.

Les vésanies proprement dites se rencontrent également dans l’ascendance des alcooliques et il est des cas où cette cause seule intervient pour amener l’alcoolisme chez les descendants. Celaparaît évident lorsqu'à cçté de dégénérescences diverses, d’autres vésanies, de névroses chez les enfants d’une même famille on voit survenir l’alcoolisme. Nous pensons que dans ces cas c’est bien à l’influence héréditaire qu’il faut l’imputer.

Obs.LVII [inédite). — Heur.., 12 ans .Idiotie complète.

Père sobre. — Oncle paternel mort à 7 ans 1/2 de mal de Pott. — Tante paternelle morte à 2 ans 1/2 de convulsions. — Grand'mère paternelle exaltée, s’est jetée dans une dévotion exagérée, 67 ans. — Grandoncle paternel marchand de rouennerie. S’est mis à boire assez tard et est mort après avoir bu un litre d’eau-de-vie. — Bisaïeule paternelle est devenue folle pendant quelque temps et on a dû la faire enfermer.

Obs. LYIII [inédite). — Brouck..., 16 ans, Idiotie , épilepsie. Conçu pendant V ivresse du père.

Père , 42 ans, maçon, marié à 26 ans. Buvait déjà mais moins que plus tard. Il a fait de plus en plus

d’excès de boisson (vin, bière, eau-de-vie, mais pas d’absinthe). Après la naissance de notre malade il s’est mis à boire davantage. Il rentrait ivre 3 ou 4 fois par semaine. Ilne lui en fallait pas beaucoup. Sa femme l’a quitté parce qu’il ne désaoulait pas et la battait. Depuis elle ne l’a plus revu. Mais elle sait qu’il est vivant et continue à boire. Il vit avec sa cousine germaine. On ne sait s’il avait des rapports avec elle avant sa séparation (elle a sept ou huit ans de plus que lui), mais il allait dans des maisons publiques. — Oncle paternel, nombreux excès de boisson. — Grand-père paternel bien portant, maçon, nombreux excès de boisson. — Grand’ mère paternelle travaille aux champs, ne boit pas, mais elle est exaltée. — Grand-oncle paternel (frère de la grand’mère), excès de boisson. « C’était lui qui poussait le père à boire.» — Grand-oncle paternel (frère de la grand’mère), rien à signaler. — - Grand' tante paternelle (sœur de la grand’mère) morte folle à l’asile de Clermont. Son fils « a un grain ; mais peut faire ses affaires. » — Grand' tante paternelle (autre sœur) morte en enfance. Démence pendant 5 ans.

Nous voyons là dans la même famille, sur cinq frères et sœurs, une exaltée, une aliénée, une démente, une alcoolique et un enfin qui n’a rien de particulier. Une des sœurs se marie à un alcoolique et les deux fils sont alcooliques invétérés. Comment ne pas mettre l’alcoolisme sur le compte de l’hérédité névropathique évidente chez les frères ou sœurs, et ne pas y mettre encore le caractère d’intensité avec lequel se montre l’alcoolisme héréditaire, similaire cette fois, chez l’un en particulier des deux

fils issus du mariage d’une des deux sœurs avec un alcoolique. On peut voir souvent aussi l’aliénation mentale s’associer et se combiner avec les affections nerveuses organiques pour produire l’alcoolisme.

Obs. L1X [inédite). — Févr.... Paul, 20 ans. Imbécile .

Père , 43 ans, tonnelier. A travaillé dans les alcools et l’absinthe. A fait beaucoup d’excès de boisson « il est tombé à l’état d’animal ; il ne peut plus travailler. On n’en veut nulle part. » Marié à 20 ans, il buvait déjà. Son patron est venu prévenir sa femme, le soir du mariage, qu’il buvait en cachette. Quelques jours après le mariage elle s’est aperçue qu’il buvait, mais seulement du vin. Travaillant plus tard dans les alcools à l’Entrepôt, il s’est mis à boire de l’alcool et de l’absinthe. Depuis 15 ans l’intelligence abaissé. «Iln’existeplus depuis 40 ans. Le peu qu’il gagne, il le boit. » Insouciant, rie se préoccupe ni de son ménage, ni de ses enfants A eu cette année deux attaques de paralysie, cour eur de femmes, « il est très passionné ». — Grandpère paternel mort d’une congestion cérébrale. Paralysie à gauche, non buveur. — Grand' mère paternelle , Nombreux excès de boisson (eau-de-vie). Est folle. — Arrière-grand-père (père de la précédente) mort d’un cancer à l’estomac. — Arrière- grand' mère (mère de la grand’mère) morte en démence. — Oncle paternel aliéné. — Tante paternelle morte en démence. — Sœur morte à 13 mois de méningite. — Sœur placée dans une maison de correction.

Dans le cas suivant nous voyons l’alcoolisme se transmettre indirectement en sautant une génération et aussi par voie collatérale. Mais

en outre, de chaque côté des parents on observe à côté de l’hérédité alcoolique, de l’hérédité névropathique et vésanique. Aussi voyons-nous malgré l’hérédité alcoolique peu rapprochée, l’alcoolisme héréditaire se développer cependant d’une manière assez précoce et s’acompagner en même temps d’épilepsie.

Obs. LX [inédite). — Long .. Paul, 24 ans. Epilepsie symptomatique , alcoolisme. Convulsions à la suite d’une peur produite par des singes (?). Convulsions de temps en temps jusqu’à 12 ans. Premier accès d’épilepsie six mois après une fièvre typhoïde à 12 ans. Ilacommencé à boire à 16 ans, du vin, de l’eau-de-vie de marc, de l’absinthe. Il fumait beaucoup et chiquait. De 16 à 20 ans ses accès n’allaient pas jusqu’à l’ivresse complète. A partir de 20 ans, ivresse plusieurs fois par mois. 11 buvait l’argent qu’il gagnait chez son père. Il lui était resté 4.000 francs de sa mère. Il les avait mangés à 22 ans. Onanisme entre 12 et 13 ans, pas coureur.

Père. Rien à signaler. — Grand-père paternel séparé de sa femme, a été trente ans soldat. Nombreux excès alcooliques. — Oncle paternel , mort aliéné à Bicêtre. — Cousin germain, attaques de nerfs (hystérie?).

Mère migraineuse, morte d’une péricardite. A été folle pendant 8 ou 10 mois à la suite d’une fièvre typhoïde. — - Oncle maternel absinthique. S’est asphyxié avec du charbon dans sa chambre après avoir bu une grande quantité d’absinthe. — 7 frères ou sœurs morts en bas âge sans convulsions.

Alcoolisme et Dégénérescence mentale.

L’alcoolisme, que nous rencontrons si fréquemment chez les dégénérés, tient assez souvent aussi à l’état mental des ascendants sans qu’il y ait chez eux trace d’alcoolisme.

Obs. LXI (Legrain). — Dans cette observation il s’agit d’un héréditaire dégénéré âgé de 30 ans à peine, qui depuis des années fait des excès énormes d’absinthe et qui est arrivé à l’abrutissement le plus complet après avoir présenté des vertiges et des crises convulsives d’origine toxique. Ses antécédents sont les suivants :

La mère a eu des convulsions dans l’enfance, elle est débile et loquace.

Le père , âgé aujourd’hui de 70 ans, avait 50 ans au moment de la naissance du malade (il y a 14 ans de différence entre le père et la mère). Il est peu intelligent et manque de toute initiative. — Un grand-oncle du coté maternel était d’une avarice sordide ; très riche, il allait néanmoins en guenilles ; il cachait son argent sous les meubles, dans ses bas, il se croyait toujours volé. Il a été soigné et est mort dans une maison de santé privée. Le fils du précédent (cousin germain de la mère) est également soigné dans une maison de santé ; il est aussi déséquilibré et aussi

avare que son père. — 3 frères et sœurs sont morts en bas âge avec des convulsions.

Obs. LXII (Legrain). — J..., 21 ans, présente l’état mental des débiles; stigmates physiques de dégénérescence ; asymétrie faciale très accentuée. Fièvre typhoïde à 12 ans. Hérédité. — Grand'mère 'paternelle morte à 25 ans après une courte maladie à symptômes cérébraux prédominants. — Grand-père maternel mort subitement à 58 ans. — Père , vif, emporté, mœurs légères, originalités, aime à soutenir le paradoxe et même l’absurde ; il soutiendra avec entêtement qu’un objet vert est jaune. — 1 cousine germaine paternelle , délire mélancolique, soignée comme aliénée à domicile ; débilité mentale. — 1 cousin germain est débile, apathique, incapable de se diriger. — Frère , 18 ans, est turbulent, irascible, présente à peu près le caractère du père.

Histoire résumée du malade : lro entrée à Sainte- Anne à la suite de quelques excès de boisson ; dépression mélancolique avec découragement; craintes imaginaires, alternatives d’excitation et de dépression. — 2e entrée : Employé dans une maison de vins en gros, il s’est laissé aller à boire (vermout, malaga, bagnols). Nouvelle dépression mélancolique entrecoupée de périodes d’excitation. Refus d’aliments, craintes d’empoisonnement, idées mystiques. Erreurs. Idées de persécution. — Par moments, mutisme, voies de fait envers sa mère, menaces de mort.

Alcoolisme et Suicide.

Parmi les affections morbides héréditaires il en est peu dont l’hérédité soit mieux prouvée que celle du suicide : (( Nulle part, dit Ribot, l’hérédité morbide ne se montre avec une si invariable uniformité, puisque le suicide des ascendants se répète chez les descendants souvent au même âge, d’après les mêmes procédés : c’est la fidélité parfaite dans la répétition. » S’il est, en effet, bien constaté que le suicide est héréditaire au moins dans un très grand nombre de cas, il ne l’est pas moins que les alcooliques fournissent le plus grand contingent au suicide, ce Le suicide, dit Lasègue, est un des éléments de l’alcoolisme ; en renversant la proposition on peut dire aussi : l’alcoolisme est un des éléments du suicide » et distinguant deux formes de suicide , la forme délibératrice, préparée, raisonnée et la forme impulsive, il range le suicide des alcooliques dans la forme impulsive. Pour lui, c’est toujours à un dérangement cérébral, qu’il soit ou non le fait de l’intoxication, qu’il faut attribuer ordinairement le

suicide, et la grande majorité des gens qui se suicident se composent, dit-il, de gens profondément niais.

M. Paul Moreau (de Tours), dans son article Suicidé, dans le Dictionnaire Jaccoud, pense qu’en examinant attentivement les faits, on voit que le nombre des individus évidemment sains d’esprit, ayant agi en déduction calme, logique, de motifs divers, tels que chagrins profonds, peur du déshonneur, est bien plus restreint qu’on ne le pense et que le plus souvent on trouve au nombre des victimes du suicide, soit des aliénés actuels ou passés , anciens ou momentanés, névropathes, alcooliques, ou des individus placés sous l’influence démoralisante de douleurs intolérables et encore les héréditaires et les excentriques. En somme, presque tous les cas de suicide appartiennent à des individus mal équilibrés, et si on veut nouspermettre ce néologisme, on pourrait dire que, comme pour l’alcool, il y a des impuissants au suicide et des suicidables. Pour nous, le suicide est une affection mentale le plus souvent héréditaire et qui doit prendre place par conséquent dans la famille névropathique. Ses rapports avec l’alcoolisme sont évidents en ce qui concerne la tendance au suicide des alcoolisés de toutes formes, soit dipsomanes, soit ivrognes. Ils nous paraîtront encore plus remarquables si nous

voyons l’inverse se produire et le suicide sans alcoolisme chez les ascendants engendrer l’alcoolisme chez les descendants, comme dans l’observation suivante.

Obs. LXIII (inédite). — Stoff... Jacques, 6 ans.

Idiotie complète.

Père , 34 ans, employé de bureau. Original. Très intéressé. Sa femme croit qu’avant de se marier « il a fait grandement la noce pour la boisson, mais pas pour les femmes. » Depuis le mariage il a continué à faire des excès de boisson. 11 allait tous les soirs au café avec sa femme après dîner et y restait jusqu’à 4 heure et 2 heures du matin. Il ne rentre qu’à 8 ou 9 heures pour dîner, après une pause au café où il boit beaucoup d’amer Picon. Depuis 7 ans, il boit moins, mais arrive toujours à 9 heures pour dîner, un peu pris de boisson, et tous les mois « il tire une bordée et boit pendant une semaine ». Il supporte très bien la boisson (bière, pas d’eau-de-vie ou peu, ni d’absinthe). Pendant cette « bordée », il rentre lancé tous les soirs. Autrefois il buvait du bitter. Ordinairement il est triste, mais quand il a bu il est gai. N’est jamais méchant. — Grand-père paternel original comme son fils. S’est coupé la gorge avec un rasoir pour des pertes d’argent, croit-on. Il ne buvait pas. Il avait rendu sa femme très malheureuse. Il gagnait 10.000 francs, ce qui n’empêchait pas que sa femme fût ouvreuse dé théâtre. — Oncle paternel , « c’est un ivrogne fini ». Il a quitté femme et enfants. Étudiant en médecine, puis bijoutier. A eu un fils qui avait la tête énorme. Petit, il ne pouvait marcher, tant elle était lourde. Il est intelligent cependant et est boursier dans un lycée.

Ainsi nous ne relevons absolument aucune autre cause de l’alcoolisme des deux frères que l’originalité de leur père et son suicide.

Dans l’observation ci-après le suicide des ascendants a d’abord engendré l’alcoolisme chez les descendants directs, lequel s’est transmis par l’hérédité similaire à la deuxième génération.

Obs. LXIY (inédite). — Pins..., 17 ans. Atrophie cérébrale , hémiplégie droite , athétose.

Père mort à 45 ans, de la poitrine, serrurier. Excès de boisson à 25 ans, un an après son mariage. Buvait pas mal d’absinthe après la naissance de notre malade. Avant, il buvait du vin et beaucoup d’eau-de-vie. Il fumait énormément, violent. « 11 aimait mieux la bouteille que les femmes», nous dit sa femme. — Oncle paternel, excès de boisson intermittents. — Tante paternelle, attaques de nerfs à 16 ans. — Grand-père paternel c charretier, nombreux excès de boisson. — Grand'' mère paternelle , couturière. Acariâtre, attaques de nerfs légères. — Arrière-grand’ mère du père suicidée dans un puits. — Grand' tante paternelle (sœur de la grand’mère) aurait eu des accidents cérébraux à 22 ans, marqués par des contrariétés, de la mélancolie.

L’exemple qui suit va nous montrer comment un très léger degré d’alcoolisme chez le père joint à une tendance au suicide sous l’influence de quelques excès de boisson peut suffire pour déterminer chez les enfants de l’alcoolisme chez l’un, du suicide chez un autre, une maladie ner-

veuse chez un troisième, un état nerveux chez tous . L’alcoolisme paraît bien là occuper le même rang que les autres affections nerveuses.

Obs. LXV [inédite). — Vois..., 19 ans. Idiotie congénitale, asphyxie à la naissance par circulaires du cordon

Père , 35 ans, tourneur en cuivre. Coliques de cuivre à plusieurs reprises. Rhumatisme articulaire. Excès de boisson, grande susceptibilité : avec un litre de vin il est gris. Nerveux, colère, violent, surtout dès qu’il est excité par la boisson. Convulsions dans l’enfance. — Grand-père paternel mort de congestion cérébrale à 52 ans, maraîcher. Quelques excès de boisson. « Quand il avait bu il avait toujours envie de se détruire et écrivait des lettres à sa femme pour l’avertir. C’est arrivé une douzaine de fois.» — Arrièregrand-père (père du précédent), démence sénile. — • 4 oncles paternels tous nerveux, le plus jeune a eu beaucoup de convulsions dans l’enfance, un autre est mort d’apoplexie; un autre a essayé de se suicider par le charbon à plusieurs reprises.

Faisons remarquer cette dissociation de l’hérédité du père chez les enfants, que nous avons pu noter déjà un certain nombre de fois et sur laquelle il nous paraît intéressant d’attirer l’attention. En effet, le père a un fils qui meurt comme lui d’apoplexie cérébrale, un autre hérite de son penchant pour l’alcool, mais en l’accentuant, un troisième fait comme lui des tentatives de suicide.

Il semble que les alcooliques nés d’alcooliques ayant fait des tentatives de suicide soient eux-mêmes prédisposés à finir de la même façon. Nous avons déjà rencontré ce fait dans l’observation XXIII avec cette particularité que l’alcoolique qui s’était pendu, avait hérité directement de son père le penchant à boire, tandis que pour le suicide, la prédisposition venait de son grand-père. Les deux tendances s’étaient combinées chez le même individu, remarquablement prédisposé d’ailleurs à cette combinaison. Remarquons en outre, qu’il y eut dans ce cas hérédité de genre de suicide.

Dans l’observation suivante, il y a encore combinaison des deux prédispositions chez la même personne. 11 est singulier de voir que l’hérédité semble dissocier et répartir entre les descendants des tendances accumulées chez le même ascendant, tandis que d’autre part elle paraît grouper en un seul faisceau les différents penchants de plusieurs membres ascendants pour en doter en les combinant un seul descendant.

x Obs. LXVI [inédite). — Monneh... Émile, 15 ans. Convulsions de V enfance, épilepsie , imbécillité , asphyxie à la naissance.

Rien du côté paternel. — Mère, 46 ans, couturière. Bonne conduite jusqu’à 28 ans. Elle s’est mise à boire alors du vin et du vulnéraire pour calmer ses nerfs.

11 ne lui en fallait pas beaucoup pour s’exciter. Elle volait son mari pour boire, vendant ses effets pour avoir du vin. A différentes reprises elle a commis des vols de ce genre et s’est sauvée trois fois de chez elle. La première fois elle est restée absente un mois et demi; la seconde fois, deux mois et la troisième fois elle n’est pas rentrée. A été condamnée à trois mois de prison pour vol de couverts de ruolz. Très nerveuse, accès de colère; attaques de nerfs, quand elle a bu. Tentatives de suicide : a voulu s’étrangler avec un mouchoir, elle menaçait de se jeter à l’eau. Intelligence médiocre. — Grand-père maternel mort d’un coup de sang, suite d’excès de boisson (homme de peine). — Grand' mère maternelle , tentatives de suicide dans un puits. — Grand' tante maternelle s’est jetée â l’eau et s’est noyée. — Oncle maternel ivrogne.

A l'appui de ce que nous disions tout à l’heure, que les alcooliques dont les parents alcooliques se sont suicidés ont eux-mêmes du penchant au suicide, rappelons l’observation Y. Il s’agit d'une femme de 38 ans, née d’un père alcoolique et suicidé, qui se met à boire du genièvre à partir de 19 ou 20 ans, présente tous les signes de l'alcoolisme chronique et fait en fin de compte une tentative de suicide comme son père.

Citons encore cette observation où la tendance au suicide paraît n’avoir rien déterminé chez la descendance directe, mais qui témoigne cependant d’une grave influence névropathique héréditaire car nous voyons à la seconde

génération deux alcooliques dont un suicidé, un paralytique, etc. Du reste elle est doublement intéressante car on y voit des deux côtés l’hérédité de l’alcoolisme, similaire du côté de la mère, dissemblable du côté du père.

Obs. LXYII (inédite). — Dup... Jules, 11 ans. Imbécillité congénitale. Conception entre deux vins.

Père mort à 36 ans, d’accident. Couvreur. Excès de boisson fréquents. Buvait du vin, rentrait ivre au moins une fois par semaine le samedi, quelquefois le lundi en outre. Pas violent, bon ouvrier, pas coureur. Convulsions dans l’enfance. Violentes colères où il tombait raide quand on le contrariait, étant jeune. N’a jamais pu apprendre à lire. Etant ivre il s’est donné une fois un coup de couteau qui a pénétré à 3 centimètres au-dessous du sein gauche. Arrêté plusieurs fois pour injures aux soldats et aux agents. — Grandpère paternel teinturier, mort à 75 ans de rétention d'urine. — Arrière-grand-père paternel a voulu s’empoisonner deux fois parce qu’il avait des disputes avec sa fille. — 1 oncle paternel mort d’excès de boisson. — 1 oncle paternel mort d’hémiplégie gauche. — Autres oncles paternels morts jeunes.

Mère , 35 ans, couturière, syncopes pendant la grossesse. Migraines avec phosphènes. — Grand-père maternel, employé de mairie, mort à 33 ans « de chagrins » parce que sa femme se conduisait mal et buvait. « Je l’avais surprise couchée avec un autre homme ». — Grand' mère maternelle morte à 55 ans « brûlée par la boisson ». Elle aurait été sans connaissance et paralysée pendant 48 heures. — 1 oncle maternel , parti au service, disparu. — 1 autre oncle , bien portant, a eu des enfants morts au bout de quel-

ques jours. — Tante maternelle « fait la noce ». Excès vénériens et excès de boisson.

Nous pouvons donc conclure, ce nous semble, de ces faits, que non seulement la tendance au suicide manifestée chez les ascendants peut se reproduire également chez les alcooliques héréditaires, mais que le suicide à lui seul, chez les parents, constitue une tare héréditaire suffisante pour déterminer, par métamorphose, le penchant à la boisson chez les enfants. On voit donc que si l’alcoolisme se conduit vis-à-vis du suicide de la même façon que visà-vis d’une affection nerveuse héréditaire quelconque, le suicide à son tour peut, par hérédité de transformation, produire chez les descendants l'alcoolisme au même titre que toute autre dégénérescence psychique. Pour ces moiifs, nous croyons qu’on peut ajouter à la liste déjà si longue des affections de la famille névropathique le suicide et l’alcoolisme héréditaire. Nous devrions plutôt dire qu’il faut leur donner une mention spéciale car ces deux états morbides appartiennentévidemmentau domaine de l-’aliénation mentale et s’y trouvent par conséquent implicitement contenus.

Alcoolisme et Vice.

Mais nous pouvons encore aller plus loin et d'états mentaux manifestement pathologiques passer à d’autres états psychiques anormaux qui sont le propre des vicieux et des criminels et offrent avec diverses formes d'aliénation désignées sous les noms de folie instinctive, de folie morale, une analogie qui a frappé l'attention de beaucoup d’auteurs. Cette parenté du vice et de la folie a été plus d’une fois constatée. Despine en a rapporté plusieurs exemples remarquables et Maudsley la considère comme hors de doute. Nous nous associons pleinement ace que nous dit Féré à ce sujet : cc Le vice, le crime et la folie ne sont séparés que par les préjugés sociaux, ils sont réunis par leur caractère commun de fatalité. Si on répugne à accepter cette parenté intime ce n'est pas faute de preuves scientifiques, mais à cause des conséquences pratiques qui se présentent tout de suite à l’esprit. » Nous ne serons donc pas surpris devoir le vice, la débauche, toutes les perversions morales qui se trouvent sur les

frontières de la folie proprement dite et qui y mènent si souvent, agir absolument de la même façon que les autres psychopathies et en se transmettant des parents aux enfants, favoriser chez ces derniers Téclosion de l’alcoolisme. L’ivrognerie ne s'en trouve pas dans ce cas la plupart du temps la conséquence directe, mais résulte indirectement du faible niveau moral et intellectuel de ceux qui s'y laissent aller. On jugera mieux de ce que nous avançons par des observations.

Lucas nous représente le père, le fils et le petit-fils composant une famille, emportés à la fleur de l’âge par l’ivrognerie la plus éhontée et une passion sans frein pour les femmes. Nous même avons remarqué chez les alcooliques héréditaires l’asociation des excès vénériens aux excès de boisson. Nous trouvons deux exemples assez caractéristiques dans la thèse de Grenier Q882).

Obs. LXVIII (Grenier). — Thu... Amable, 20 ans. Imbécillité , microcéphalie . Convulsions dans V enfance .

Mère débauchée, très nerveuse. Excès de boisson (absinthe). — Oncle maternel alcoolique. — Plusieurs collatéraux maternels, incultes, alcooliques. — 2 frères morts jeunes de convulsions. — 1 frère buveur.

Obs. LXIX (Grenier). — Duc... Eugène, 18 ans. Convulsions jusqu à 3 ans, marche ci 20 mois, parole tardive , blésité , colères violentes , imbécillité , asymétrie faciale ,

-prognathisme. — Grand - père paternel , mauvaise conduite, excès de boisson. — Père ivrogne, absinthique, ivre-mort tous les jours; fusillé pendant la Commune. — Oncle paternel buveur. Pédéraste avéré. Suicide à 28 ans.

Nous-même en avons plusieurs exemples, dont nous ne citerons que les deux suivants.

Obs. LXX {inédite). — Charr..., Charles, 4 ans. Idiotie, surdité.

Père , 30 ans, fossoyeur, peu intelligent, très nerveux, très emporté. Excès de boisson très fréquents, ne rapporte aucun argent dans le ménage, buvant sa paie complètement. Excès de femmes. Il découchait souvent. Sa femme a été obligée de le quitter, ne pouvant suffire seule à ses deux enfants. Excès de tabac. — Grand-père paternel , 56 ans, carrier. Méchant, nerveux, colère, inintelligent. « Entêté, pire que son fils. » S’enivre fréquemment. Excès vénériens dans sa jeunesse, excès de tabac. — Grand-mère paternelle , 52 ans. Elle a beaucoup fait parler d’elle. Étant jeune fille elle a eu un enfant d’un individu marié. Etant mariée elle se conduisait mal. Il y a 7 ans elle avait un amant au vu et au su de sa belle-fille. — Tante paternelle : « Elle est à Versailles, et fait la noce avec les soldats. » — 4 oncles paternels morts de convulsions. — Tante paternelle , mauvaise conduite, 22 ans. A eu 4 enfants et vit en ménage, mais non mariée. — Arrière-grand-père (père du grand-père). « C’était un grand noceur. » Mort à 84 ans. — Grand-oncle paternel, marchand de vins. Très noceur. Excès alcooliques et vénériens. ■ — 2 cousines germaines du père « sont en ménage, font parler

d’elles. L’une a déjà été en ménage avec deux hommes. »

Mère nerveuse. — Grand-père maternel a disparu depuis la guerre. Méchant, buveur, coureur. Excès de tous genres. — 2 frères morts de convulsions.

Obs. LXXI ( inédite ) Gaut... Alfred. Idiotie com¬

plète , gâtisme, convulsions .

Père , 50 ans-, homme de peine, autrefois menuisier. Bronchite chronique depuis six ans. Depuis l’âge de 17 ans à 36 ans, il a beaucoup bu de vin, mais peu d’alcool, assez souvent gris et alors méchant, jaloux, injuriant sa femme. De 36 à 46 ans il se grisait 2 ou 3 fois par semaine. Attaques de nerfs, accès de colère. Très porté aux rapports sexuels. — Grand-père paternel tué par accident à 48 ans. Buvait beaucoup mais on ne sait quelle boisson. Très violent, très méchant, très coureur de femmes. — Grand' mère paternelle morte du choléra. Très nerveuse, mais pas d’attaques. — Tante paternelle , couturière, 43 ans. Très nerveuse, migraines fréquentes. — 2 oncles paternels morts en bas âge.

Mère , accès vertigineux avant la puberté. — Grandpère maternel mort paralysé à 46 ans. Consanguinité du père et de la mère (cousine germaine). — Sœur morte de méningite. — Peut-être conception de notre malade pendant l’ivresse du père.

Obs. LXXII (inédite). — Garg..., 20 ans. Idiot .

Père, 47 ans, boucher. Excès de boisson, surtout de l’eau-de-vie, quelquefois de l’absinthe. Rentrait ivre presque tous les soirs. Était alors très violent, brisait les objets autour de lui, frappait sa femme. Il avait 19 ans au moment de son mariage et buvait déjà, mais moins. Il a bu de plus en plus. A partir de 28 ou 29 ans « faiblesses » suivies de sommeil stertoreux qui

le prenaient toujours quand il était ivre. — Grand-père paternel mort vieux. Était débauché, faisait beaucoup parler de lui, mais n’était pas ivrogne. — Grand-mère paternelle très ivrogne, morte à plus de 60 ans, on ne sait de quoi, « elle était toujours saoule. » Débauchée, mauvaise mère. Elle n’était pas mariée et a eu 14 enfants qu’elle mettait à l’hospice et sur lesquels on n'a pas de renseignements. Rien du côté maternel.

L’observation XLIX est intéressante car dans les antécédents des alcooliques héréditaires auxquels elle a trait on ne trouve que de la névropathie et des excès vénériens, qui tous deux se sont transmis aux descendants en se répartissant sur chacun d'eux. Nous la rappelons ici. — Heur... 12 ans. Epilepsie héréditaire. — Père , alcoolique, excès vénériens. — Oncle paternel , excès de boisson. — Oncle paternel accès décoléré.- — Tante paternelle , épileptique. — Grandpère paternel sobre, excès vénériens. — Grand’mère paternelle épileptique, aliénée, morte à la Salpêtrière. — Cousin germain (fils de la tante) épileptique. — Deux cousines germaines du père (du côté maternel) très portées pour le vice.

On peut observer aussi la débauche comme conséquence de l'alcoolisme et coïncidant avec l’alcoolisme héréditaire d'une façon très précoce. Dans l’exemple que nous en donnons ci-après il est malheureux que nous manquions de renseignements sur le père, lequel est absolument

inconnu. Mais cette absence même de renseignements nous montre que les mœurs de la mère étaient loin d’être irréprochables, et peutêtre en était-il aussi de même de celles du père.

Obs. LXXIII {inédite). — Muls..., 18 ans. Épilepsie . Convulsions à 4 ans , vertiges à 13 ans. Premier accès à 15 ans. Onanisme, mauvais instincts. Attentat à la pudeur sur des petites filles de 8 à 12 ans à Page de 17 ans. Il aurait essayé aussi d’entrainer sa petite sœur. Son père Ta vu en ribotte, mais pas complètement ivre. Il se disputait avec sa belle-mère quand elle lui refusait de l’argent (Le mari de sa mère s’était remarié après la mort de celle-ci). Il buvait de l’absinthe et surtout du vin; dès quïl avait quelques sous gagnés à faire des commissions, il les dépensait à boire. Les accès étaient bien plus fréquents quand il buvait.

Père , pas de détails. L’enfant est enfant naturel.

Mère. Mariée à 34 ans. S’est mise à boire beaucoup (vin), à partir de 33 ans. Elle s’est mariée sur la promesse de ne plus boire et est restée sobre pendant un an. Ensuite elle s’est remise à boire de plus en plus. Une fois elle aurait bu une feuillette de vin en 14 j ours. Elle est morte de la poitrine 6 ou 7 mois après sa dernière couche. Elle buvait quand même.

Quoique nous n’ayons à nous occuper que de l’ascendance, citons cependant l’observation suivante qui montre comment l’alcoolisme héréditaire peut engendrer seulement delà débauche, au moins avant tout autre psychopathie, et quelle intimité de rapports existe entre l’alcoo-

lisme et la débauche au point de vue de l’hérédité.

Obs. LXX1Y (Doursout). — Femme de 25 ans. Intelligence peu développée. Débauchée et non alcoolique. — Ivrognerie de la grand1 mère , de la mère , et d’une tante maternelle.

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