‹ Du rôle de l'hérédité dans l'alcoolismeChapitre 11 sur 13 · FAMILLE NÉVROPATHIQUE ET ALCOOLISME · texte numérisé non relu

FAMILLE NÉVROPATHIQUE ET ALCOOLISME

Il nous reste à parler maintenant, pour en finir avec l’alcoolisme par hérédité de transformation, des cas où le penchant à boire paraît résulter uniquement de l'état névropathique créé par des affections nerveuses proprement dites chez les ascendants, soit directs, soit collatéraux. L’hémorragie cérébrale, l’apoplexie, les paralysies semblent jouer ici le principal rôle. Ces affections se montrent fréquemment associées d’ailleurs à d’autres tares nerveuses dans la même famille.

Obs. LXXV (inédite). — Sim... Marius, 16 ans. Instabilité mentale avec 'perversion des instincts , kleptomanie , pyromanie , onanisme. Rapports sexuels à 12 ans. Somnambulisme. Accès de colère à 14 ans. En Afrique, s’est souvent grisé d’absinthe. Buvait de la menthe, de Tanisette et beaucoup de café.

Père , mort à 78 ans d’une attaque d’apoplexie en quatre jours. Sobre. — Grands-parents paternels. Pas de détails. Le père avant son mariage et même après, se livrait à l’onanisme. Etant garçon, c’était par crainte d’attraper du mal. A 57 ans il a fait une tentative de suicide parce qu’il avait perdu de l’argent dans une faillite.

Mère , 56 ans. Lingère. Migraines. Étourdissements de 32 à 37 ans. Très nerveuse. Crises de larmes. — Grand-père maternel mort à 73 ans,, à sa troisième attaque d’apoplexie, sobre. — Grand’ mère maternelle morte à la suite d’une frayeur. — Tante maternelle morte à 16 ans, ne pouvait pas être réglée.

Dans l’observation suivante nous voyons V alcoolisme et la démence chez le père produire chez un des fils de l’alcoolisme, chez l’autre l’aliénation. Remarquons en outre que dans ce cas l’alcoolisme héréditaire a évolué dans le sens des manifestations cérébrales. Cette observation s’ajoute donc à celles que nous avons citées précédemment pour montrer l’influence qu’un état psychopathique pouvait avoir pour faire évoluer l’alcoolisme vers un état psychopathique analogue et la prédisposition au délire alcoolique et aux manifestations cérébrales que cet état créait chez les alcooliques héréditaires.

Obs. LXXYI [inédite). — Estiv..., 7 ans., — Asphyxie à la naissance y hydrocéphalie , idiotie symptomatique.

Père , mort à 85 ans de folie alcoolique à Lariboisière. Le délirium tremensa éclaté à l’occasion d’une blessure du bras qu’il s’était faite en tombant pendant l’ivresse. Il était cantinier dans une caserne, ancien sergent retraité. Nombreux excès de boisson depuis dix ans. Buvait de tout : bitter, absinthe, eau-de-vie de marc, rhum. Parfois le matin il était gris, se couchait, se relevait et se regrisait le soir. Il a été fou trois ans avant sa mort pendant dix jours. Il avait des

hallucinations. Marié à 34 ans. Buvait déjà, mais ne s’enivrait que rarement. — Grand-père paternel mort hémiplégique et en enfance. Sobre. Tisserand. — Oncle paternel mort aliéné. Excès de tabac, il en fumait pour un franc par jour.

De même qu’on voit l’alcoolisme se combiner avec les névropathies, les vésanies, le suicide, la débauche, on peut le voir associé à des affections nerveuses organiques .

Obs. LXXVII {inédite). — Jo... Léon, 5 ans. Idiotie congénitale.

Père phtisique, mort à 54 ans, brossier. Névralgies faciales, emporté. Excès de boisson pendant les deux ou trois premières années du mariage, très rares depuis l’âge de 27 ou 28 ans. — Grand-père paternel mort à 74 ans. Menuisier, nombreux excès de boisson dans sa jeunesse, plus que son fils. Très méchant, on ne sait de quoi il est mort ; il avait le ventre et les jambes enflées. — Grand1 mère paternelle morte d’un cancer du pylore. — 2 tantes paternelles mortes de méningite à 4 ans et à 14 mois. — 1 tante paternelle morte à 7 ans n’ayant jamais marché, paralysée des deux jambes et des bras.

Mère , migraines avec vomissements trois jours avant les règles. Quelquefois aussi en dehors d’elles. — Grand-père maternel mort de paralysie des quatre membres et de la langue à 64 ans, après trois ans de maladie. — Grand1 mère maternelle morte à 69 ans, hydropique, faisait de nombreux excès de boisson, même étant jeune : eau-de-vie de marc, kirsch, « c’était son fort, je l’ai vue ivre plus d’une fois, et alors elle nous maltraitait beaucoup », nous dit la mère. —

Arrière-grand' mère (mère de la précédente), morte à 97 ans en enfance. — 2 oncles maternels morts phtisiques. — 3 tantes maternelles mortes jeunes, on ne sait de quoi. — 1 tante maternelle morte à 32 ans d’une tumeur utérine. — Frère , 30 ans. Pas de convulsions dans l’enfance, fait beaucoup d’excès de boisson. — Frère mort à 15 mois de méningite avec convulsions. — Sœur morte de jaunisse à 2 ans, conulsions avant la mort. — 3 frères morts de méningite avec convulsions à 7 mois 1/2, 9 et 11 mois. — 1 frère , convulsions à 14 mois. Très violent, sobre, 20 ans. A été pris pour vol à l’étalage dans les magasins du Pauvre Diable. Travaille par moments, vagabonde par d’autres.

Obs. LXXVIII {inédite). — Terr... Albert, 17 ans. Imbécillité , 'paralysie infantile.

Mère , coryza chronique. — Grand-père maternel , mort d’apoplexie en 1881. En avait déjà eu une en 1875. Nombreux excès de boisson, marchand d’œufs. — Cousin germain de la mère, idiot, convulsions de l’enfance, mort à 17 ans. — Grand' tante maternelle morte à 34 ans, sombre, mélancolique, épileptique. Morte en tombant d’un cinquième, peut-être suicidée, ou accident épileptique. Dévotion exagérée. — Arrièregrand-père (père du grand-père) mort d’apoplexie. — Arrière- grand' mère (mère du grand-père) buveuse,

morte assez jeune.

Père , excès de boisson et excès de femmes. Très violent quand il était gris; comme égaré, « n’avait pas une manière de concevoir très précise ». Supportait bien la boisson. Grises nerveuses vers 37 ans, dans les quelles il perdait connaissance et devenait noir et semblait étouffer.

D’autres affections delà famille névropathique peuvent aussi se rencontrer. Nous avons une observation où l’asthme était associé à l’alcoolisme chez les parents et où sur sept enfants, six sont alcooliques et un est mort d’apoplexie.

Obs. LXXIX (Gendron). — Percot..., 43 ans. Marchande des quatre-saisons, célibataire.

Père alcoolique, mort à 60 ans de pneumonie.

Mère morte asthmatique à 64 ans. — La malade reste seule de 7 enfants. L’avant-dernier est mort d’une attaque d’apoplexie à 41 ans. Le dernier est mort tuberculeux. Il était buveur ainsi que les quatre autres, qui sont morts jeunes. Elle a depuis quelque temps des accès d’épilepsie. Elle a commencé à boire à .12 ans. Elle est déjà entrée plusieurs fois à Saint- Antoine et même à la Salpêtrière.

Chez un grand nombre on retrouve aussi le rhumatisme et V arthritisme qui tiennent de si près à la famille névropathique, mais comme pour les affections nerveuses organiques, nous ne les avons pas rencontrés comme cause unique de l’alcoolisme.

Nous croyons inutile de tirer une conclusion de ces faits. Elle s’impose d’elle-même, et à côté de l’alcoolisme par hérédité similaire, qui est le plus fréquent et le plus caractéristique, nous devons admettre l’alcoolisme par hérédité dissemblable.

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