‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 10 sur 153 · CHAPITRE n. — LE DÉTERMINISME SOCIAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — LE DÉTERMINISME SOCIAL

travail croissante, de la différenciation également croissante du milieu social, les coordinations d'aptitudes diffèrent et aboutissent, dans le processus de Thérédité, à une dislocation sans cesse renouvelée d'aptitudes établies dans chaque individu, sous Tinfluence de ces conditions de milieu particulier. On comprend alors que l'héritage de chacun soit limité aux aptitudes élémentaires et que l'enfant humain soit le plus dépourvu de ces associations fixes )) (i). Il est évident que le milieu social change, même pendant la vie d'une seule génération, à fortiori d'une génération à une autre.

Le naturaliste anglais, M. Galton, indique une autre explication, dans le même genre de celle de M. Manouvrier. Elle en est même le complément, u Les particularités d'un individu, si importantes qu'elles soient, sont réduites à zéro dans la génération suivante » : car elles sont combattues par la moyenne des particularités de tous les ancêtres. Galton érige ce fait en une sorte de loi, qu'il intitule la « Loi de la Régression » (2). D'après cette loi, les dilTcrences existantes entre un homme et la moyenne de ses semblables sont éliminées.

Il est donc évident, de toutes façons, que la complication et la mobilité sociale ont pour résultat immédiat de contrecarrer la loi de l'hérédité, et de rendre impossible l'hérédité des caractères acquis. On comprend maintenant pourquoi la question, prise en elle-même, ne comporte et ne comportera pas, encore longtemps, de solution. La controverse théorique rend l'image d'une contradiction dans les faits. Celle-ci signifie que le processus de l'intégration sociale est loin d'avoir touché à sa fin. S'il était fini, la discussion présente n'aurait pas lieu, car la complexité et l'instabilité sociales, poussées à la limite, auraient à jamais rendu impossible l'hérédité des caractères acquis, et par cela

(1) Actes et apUtlides, Revw Scient., IRM, p. 85.

(2) Natural ïnherianee, London, 1889, pp. 194, 196.

66 LIVRE I. — LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEME?fT SOCIAL

même auraient confirmé la théorie de Weismann. C4ette dernière n'en reste pas moins virtuellement vraie, malgré le démenti que lui oppose le présent, et elle est justifiée par Tétape peu avancée du processus social.

Cependant, comme il y a des sociétés unifiées, élargies, infiniment étendues, le regrès de Thérédité des caractères acquis est un fait nécessaire; il est même constatable. Le résultat en est que rhomme commence à devenir, de plus en plus, une table rase; on ne transmet, à ses descendants, qu*un germe indifférencié des aptitudes élémentaires, et les qualités d'une génération tombent à zéro dans la génération suivante. Bref, l'individu humain civilisé vient au monde dépourvu de ces associations fixes, des nombreux instincts, qui caractérisent les animaux et les sauvages. Par suite, l'homme civilisé est de plus en plus plastique, indéterminé, malléable, souple, de moins en moins difi'érencié et individualisé, résistant. A cet égard, non seulement de nouvelles associations organiques, des aptitudes personnelles organiques, des nouveaux instincts ne peuvent plus se former, mais encore presque toutes les aptitudes et tous les instincts que présente l'homme antérieur à la civilisation, sont dissous. Les propriétés organiques se désorganisent sous le choc des réactions sociales de toutes sortes: pénalités politiques, juridiques, plus ou moins violentes, pénalités pédagogiques ou morales. La moralité, dit Guy au, est l'affranchissement des instincts animaux et de toute passion. M. Le Dantec, en opposant l'éducation à la morale, nous apprend que « l'éducation peut avoir, dans certains cas, une influence comparable à celle de l'hérédité (i). Pour Guyau, Téducaiion et particulièrement la suggestion « crée des instincts artificiels, capables de faire équilibre aux instincts héréditaires, de les étouffer même » (a).

(1) Voir EvolutioJiindividtielle et Bérédilé, pp. 192, 280.

(2) Hérédité et Education, Paris, Alfcan, p. 1S. — L'Hérédité'morale de Spencer, Rev. PU il., 187t), p. 212.

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