CHAPITRE n. — LE D^TEMflHISBfE SOCIAL
pkxeau moins complexe et au moins récent » (i). Parce que si neU que soient ces souvenirs, ils ont un minimum d'organisation (9). n va de soi que si ces modifications personnelles et complexes» qui constituent un acte de mémoire ou de volonté un peu plus compliqué, sont prêtes à se dissoudre au premier accident vital, elles seront d'autant moins susceptibles d*ètre transmises physiologiquement aux générations à venir. Or, n'est«ce pas là la preuve que la théorie de l'hérédité psychologique est loin de correspondre à la réalité }
Par conséquent, l'instabilité et la mobilité, autant que la complexité des circonstances externes, sont les causes qui font obstacle à l'hérédité des caractères acquis dans ces conditions. En résumé : L'hérédité des caractères acquis est sûre et incontestable, lorsque les conditions externes qui les ont provoquées, sont permanentes et simples ; elle est impossible lorsque ces mêmes conditions sont mobiles et complexes,
A nous en tenir à cette thèse, qui, d'ailleurs» parait la plus conforme aux faits, la réponse à la question qui nous préoccupe devient aisée. L'augmentation de la complexité et de la mobilité sociales influe sur l'hérédité des caractères acquis et la rend impossible et inconcevable. Il est évident que toutes les influences que rindividu éprouve de la part du milieu social, infiniment mobile et complexe, et qui sont, certainement, les plus nombreuses, sont non transmissibles. Leur non-hérédité est nécessairement en rapport direct avec leur mobilité et avec leur complexité. Et comme la mobilité et la complexité du milieu est en raison directe de l'intégration et de l'unification sociale, il s'ensuit que le développement social a pour résultat immédiat le regrès de l'hérédité des caractères acquis.
(1) MûUuUeg de la volonU, iV èdit., Paris, p. 161. (t) Maladiei de ia mémoire, IT édit., p. 47, 79.
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Ce regrès, résultat nécessaire en théorie, est^ll vérifié dans la réalité des faits P Que répondent les hommes de science, qui parlent la langue- des faits eux-mêmes P a Laxivilisation s'affranchit du corps, nous dit M. Durkheim, l'hérédité est de plus en plus incapable d'en assurer la continuité. La transniission des aptitudes spéciales n*a plus lieu, parce qu'elle ne peut s'effectuer que par un miraple d'équilibre qui ne saurait se renouvela sou'vent )) et cela parce que « chez l'homme, les aptitudes sodales de toute sorte, que suppose la vie sociale, sont beaucoup trop complexes pour pouvoir s'incarner, en quelque sorte, dans nos tissujs, se matérialiser sous la forme de prédispositions organiques. Il s*ensuit qu'elles ne peuvent se transmettre d'une génération à une autre par voie d'hérédité ». Nous ne transmettons à nos descendants qu'un germe indéterminé » (i).
Notons aussi les affirmations de M. Manouvrier. « Sans doute, nous dit-il, les générations éteintes nous ont légué les pensées, en même temps que notre constitution physique, mais cela ne veut pas dire que ces pensées soient héritées avec notre constitution ))(a). A considérer l'utilité de cette hérédité, M. Manouvrier a raison de trouver que u si les habitudes cérébrales étaient héritées par les descendants, ceux-ci risqueraient d'en être gênés, car obligés à s'adapter à des circonstances, variables à rinfini, ils se trouveraient, dès leur jeunesse, aussi incapables de réadaptation que les vieillards ». Heureusement, il arrive que « chez l'homme, la coordination d'aptitudes élémentaires perd la constance et... la sûreté de la transmission héréditaire... le cerveau humain est plus que tous les autres une sorte de table rase » (3).
Pour donner une raison moins théorique de ce fait, M. Ma^ nouvrier nous fait remarquer que <( en vertu de la division du
(1) Voir Division du travail soHal, 1893, p, 347, 387. — Revue de métaphysique et morale. Pédagogie el Sociologie. 1903. p. 47. {2) Indice eéphalique et la pseudO'Sodologie, Revue de l'Ecole d'Anlfaropologie 1899, p. 237.
(3) Actes et ApiitodeB, Revue Scient., 1891, p. S35.