CHAPITRE PREMIER. — LA DÉFINITION DU GÉNIE
tant, tout d'abord, aux degrés les plus élevés du génie, comme on l'a toujours fait, on ne peut qu*échouer. Par contre, toutes les chances de réussir s'offrent en commençant par l'examen des formes inférieures du phénomène ; les conditions de ces formes inférieures une fois saisies, les résultats obtenus forment déjà toute une méthode acquise. Ensuite, les données positives obtenues constituent comme une sorte d'hypothèse qui facilite l'étude des côtés les plus complexes du sujet.
Considérons, tout d'abord, et d'un coup d'oeil très sommaire, en quoi consiste, effectivement, l'unité de nature entre les divers degrés du génie. Commençons par le degré le plus humble du phénomène. Qu'y a-t-il, par exemple, dans le prestige de l'autorité qui rehausse, aux yeux des enfants, leurs aînés et leurs parents? N'est-ce pas la conscience que ces derniers peuvent agir librement sur eux, sans qu'ils puissent leur rendre la pareille ? N'est-ce pas l'idée, à demi-claire, que leurs parents et aînés ont infiniment plus d'expérience et de connaissances qu'eux ? 11 est, en tous cas, évident que le prestige des premiers aux yeux des derniers, tient au pouvoir que ceux-là ont et exercent sur ceux-ci, pour les éduquer et les instruire. En est-il autrement de l'employé d'administration qui a un grand ascendant sur les simples citoyens qui dépendent de lui ? N'est-ce pas précisément en vertu d'un pouvoir analogue que le fonctionnaire exercera sur les gens, qui ont nécessairement affaire à lui ? Par rapport à celui-ci, les simples citoyens se présentent dans des occasions nombreuses en une situation passive ; leurs affaires sont décidées d'après l'arrêt pris par ce fonctionnaire.
11 en est absolument de même du prestige qui enveloppe aux yeux du public le maire, le député, le ministre, l'homme exceptionnellement riche ; la foule les respecte et les craint. Ceux qui constituent la foule ont, en effet, la conscience plus ou moins claire du pouvoir que ces personnages exercent sur leur sort. Se-