‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 109 sur 153 · LIVRE III. «^ LA GONGEPTION SOCIOLOGIQUE DU GÉNIE · texte numérisé non relu

LIVRE III. «^ LA GONGEPTION SOCIOLOGIQUE DU GÉNIE

Ion leur plus ou moins d'autorité et de pouvoir, ils peuvent changer du jour au lendemain la situation sociale, le rang, le sort de nimporte quel individu, pris dans la foule. Aussi, la foule les acclamera-t-elle selon le degré de leur pouvoir.

Un député influent produira une toute autre impression sur la foule qu'un député obscur. Un ministre sera beaucoup plus vivement acclamé qu'un député influent ; et un roi évoque et répand toujours sur son passage les sentiments de majesté et de prestige, caractéristiques des têtes couronnées. Sa présence seule au milieu d'un peuple constitue, pour celui-ci, une occasion de fête ; et cela d'autant plus, semble-t-il, que le souverain a plus de prérogative. Ainsi, le tzar produira une toute autre impres* sion au milieu de la foule d'une ville russe, que le roi de la Bd* gique dans une ville belge.

L'impression que le génie scientifique et artistique produit sur le public ne laisse pas d'être la même et tout à fait de même nature. Un grand musicien, un peintre, un poète, un romancier, un savant ou un philosophe jouissent d'une renommée exceptionnelle, justement en vertu des sentiments qu'ils provoquent dans l'âme ou dans l'esprit de ce public, et en proportion même de ces sentiments. La conscience nette qu'on a du pouvoir des grands artistes ou des littérateurs sur l'âme humaine, bien que d'un autre genre que celui du monarque, fait que ceux-là provoquent, dans le public, le même sentiment de gloire et de majesté que les rois ; et cela, d'autant que la foule connaît davantage, ou éprouve plus vivement, la puissance du génie artistique ou scientifique de ces personnages. Pour le public, qui ne les connait pas, qui n'a jamais goûté ou apprécié leurs œuvres, les grands artistes et les penseurs sont des souverains travestis. Ils n'ont le prestige qu'ils méritent qu'aux yeux des initiés.

Une symphonie de Beethoven est-elle jouée dans une salle de concert, le musicien y est comme un roi dans la splendeur de sa tenue et de sa majesté royales. L'impression ressentie est compir

Page 1