CHAPITRE II
Le génie synthèse 4e la ¥le eoUeetlYe
Si. — LE GÉNIE POUTIQUE
Cette catégorie de génie comprend également le génie militaire» puisque dans le passé, surtout, ces deux attributs : valeur militaire et valeur politique se trouvent presque indissolublement liées.
I* L'homme de grande valeur militaire a toujours été le général consacré personnage historique, parce que, d'une part, il a décimé plusieurs armées et rejeté dans Toubli leurs généraux, et que, d'autre part, il a condensé, dans sa personne, la renommée, le mérite réel d*une foule immense de subordonnés. Ces derniers, dépouillés, à son profit, des exploits qu'ils ont accomplis sur le champ de bataille, sont également tombés dans la nuit de l'anonymat, si bien que l'histoire projette tout leur éclat et leur mérite sur le personnage, mis par le hasard, à la tête de l'armée victorieuse. Le grand général reçoit, en effet, de ses subalternes et condense dans son esprit toutes les informations sur Tétat des armées, à tous les points de vue. Il ne peut contrôler, par lui-même, ni s'informer que d'une partie infime de l'armée.
Et on comprend bien alors que l'exactitude des rapports qu'on liïi donne, la pénétration des esprits qui recueillent les observations sur le terrain, sur Tarmée ennemie autant que sur son année, l'œuvre des autres, en un mot, soit ce qui décide de Texcellence des dispositions prises. La perspicacité et l'habileté
aSa LIVRE m. ^ la conception sociologique du Gfcms
du général sont fonctions directes de celles de ses subordonnés. De même, l'enthousiasme, la force morale des troupes sont, comme on le sait, des facteurs décisifs pour l'issue des combats. Or, ces facteurs décisifs ne dépendent guère des qualités personnelles du général .
Ils ont des causes profondes et même lointaines, dans Tétat d*âme des peuples respectifs, dans les conditions du pays. Cela n'empêche pas que le général, qui commande l'armée forte moralement et pleine d'enthousiasme, profite de cette force et de cet enthousiasme, en recueille toute la gloire, de la même façon qu'un capitaliste fortuné exploite les rencontres de circonstances et l'habileté de ses employés. Presque toujours la force et la valeur militaires du général peuvent se réduire à l'usurpation de cette valeur morale et de l'enthousiasme de l'armée (i).
Il est évident que le génie militaire est la synthèse des mérites de ses subalternes, et qu'il a toujours pris ses décisions d'après les idées qu'on lui transmet ou qu'on lui suggère. La preuve, péremptoire à nos yeux, en est l'organisation moderne des conseils de la guerre, qui fait du général en chef un simple président du conseil, dont le devoir est de tenir compte de tous les projets et de ne rien décider que dans le sens de l'opinion de la majorité. Le mécanisme devenu explicite, de nos jours, a été nécessairement le même dans l'esprit des grands généraux d'autrefois, alors que l'appareil extérieur de ce conseil de la guerre n'existait pas. Au fond, ce conseil, avec ses délibérations et son principe de la majorité, n'est que l'extériorisation du travail intérieur, travail de délibération de choix et de condensation, qui a dû se faire dans l'esprit des grands généraux d'autrefois ? Le mécanisme intime, d'après lequel ceux-ci prenaient leurs dispositions, ne diffère en rien du mécanisme, d'après lequel le prési-
(i) Oa poarrait lire à ee sujet, des pages trte soggetttYes de Toutoi, romsn : Paix et Gtnerre,