CHAPITRE U — LE GÉNIE SYNTHÈSE DE LA VIE COLLECTIVE a
dent du conseil de la guerre adopte aujourd'hui les projets de la majorité.
En un mot, c'est dans le mérite des subalternes de l'armée en général que se puise, la plupart du temps, presque toute la valeur militaire des grands généraux. Combien de fois leur mérite n*a-t-il pas été tout négatif ? Koutouzof, en iSia, acquît la gloire par le simple fait de sa passivité. On ne se tromperait pas beaucoup en disant que les noms des grands généraux n'ont pas un titre plus légitime à Fattention de l'histoire que celui des localités, où ils ont gagné leurs victoires. Il y a beaucoup de vraisemblance à ce qu'Austerlitz doive sa renommée historique au même hasard que Napoléon I*' doit la sienne, au point qu'on pourrait dire que la valeur de Tacte militaire accompli, en i8o5» à Austerlitz, se réduit aussi peu au mérite personnel de ce grand général qu'aux avantages de l'endroit. C'est peut-être là l'explication du fatalisme mystique de Napoléon, qui attribuait ses succès à une étoile heureuse : « le soleil d' Austerlitz ».
Cousin s'expliquait très bien pourquoi les grands hommes ont été fatalistes ; c'est u une erreur de forme » disait-il. « Le génie est au service d'une puissance, qui n'est pas la sienne, car la la toute puissance individuelle est misérable et nul homme ne se rend à un autre » (i).
2" Il en va de même du génie politique. Nous savons quel mécanisme crée de nos jours les personnalités politiques. Pour les temps passés, le régime représentatif n'existait pas. A bien examiner rhistoire, on verra qu'un grand roi a toujours eu de grands ministres, ou, tout au moins, un entourage composé d'hommes de valeur, qui lui ont fait connaître l'état précis des choses du pays. Dans la mesure seulement où il a été exactement informé,
(1) FooiLLis. Op, Cit,» p. 167.
384 LIVRE in. — LA CONCEPTION SOCIOLOGIQUE DU GÉNIE
sur rétat de son peuple, sur les nécessités du temps, sur les aspirations du pays, le roi a pu réaliser de grandes réformes qui Tout consacré génie politique. Par conséquent, il apparaît évident que le mécanisme d'après lequel un roi est consacré, est parfaitement le même que la formule que nous venons de donner du phénomène du génie.
L'apparition du génie s*est effectuée, dans ces cas, si conformément à notre hypothèse, que nous assistons aujourd'hui à un processus d'évolution, au moyen duquel ce mécanisme est rendu externe. En effet, pour être mieux et plus méthodiquement renseigné sur l'état de la société, le roi devient monarque constitutionnel, et, à la limite, président de la République. Dans ce même but, et pour plus d'impartialité, il est réduit à l'acte le plus objectif, il ne fait que signer des projets de lois tout faits, que d'autres ont fait et que d'autres exécuteront en son nom. A ce propos, il semble que le régime représentatif n'a eu d'autres raisons que de remplacer les conseillers du roi, les courtisans, les flatteurs, etc., hommes de valeur sans doute quelquefois, mais le plus souvent de simples intrigants égoïstes. Le travail d'information, de renseignements sur les aspirations du peuple se fait aujourd'hui au moyen du régime représentatif, d'une façon directe, hypothétiquement complète et objective. Les discussions, les délibérations, dans les séances législatives, remplacent, en le reproduisant à la lettre, le travail de délibérations et de réflexions, qui, autrefois, se passait dans l'esprit du roi.
Le mécanisme du vote dans deux urnes, avec le mécanisme des voix exprimées pour ou contre, et de là décision appartenant à la majorité, est simplement le substitut du travail qui devait se passer dans la tête du roi. Celui-ci, s'il était scrupuleux et souhaitait la prospérité de son peuple, tâchait de prendre des déci* sions conformes aux faits en pesant le pour et le contre parmi les motifs, les considérations, les renseignements. M. Raoul de la Grasserie a fait cette observation analogue : « Lorsqu'on se