‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 115 sur 153 · CHAPItRE n. — LE GÉNIE SYNTHÈSE DE LA VIE COLLECTIVE · texte numérisé non relu

CHAPItRE n. — LE GÉNIE SYNTHÈSE DE LA VIE COLLECTIVE

en effet, une sorte de monopole commercial, comme on réalise aussi des monopoles de production, et toutes les entreprises, moyennes et petites, deviennent incapables de lui tenir tète. Aussi, tôt ou tard, ces dernières sont-elles toujours mises hors de la lutte. Le fait est si commun, et surtout si notoire, que même les économistes orthodoxes l'ont relevé.

M. Paul Leroy-Beaulieu remarque, dans ce même sens, que (( les grands magasins ont déjà rendu à la société le service inappréciable pour certaines branches du commerce, de supprimer la quantité trop considérable de débitants à Texistence oisive, qui encombraient le mécanisme commercial (i).

Il est évident que le monopole commercial, comme le monopole industriel, mettent les entrepreneurs respectifs dans la situation exceptionnellement favorable de fixer, à leur gré, les prix des marchandises, autant que ceux de la main-d'œuvre. Par cela même, ils peuvent prélever sur le travail et sur les consommateurs à peu près ce qu*ils veulent. L'accumulation du capital, cela s'entend, suit une progression géométrique, selon l'étendue du marché et selon le nombre des ouvriers . Le prestige, dont est entouré l'important personnage ainsi enrichi, a donc sa source dans l'exploitation économique de ceux-là mêmes aux yeux desquels il doit avoir du prestige et de l'ascendant. En d'autres termes, le prestige, dont jouit le capitaliste, aux yeux des non possédants, est l'effet du pouvoir économique qu'il accumule en exploitant ces non possédants, tout comme le député influent jouit d'un prestige, d'une autorité très considérables, aux yeux mêmes de ceux qui l'ont investi du pouvoir politique. Dans les deux cas, le mérite, qui fait le fond du prestige, a sa source dans la vie collective que quelques individus ont pu synthétiser en la dérivant sur eux.

Nous ne nous arrêterons pas sur le génie de l'inventeur, car

(I) Le collectivisme IV* édition, p. 415. :- Marschal (Albert). Pnnciples of Economies^ p. 14-15.

388 LIVRE m. — LA CONCEPTION SOCIOLOGIQUE DU GENIE

nous nous en sommes occupés dans le livre précédent, le mécanisme de Tapparition de ce phénomène est de tous points comparable à celui que nous venons de trouver à la base des deux autres sortes de génie économique.

S m. — LE GÉNIE SCIENTIFIQUE ET ARTISTIQUE

Nous arrivons maintenant au point le plus difficile, parce que ces formes du génie sont les plus compliquées» étant aussi les plus élevées.

I" Le génie scientifique est-il, en effet, une synthèse d'un aspect de la vie sociale, comme le génie économique et politique, que nous venons d'examiner P Remarquons tout de suite, qu'avec Textension de la société, tout le domaine de la nature, dans les limites de la planète que nous habitons, est devenue accessible à l'investigation. Du temps d'Aristote, le monde de la science naturelle était réduit à des limites très étroites. C'est à peine si l'extension des conquêtes d'Alexandre permettait aux philosophes grecs d'élargir le champ de leurs recherches sur la nature.

L'intégration sociale progressive facilite aujourd'hui, d'une autre manière encore, la possibilité et la centralisation des observations scientifiques. La circulation libre et facile des idées et des hommes fait que les différentes sociétés sont presque unifiées de ce point de vue. 11 n'y a pas de douane pour entraver le libre commerce des idées ; tout au plus la différence de langue impose-t-ellc encore une sorte de douane : les frais de la traduction. Dans ces conditions, et comme le travail intellectuel de détail abonde dans presque toutes les sociétés, la centralisation, et par suite, la synthèse scientifique de toutes les recherches, est de plus en plus complète, considérable et facile. Ainsi, un travail de second et de troisième ordre élabore les matériaux venus de tous les

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