‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 116 sur 153 · CHAPITRE n. — LE GÉ?iIE SYNTHÈSE DE LA VIE COLLECTIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — LE GÉ?iIE SYNTHÈSE DE LA VIE COLLECTIVE

côtés, et, au moyen d'un processus d'abstraction, de second ou troisième ordre, ces matériaux sont synthétisés dans des formules de plus en plus simples, qui unissent toutes les expériences réalisées.

En quoi le savant, qui accomplit ce travail de synthèse, qui élabore les travaux de premier degré de toute une foule d'investigateurs, en quoi cet homme de laboratoire, qui accumule les observations, se distinguera-t-il du capitaliste et de l'entrepreneur, qui accumulent des richesses, grâce au monopole, qui leur permet de dépouiller un nombre d'autant plus grand de leurs concitoyens, qu'ils deviennent plus riches ? Pour le savant, plus les investigateurs de premier degré ont été nombreux et leurs recherches exactes, plus exact et efficace sera le travail scientifique, qui élabore le travail des autres. Dans la même mesure, les formules obtenues après ce travail de synthèse, seront compréhensîves, d'une portée supérieure. Mais l'exactitude, le degré de compréhension et la haute portée des résultats scientifiques sont bien les qualités d'un travail intellectuel supérieur, celles mêmes qui consacrent le génie.

Il est caractéristique que ces recherches secondaires ou tertiaires sont faites inductivement, au moyen d'un simple travail de statistique, qui est appliqué également dans les recherches sur le vif de la nature. Plus le savant fera usage de cette méthode induetive et statistique, c'est-à-dire plus il se sera limité aux simples données des premiers investigateurs, en coordonnant mécaniquement et fidèlement leurs résultats, plus aussi son travail sera d'une qualité vraiment supérieure. Ces deux modalités de l'induction ne sont d'ailleurs que l'activité synthétique de l'esprit, l'acte d'abstraire rendu tout à fait méthodique. Le savant, quf emploie ces deux moyens d'abstraction, ne fait que synthétiser le côté intellectuel, scientifique delà vie sociale. Et de fait, l'abstraction, œuvre et matière de la science, qu'est-ce sinon cette activité, qui synthétise les phénomènes concrets analysés préalablement P Par

agO LIVRE UI. — LA GOIfCEPTIOIl SOCIOLOGIQUE DU GÉlflE

conséquent, la fonction essentielle du savant est précisément de synthétiser les manifestations intellectuelles de la vie en société : l'œuvre de toute une foule d'investigateurs.

Le secret de ces généralisations ne sera rien de plus que raccord objectif des résultats obtenus par ceux là. Tout au plus, pourrait-on lui accorder le mente personnel d'un effort d'attention exceptionnel, prolongé et concentré sur le même sujet, afin de ramasser et centraliser tout ce qui s'y rapporte.

Il ne serait pas difficile de se rendre compte que tel est le procédé intime, d'après lequel se sont accomplies les grandes synthèses intellectuelles de Platon, d'Aristote, de Descartes, de Kant, d'Auguste Comte. Chacun de ces grands esprits à synthétisé, en les harmonisant, les données intellectuelles, scientifiques et philosophiques, qui étaient en circulation de son temps, u La pensée dit Goethe est, en général, un don du monde et de la société ; elle n*est pas le partage privé de quelques hommes raffinés et cultivés » (i)« « Platon absorba la science de son temps, de Philolaûs, Timée, Heraclite, Parménide et le reste puis de son maître Socrate. Il se rendit en Italie pour s'enrichir de ce que Pythagore lui réservait, puis en Egypte et peut-être plus loin en Orient... » (a). Zeller aeneffet confirmé cette opinion d'EImerson, en indiquant, d'une façon plus précise encore, les éléments de la synthèse philosophique de Platon (3).

On peut en dire autant et faire la preuve des systèmes philosophiques de Kant et de Descartes surtout. Montesquieu qui fut peut-être, après Kant, le plus grand penseur du XVUP siècle, a réalisé le type le plus conscient de ce génies cientifique. On a fait & son propos une observation très profonde : « esprit incroyablement propre à se transformer pour comprendre, à se faire tour à

(1) JHcytung undŒahrtkeil V TeiL, B. 10.

(t) EmersOiN. Les Sorfiumaitis. (Trad. Noalet. p. 39.

(i) Zbllui. La PhiloiopMe des Gréa, Irad. franc, par K. fioutrouz (Hacimte).

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