‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 13 sur 153 · CHAPITRE U. — LE DÉTEAMINISME SOCIAL 7S · texte numérisé non relu

CHAPITRE U. — LE DÉTEAMINISME SOCIAL 7S

L'avenir est à l'unité de type du genre humain, et il ajoute immédiatement : l'avenir est à la variété des types individuels. L'auteur ne trouve aucune contradiction entre ces deux thèses. Vune et l'autre mettent un même fait en lumière ; TefiTacement des types spécifiques et collectifs. Ces deux aspects contraires de la société nécessitent également le succès des idées égalitaires. Car, s'il n'y avait aucune similitude entre les individus, la société elle-même serait impossible. En ce sens, nous disons avec Tocqueville que (( il n'y a proprement société, que là où les hommes considèrent un grand nombre d'objets sous le même aspect ». ♦

D'autre part, MM. Simmel et Durkheim ont également raison de postuler, pour la solidarité sociale, un quantum important de cUflFérence. Cette différence elle-même nécessite une sorte d'égalité des individus. « Par cela que l'individu est quelque chose de tout particulier, il devient égal à n'importe quel autre, dit M. Simmel (i). » D'où M. Bougie conclut que « du sein de leur extrême ressemblance peut renaître le sentiment de l'égalité des personnes » (a) et que « l'égalisation des individus est rendue nécessaire par leur différenciation même » (3).

En rapprochant les deux aspects contradictoires du processus social intérieur, l'homogénéité augmentée dans un sens et l'hétérogénéilé augmentée dans un autre sens, on n'établit une contradiction qu'en apparence. L'hétérogénéité augmente chez les individus, qui étaient enfermés, dans chaque société particuhère, mais puisqu'ils sont intégrés dans une seule société unifiée, la similitude augmente chez tous les individus, ainsi intégrés. Dans ces conditions, l'assimilation s'étend en même temps que la dif-

(1) M. Dnrkheim, A son tour, soutient que l'inégalité des conditions exige l^équiiè des échanges {Divis. du travail social, p. 419).

(2) Op. cit., p 141.

(3) Ibid,, p. 146.

férenciation s'approfondit. C'est ce qui fait que les hommes, qui réunissent en eux ces deux tendances, constituent le terrain le mieux préparé pour la semence des idées égalitaires.

Il semble aussi que le socialisme, excessivement égali taire, n'est que le point d'aboutissement nécessaire des conditions sociales générales, esquissées par M. Bougie. L'idéal de Tégalitarisme serait atteint seulement quand les individus pourraient se remplacer, sans inconvénient, les uns les autres, quand chaque individu en vaudrait un autre. Or, c'est l'espoir qui illumine les socialistes modernes, et ils dirigent leurs efforts vers cet idéal qu'ils essayent de mêler à la réalité.

Les deux problèmes, la non-hérédité des caractères acquis et le mouvement égalilaire, sont si connexes, que c'est, au fond, la même question examinée à deux points de vue différents, L'indétermination physiologique, conséquence nécessaire de la non transmissibilité des qualités acquises, prépare bien, chez les individus, le terrain de l'égalité sociale. Elle est peut être la condition première de cette homogénéité profonde, cachée, qui fait la base de la socialité supérieure, dans les sociétés accrues. A son tour, le mouvement égali taire, qui tend à soumettre tout le monde à des influences comparables et compliquées, n'est pas sans avoir un écho sur l'indétermination et sur la maléabilité des individus.

Et puis, le développement de la réflexion, que la dissolution des instincts rend nécessaire, n'est pas sans effet sur l'individualisme, sur la conscience extérieure, sur l'élévation des idées, des sentiments humanitaires, et sur cet état d'esprit que conçoit l'humanité, dont l'individu et l'égalitarisme social doivent émerger. De plus, cette centralisation, produit immédiat de l'accroissement et de l'unification de sociétés, et qui nécessite un pouvoir gouvernemental plus vigoureux, ne serait pas possible, sans cette souplesse et sans l'indétermination initiale des individus, qui est précisément l'effet du regrès de l'hérédité. Le pouvoir gouverne-

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