Chapitre I. — Raisons générales
Auguste Comte rejette la psychologie et confond son objet avec celui de la sociologie, car l'homme, considéré en dehors de la société, est une abstraction. Le tort de Miil et Spencer de ne s'y être pas arrêtés. La sociologie contemporaine, s'étant éloignée de la conception comtisle. se contredit ; pour être d'accord avec elle-même, elle doit retourner vers le comtisme. Les conceptions sociologiques contradictoires de MM. Espinas, Tarde et Wundt. Seule, la sociologie de M. de Roberty est d'accord avec elle-même. La psychologie devrait être, logiquement, l'aboutissement de la sociologie, non pas son point de départ. L'analyse que font MM. Boutroux et Sigwart des thèses physiologiques de la conscience les montre insuffisantes. Ces thèses postulent la conscience mais ne l'expliquent pas. Elle exige un principe supérieur ; n'est-il pas la société ? La conscience est étrangère à la vie du corps. Seule, la société, synthèse des individus, la dégage et la communique aux individus. On ne distingue pas toujours entre les conditions essentielles et les conditions secondaires. La société est la condition essentielle de la conscience. Le spiritualisme scientifique de M. Boutroux semble nous conduire à l'idée de la société, tandis que la sociologie de M. Simmel nous conduit à l'idée de Dieu. La société, comme Dieu, façonne l'homme à son image. L'individu s'assimile la vie du groupe ; il s'universalise ainsi ; de là la vie psychique qui se greffe sur la vie biologique de l'individu. Elle reproduit dans l'individu le schéma de la structure sociale. Mais les lois sociales coïncident-elles avec les lois psychiques ? 113-136
Chapitre II. — Les conditions de fait de l'apparition de la conscience.. . 136
§ I. — La différenciation psychique (La faculté discriminative). — La conscience n'apparaît que dans les condi-
Table des iulTièkes 36 i
lions qui rendent les états psychiques différents, nouveaux, contraires, etc. La théorie de Herbart est confirmée par celles de Bain, Hôffding, etc i37<139
!• Ces conditions sont-elles données dans le milieu physique? Le monde physique ne présente plus des laits nouveaux. Les phénomènes physiques ne peuvent ni stimuler la conscience par leur nouveauté, ni la provoquer par leur opposition à nos tendances, car ces dernières sont sorties de notre adaptation au milieu physi que. Pourquoi les animaux n'ont-ils la conscience, placés comme ils le sont, dans le milieu physique ? La différence de constitution organique entre l'homme et l'animal n'explique rien, elle doit-ôtre, elle même, expliquée • 139-142
2* Ces conditions sont-elles sociale ? L'homme vit dans des sociétés infiniment plus larges que les sociétés animales. C'est là la source des différences organiques respectives. Les conséquences de la division du travail d'après MM. Durkheim, K. Bûcher, Simmel. Ce sont là les conditions de l'apparition de la conscience. L'erreur de confondre l'adaptation au milieu physique avec l'adaptation au milieu social. Deux observations. La conscience et la société sont également régies par la même loi de la différenciation 142-155
§ II. — Lactivité synthétique ou totalisatrice de la conscience. — V L'état delà question en Psychologie. Lares semblance est un élément aussi essentiel que la différence pour l'apparition de la conscience : l'unité réelle du mot 156-161
2* Les conditions réelles de Vactivité synthétique de l'esprit Quelques psychologues réduisent l'unité de la conscience à l'unité organique du corps. A). Les conditions de Vactivité synthétique de la conscience. Souvent l'unité de l'organisme doit être elle-même expliquée par l'unité de la conscience. L'adaptation au milieu cosmique n'explique pas l'unité de structure de l'encéphale. L'encéphale est un luxe pour la vie biologique, mais il est indispen sable à la vie sociale. La conscience épiphénomène, où aboutissent les thèses physiologiques, est la négation de la conscience. Jamed et Wundt ne s'arrêtent pas aux explications physiologiques de la conscience ; l'un incline vers le spiritualisme, l'autre vers l'animisme. 163-173
362 TABtB DES MÀTXÈRES
B) Les conditions deVunitè delà conscience sont-elles sociales? Le processus social est lui-même synthétique. La force qui. synthétise les éléments de la conscience et qui les attache les uns aux autres, dérive du processus d'intégration sociale. La vie pratique et la différenciation des tâches renforcent ces liaisons. La conscience et la connaissance de soi-même proviennent de la conscience qu'en ont les autres. Le passage brusque, inattendu, d'un milieu à un autre, ou la trop grande variabilité du même milieu, désorganisent la conscience. Seule l'unité de la vie sociale garantit l'unité de la conscience. La société et la conscience obéissent également à la même loi de la ressemblance, de l'activité synthétique. . 173-190