CHAPITRE U. — LE OÉTERMINISME SOCIAL
faire la science, puisqu'il est absolument personnel et irréductible.
On ne peut pas faire la science de l'individuel, de l'exclusif, de l'irréductible. 11 se prête à la description, à la biographie, mais non pas à la science. Une science de la psychologie proprement dite, devant établir des lois, ne peut être faite qu*en retirant ce qu'il y a de général, de commun, dans les phénomènes psychiques que présentent les hommes. Or, ce qu'ils présentent, en commun, n'est plus individuel, c'est du social ; en faire la science c'est faire de la science sociale, ou. tout au moins, de la psychologie sociale. En efTet, ce qui est commun aux individus, cette partie, de plus en plus considérable d'actes et d'idées, qui s'identifient progressivement chez tous, cela ne devient-il pas des manières de penser ou d'agir? Or, M. Durkheim l'a montré d'une façon magistrale, le fait social typique c'est précisément toute manière de faire et d'agir. Faire la science de ces phénomènes, communs à tous les individus, n'est-ce pas rentrer dans le domaine de la sociologie ? Par conséquent, s'il y a une science des lois psychiques, elle ne peut être que sociale, et s'il doit y avoir une science de la psychologie, elle ne peut être que descriptive, biographique ; de par la nature de son objet elle ne peut pas découvrir de lois, qui ne soient d'origine sociale.
Ce qu'on nous donne pour des lois psychologiques, proprement dites, ne peut être que des lois sociales, et, inversement, ce qu*on nous donne pour des lois sociologiques, ne peut être que les lois de phénomènes psychiques. Les lois sociales sont psychiques, en même temps, et inversement, mais seulement dans la mesure où l'individu s'identifie avec la société, seulement dans la mesure où les individus sont égaux, ou tendent à s'égaliser, entre eux, en s'égalisant ainsi avec la société. Et comme, d'autre part, la conscience proprement dite et la réflexion sont, elles-mêmes, les effets directs et exclusifs du processus social, les lois, qui régissent les phénomènes de la conscience, ne peuvent être que des lois sociologiques.
78 LIVRE I. — LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEMEIfT SOCIAL
La seconde partie de notre étude, cherchera s'il en est ainsi et quelles sont les probabilités de cette conclusion. Pour le moment, nous devons nous arrêter un peu sur quelques-unes des objections capitales que cette conclusion peut soulever. Nous aurons à délimiter de plus près la portée de cette thèse.