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CHAPITRE m. — RÉPONSE AUX OBJECTIONS

Ce ne serait que dans ce cas extrême, en effet, que le mouvement social égalitaire aurait égalisé les individus et que l'hérédité des caractères acquis, en régressant à la limite, aurait réalisé rhomme complètement conscient et tabula rasa, c'est-à-dire tout à fait dépourvu d'aptitudes et de qualités spéciales innées, et devenu un être de réflexion et de raison.

C'est alors seulement qu'une partie considérable du psychique individuel serait identifiée chez tous les individus, et, dans la même mesure, c'est alors que le psychique serait identique au social, et par conséquent les lois sociologiques des lois psychiques et inversement.

Or, nous sommes encore très loin de là : l'état actuel des sciences sociales et de la psychologie peut nous en avertir. On ne peut constater l'identité ou la différence spécifiques entre les lois de la société et celles de la conscience, qu'à la seule condition qu'il existe d'abord des lois psychologiques et sociologiques exactes. Mais, y a-t-il une loi, une seule loi, exacte dans la psychologie et dans la sociologie ? Pour peu qu'on examine à fond, et un peu librement, l'état de ces deux sciences, on ne peut plus répondre affirmativement à cette question.

En psychologie, par exemple, M. Ribol nous dit qu'il ne connaît plus de gens qui croient à la loi de l'association des idées. SigAvart. après avoir remarqué l'impossibilité de la mensuration des phénomènes psychiques, impossibilité, qui provient « en partie de la variabilité des sujets psychiques, en partie du développement individuel et des grosses différences qu'il entraîne ». conclut « qu'on ne peut pas toucher à des lois psychologiques générales » (i). Les lois de l'association des idées ne peuvent pas prétendre au titre de lois, car, dans les mômes conditions, les associations sont très différentes, et leur degré de cohésion est très variable. Elles ne peuvent même prétendre être des lois

(1) IHe logUi. II, p. 518.

hypothétiques partielles, car, les conditions dans lesquelles elles se réalisent, sont trop peu fixes et trop peu sûres (i). Wundt aussi compare Vhistoire et la sociologie à la météorologie, tellement est prodigieuse, énorme la complexité des phénomènes de l'esprit, qui nous force de nous en tenir à la surface des phénomènes (a). Et cela provient, dit Wundt, du fait que sur le terrain des sciences de l'esprit, non seulement il y a des lois qui se contrecarrent, mais encore ces lois sont troublées par Tapparition de phénomènes irréductibles nouveaux (3). Ces phénomènes, quoique possibles à expliquer par le principe causal, ne peuvent pas être généralisés. Pour ce qui est de l'économie politique, M. Wagner arrive à des conclusions absolument semblables. Le caractère de loi exacte est exclu à priori pour les lois de l'économie politique ; sur ce terrain les lois sont exactes, seulement lorsque leurs conditions sont elles-mêmes régulières, formulables dans des lois, ce qui n'est réellement pas le cas, nous assure l'auteur (4). Il en est ainsi seulement parce que les motifs psychiques individuels qui déterminent les phénomènes économiques, sont trop complexes, multiples et différenciés pour être convertibles dans de simples formules.

En sociologie, MM. Tarde et Simmel ont la conscience la plus nette de l'impossibilité des lois sociologiques. Selon M. Tarde, la régularité de l'évolution des sociétés est en raison inverse de leur degré de réalité (5). Et M. Simmel insiste beaucoup sur l'infinité des combinaisons, que permet la vie sociale extrêmement complexe, au point que tous les phénomènes psychiques sociaux peuvent s'interpréter, d'une manière également acceptable, dans deux sens contraires l'un à l'autre (6).

(1) Die Logik., p. S54.

(2) Ibid., p. 52.

(3) Ibid., pp. 143, 143.

(4) Op. ciL, p. 235.

(5) U Réalité sociale, Rev. philos,, 1901 (H), p. 464.

(6) Uber Sosiale JH/jfèrentierung, Leipzig, 1902, p. 4.

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