CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CONTINGENCES SOCIALES qS
lire que temporaire » (p. 327). Cependant, & mesure que le refroidissement augmente, que la croûte s^épaissit, que des élévations et des dépressions plus grandes se forment, il s'établit un arrangement des parties relativement fixes dans le temps et l'espace » (p. 328).
Sans doute, les corps inorganiques, dont s'occupent les sciences de la physique et de la chimie, étaient à ce moment-là perdus, indifférenciés, parce qu'ils se trouvaient, sous forme incandescente,. dans la masse intégrale du globe, et parce que, en état d'incandescence, leurs formes et leurs propriétés actuelles étaient aussi inconstantes. Pas plus que des géologues, hypothétiques et omniscients, n'auraient pu, à cette date là, découvrir les lois de la stratification de la terre, et les formes successives des couches, les physiciens, les Archimède, les Gay-Lussac, les Ampère, les Lavoisier, Bertholet, etc., n'auraient réussi dans la recherche des lois physico-chimiques.
L'exactitude des lois, qu'ils ont découvertes, tient à ce que les lois étaient effectives dans la réalité, et qu'elles y étaient exactes, définies. L'eflTrayant intervalle de temps, que l'évolution terrestre a eu devant elle, pour se réaliser, d'une façon définitive, est bien le secret du succès de savants physiciens et de chimistes actuels. Ici également la part de la contingence est encore réduite à une sorte de minimum, un peu moins négligeable, il est vrai, que celui des lois astronomiques.
Enfin,. depuis presque 100.000.000 d'années, la vie se déroule, sur la terre, tout d'abord informe, inconstante. La matière vivante, à son origine, aussi chaotique et informe que les autres règnes, a passé, sans doute, par la même phase d'évolution révolutionnaire. « La moitié de cette période a dû s'écouler avant qu'il existât de formes de vie ayant une. consistance matérielle suffisamment ferme » (i). « Un tiers de ce qui reste de ce temps,
(1) L18TKR F. Wasd, La Différenciation et l'Intégration sociales, Paris, V. Giard 1903, p. 28.
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G'est^à^iro la^ooo.ooo d'année», s'était écoulé, avant que ks animaux vertébrés fissent leur apparition. Un autre tiers, ou encore la.ooo.ooo d'années, s'est écoulé avant qu'il y eut les plus faibles traces de vie de mammifÀres, près du sommet du nouveau grès rouge, ou de la période triasique. Ce n'est que dans la période crétacée, qui a suivi la période jurassique, et qui a duré 3.O0O.O0O d'années, que des formes de plantes ou d'animauK, ressemblant à celles qui dominent aujourd'hui, devinrent abondantes. La période tertiaire, estimée, eUe aussi, k S.ooo.ooo d'années environ» se produisit, et c'est pendant cet espace de temps, relativement court, que toutes les grandes productions de la nature organique se sont développées (p. 29). »
Nul doute que jusqu'à ce que la matière vivante fût arrivée à se condenser, dans les formules définies et complexes d'espèces de plus en plus supérieures, il n'y ait eu des révolutions biologiques, comparables aux révolutions géologiques, d'où est résultée la stratification présente. La lutte pour la vie a dû supprimer violemment bien des espèces mal définies et mal adaptées aux conditions de la vie. A supposer un Linné, ou un Guvier, dans la période jurassique « où la terre fut abandonnée aux amphibies et aux reptiles et à une végétation cryptogame et gymnosperme )) (i), nous nous demandons si leur classification, pourtant scientifique, aurait été la même que celle qu'ils nous ont donnée pour notre époque. Un Baer, un Harvey, un Bichat auraient-ils pu faire leurs découvertes, aux périodes cambriennes siluriennes, avant que les vertébrés eussent fait leur apparition P Au moins, il est sûr que Darwin n'aurait pas pu écrire VOrigine des Espèces, alors qu'il n'y avait, sans doute, pas d'espèces, pendant ces 36. 000. 000 d'années hypothétiques, où l'on nous affirme qu'il n'y a pu avoir a ni formes, ni consistance matérieOe suffisamment ferme ».
(1) L.-F. Ward, loe. dt.