CHAPITRE IT^ -^ JJk 80URGB DBSGOlITIflGBNOES SOCIALES
Si. le» efforts d'an Bichat, d'un Harvey, d'un Cuviep« dlun Darwin ont été féconds, c'est, parce qu'il» sont venus quelques millions d'années après que l'objet de leurs découvertes était effectivement et définitivement réalisé. Ici encore, la contingence, quoique un peu plus notable qu'ailleurs, n'excède pas la causalité régulière, fixe, rigoureuse. Les espèces, à ce qu'on nous assure (i ), sont restées fixes, immuables depuis environ 7.000.000 d'années. Dans ces conditions, une science de la biologie est très possible. Aussi, les progrès de la physiologie ne sont^ilapas faits ponr nous surprendre.
Quant au règne social, dont Torigine ne remonte pas au ddà de a5.ooo ans, pour prendre un cbiffre extrême, cette période a-t»-elle suiB pour que l'évolution sociale fût à son termeP Est-ce que pour le règne social, cette phase initiale, chaotique, anarcbique, irrégulière est finie P La Société, est--elle dans cette phase comparable à celle, où se trouve le système solaire, les cristaux, ou, tout au moins, les espèces animales à jamais fixées P Gette époque de révolutions, de changements, de formations sociales piovisoires, est-elle finie? On serait tenté de le croire, à entendre certains sociologues et non des moins remarquables. Voilà des questions que la sociologie naturaliste ou positive néglige de poser. Ainsi, Spencer lui-même continue à considérer cette question comme résolue affirmativement, et, supposant l'évolution sociale aussi avancée que celle des minéraux et des plantes, il se propose de faire la science naturelle et positive des sociétés. Il est étrange combien la réalité sociale est méconnue et oubliée précisément par ces savants mêmes, qui se flattent de s'en tenir aux faits et qui supposent la société, comme une réalité à jamais définie et fixée, en ses traits étemels ; il ne resterait plus qu'à en faire la science étemelle et positive. Les phénomènes sociaux s'enchat-
(1) L.-F. Wabb, lue. Cit.
nent, pour cette sociologie, d'après des formules à jamais stables et définitives ; ce n'est que Fétat actuel arriéré de nos connaissances qui nous les cache.
Mais, pour peu qu*on examine, dans un esprit plus libre de touie fantasmagorie naturaliste et d'idée préconçue, le spectacle que présentent nos sociétés, et pour peu qu'on prête l'oreille à certaines maximes libérales, on ne tardera pas à se convaincre que les sociologues naturalistes ont bien tort. Ce n'est pas la régularité, la soumission aux lois, l'amour de l'ordre et de l'exactitude, qui régnent autour de nous, qui inspirent nos contemporains. On verra plutôt que les esprits sont tellement étrangers à l'ordre, à la régularité, que rien ne les délecte autant que certains jeux de hasard et d'imprévu.
Cela ne voudrait-il pas dire qu'il s'en faut encore de beaucoup, que l'époque des Newton, des Gay-Lussac et des Bertholet de la sociologie soit arrivé? N'est-ce pas là la preuve, au contraire, que nous nous trouvons encore précisément dans cette période d'effervescences, de révolutions continuelles,, d'anarchie chaotique, d'anomie, de tous les événements qui ont été, à n'en pas douter, caractéristiques des époques de formation, dans tous les ordres fondamentaux de la nature? Conçoit-on des scrupules, des doutes là dessus? On n'a qu*à rapprocher le chiffre qui représente l'âge probable de la société de celui qui exprime l'Age hypothétique de la vie. Entre 750.000 siècles et 260 siècle, la différence est écrasante.
Nous espérons même pouvoir prouver que nous ne nous trouvons pas encore, à l'heure qu'il est, à la fin de l'évolution sociale, dans cette époque où l'objet des sciences sociales, s'étant fixé, une fois pour toutes, rend la science exacte possible. Nous n'avons qu'à nous demander où nous en sommes du processus d'intégration sociale ? En effet, seule la formule générale, indéfinie, de ce processus peut être conçue comme réelle, exacte ; le processus de la condensation, de la différenciation et de la déter-