CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CONTI!fGENCES SOCIALES
mination formelle des mouvements nébulaires eût été vrai, efTectif, avant même la réalisation du système solaire, où il aboutit.
Sans doute, pour nous rendre compte, approximativement, à quel stade de la réalisation du règne social nous nous trouvons, à l'heure actuelle, nous n'avons qu'à examiner à quelle étape du processus social nous sommes arrivés. Pour arriver à établir par à peu près où nous en sommes, il faut répondre à des questions comme les suivantes : Est-ce que toutes les sociétés se sont réunies dans une société universelle ? Est-ce que tous les segments sociaux se sont évanouis dans la société intégrale P Les lignes de démarcation, les barrières sont-elles disparues ? A vrai dire, il s'en faut encore de beaucoup. Nous en sommes très loin. On peut le constater, rien qu'à regarder une carte géographique quelconque.
Cependant, on a déjà fait beaucoup dans ce sens là. Si le point de départ a été ce nombre infini de petites unités sociales, fermées en elles-mêmes (Spencer, Gumplowicz, Ward) erirant à travers les espaces, sans aucune organisation intérieure définie, nous sommes aussi très loin de cet état de choses. On s'en convaincra également à une simple inspection de la carte politique de la plan4te. Lentement, mais progressivement, nous voyons, à travers l'histoire, les petites provinces, les villages et les villes, qui forment d'abord autant de sociétés indépendantes, renoncer à leur indépendance, bon gré mal gré, s'unir les unes aux autres, fusionner ensemble et fonder une société de plus en plus large, volumineuse, unifiée. L'histoire de la France, depuis Louis XI surtout, l'histoire de la Russie depuis Pierre le Grand, l'histoire de l'Allemagne depuis Frédéric II, ainsi que celle de l'Italie depuis Victor Emmanuel II, celle de l'Angleterre moderne et celle de TEspagne, du temps de la Renaissance, en sont des exemples, pour ne parler que de Ihistoire la plus positivement connue. A présent même, sous nos yeux, nous voyons des tendances, très
i*éelles et très actives, d'intégration sociale, en Amérique, Macécédoine, etc.
Sur les traces de l'intégration sociale, politique, nous apercevons l'intégration économique. Cependant! très souvent, les rôles se renversèrent et, plus d'une fois, ce fut l'intégration économique, qui précéda et détermina l'intégration politique. Actuellement, il semble bien que l'intégration des relations économiques est beaucoup en avance sur l'intégration politique. Les affaires, les grandes entreprises sont déjà depuis longtemps internationales, mondiales. Aussi, les économistes, comme Adolphe Wagner, parlent-ils d'une Weltwirischafi. Le caractère même de récole de Manchester était l'internationalisme. Pour les socialistes, les relations économiques, de même que celles de la politique, doivent être internationales. Or, n'est-ce pas là une preuve que l'économie nationale n'est pas la forme dernière de la vie économique, et que le terme final, la formule dernière des relations économiques doit être la Weltwirischafi.
L'économie mondiale devançant l'intégration sociale, universelle, lui marque la voie. En même temps que les relations économiques universalisées, les conquêtes intellectuelles, scientifiques et artistiques se glissent à travers les murs, qui séparent encore les sociétés, et poussent les nations les unes envers les autres. Les réseaux d'une société universelle enlacent les unités sociales de toutes les façons, et les serrent, de plus en plus, pour les contraindre à se fondre. C'est là une constatation, qui tend à devenir un lieu commun. Aussi, lentement, mais sûrement, le processus du développement social s'achemine vers son point darriiyée. Le résultat immédiat, mais à coup sûr provisoire, est la complexité irrégulière, mobile, anomique, que nous constatons, et qui ne fait que s'accroître, à mesure même que l'intégration sociale, politique et économique font des progrès. C'est donc bien là la source de la contingence des phénomènes sociaux, de