‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 25 sur 153 · CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CONTINGENCES SOCIALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CONTINGENCES SOCIALES

la causalité sociale, irrégulière, qui dépasse infiniment la causalité régulière.

Lorsque, comme on le voit de nos jours, de grandes sociétés renfermées en elles»mèmes, et réfractaires aux rapports avec les sociétés progressives, sont ouvertes au commerce, par la voie violente des armes, leurs richesses, tant naturelles qu'humaines, isolées et comme cachées, sont par cela même versées dans le courant économique. La colonisation, les explorations découvrent, chaque jour, des pays inconnus, des peuples et des forces naturelles vierges, qu'on ne cesse de faire entrer dans la circulation universelle. Jour par jour, toutes ces forces économiques sociales, naturelles ou humaines, de tous les coins du monde, viennent sans cesse grossir le flot déjà formidable du courant social mondial. Aujourd'hui on connaît, à peu près, les forces productrices, naturelles et humaines ; on tâche, et même avec succès, jusqu'à un certain point, de prévoir l'état du marché de l'année qui suit. Si demain un peuple nouveau ou des sociétés nouvelles, des forces naturelles et humaines, sur lesquelles on ne compte pas, sur lesquelles on ne peut compter, sont découvertes pour être mêlées au marché général, toutes les prévisions seront déjouées. Il y a des kracks, des faillites et une mobilité vertigineuse des rapports et des conditions des hommes.

De leur côté, les sciences et leur application né cessent pas de compliquer la vie sociale et économique, par la découverte de forces naturelles inconnues. Du jour au lendemain, une découverte scientifique et ses applications immédiates peuvent bouleverser tout Tarrangement existant du système économique, d'une façon plus profonde, plus radicale même que des dizaines de guerres douanières ou militaires . L'évolution lente, imperceptible, inconsciente, est devenue de nos jours impossible.

On nous dit que la tâche des temps modernes est de prendre la révolution comme méthode et ensuite de la pacifier en la méthodisant. Le régime le plus adéquat à la vie sociale contempo-

lOO LITRE 1. — LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEMENT SOCIAL

raine doit être une révolution méthodique et pacifique. La science est forcément révolutionnaire par ses applications pratiques. L'intégration sociale politique est également révolutionnaire, car on n'y aboutit, le plus souvent, qu'au prix de ces crises convulsives, comme les guerres (Ex. : Tintégration de l'Allemagne et de l'Italie).

C'est donc une époque de révolution que nous traversons, une époque d'évolution aiguc, ïorcément révolutionnaire, parce que les transformations sont subites, incohérentes, sans transition prévisible. Du seul fait qu'on ne peut déterminer, à l'avance, ni les découvertes scientifiques, ni leurs applications pratiques, ni la portée sociale et économique de ces applications, ni même les guerres douanières ou militaires, ou les intégrations sociales que l'avenir s'est réservées, il s'ensuit que l'enchaînement des phénomènes sociaux jure avec la régularité, et prend nécessairement le caractère révolutionnaire. Cela fait que les prétentions du socialisme scientifique, de la sociologie naturaliste et positive deviennent absolument illusoires. Dans cet état de la société, découvrir des lois exactes, positives, comparables aux lois de la nature, c'est une présomption gratuite. Pour découvrir les lois exactes de la société encore faut-il qu'il y en ait.

S'il y a cependant une science sociale et économique, elle ne peut être qu'une œuvre éphémère, parce qu'elle est provisoire, valable tout au plus pendant un demi-siècle. C'est ainsi que la doctrine d'Adam Smith eut sa raison d'être, et sa grandeur aussi, à une époque où la grande industrie ne faisait que commencer. Les transformations techniques, que la puissance de la vapeur détermine dans l'industrie productrice et dans celle du transport, dépassent déjà la doctrine de Manchester. Puis, ce fût le tour du marxisme qui, basé sur l'étude de la réalité contemporaine, fait entrevoir la déchéance des doctrines libérales, et par ses critiques en hâte le discrédit. Mais voilà que l'électricité commence à s'in-

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