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CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CO.'tTCfGENCES SOCIALES

troduire dans Findustrie pour remplacer la machine à vapeur» et on nous dit déjà que le marxisme se désagrège. On ne parle maintenant que de la dissolution du marxisme. On démontre, de tous les côtés, que les événements récents contredisent le socialisme scientifique. C'est le tour du* socialisme d'Etat, ou du socialisme réformiste, sorte de compromis, où le socialisme transgresse avec le libéralisme. C'est parce que l'application des courants électriques permet de décentraliser la production, de retransporter le travail au sein de la famille, que la propriété prend la forme de société d'actionnaires et se morcelle.

Ce ne sont pas seulement les découvertes scientifiques et pratiques qui déjouent les constructions théoriques les plus ingénieuses sur la société, mais encore les événements de l'intégration politique et économique. La théorie du libre éckangCy par exemple, est une conception si fragile que son sort dépend, en Angleterre même, de quelques simples faits extérieurs. Selon qu'il y a des pays, comme l'Allemagne et les Etats-Unis, où l'industrie prospère ou non, le libre échange est ou non une théorie vraie en Angleterre. Il est une vérité seulement jusqu'au jour où la concurrence américaine ou allemande en démontre la fausseté. Aussi, voyons-nous, de nos jours, que cette vérité vacille et n'est plus loin de se trouver fausse, puisque les pays du continent sont devenus industriels.

Ces progrès, tant scientifiques que politiques, qui constituent autant de révolutions sociales, font que tout équilibre d'une forme sociale, à un moment donné, doive être renversé, bouleversé le moment d'après. Dans ces conditions, tout devient provisoire et imprévu. Ce qui était vrai hier ne l'est plus complètement aujourd'hui, et demain ne le sera plus du tout. Chaque moment d'intégration sociale détruit l'équilibre atteint, introduit l'anarchie dans l'ensemble, rend la prévisibilité impossible, entretient et exalte l'irrégularité et Tanomie sociale. A cet égard, même la sociologie positive a dû reconnaître qu'entre des

changements successifs de la Société il n'y a pas de lien causal. (( L'état antécédant ne produit pas le conséquent. » Aussi, dans ces conditions, toute prévision est-elle impossible (i). C'est là la source inépuisable de la contingence sociale.

Et, en effet, imagine-t-On ce qu'aurait pu être la science économique et sociale du temps du système économique de la maison ou même de la ville de l'antiquité greco-romaine, ou du Moyen Age. A supposer qu'à ce moment là il y eût eu des sociologues positivistes, du socialisme scientifique, des économistes scrupuleux, ils n'eussent pas manqué, à l'exemple des savants contemporains, de croire faire de la science exacte et définitive et de découvrir des lois sociales et économiques naturelles» immuables comme celle de la physique, etc... C'est avec raison que M. Ott a objecté aux économistes qu'ils ont trop voulu pouvoir regarderies choses sub specie œternitaiis, et qu'ils ont, par suite, une tendance à considérer l'état actuel comme définitif dans ses principes essentiels (a).

Les économistes du Moyen Age auraient pensé, sans doute, comme on le pense encore aujourd'hui, que s'ils n'ont pas découvert les principes scientifiques de la plus-value, de la concentration des capitaux, et de l'accroissement dû prolétariat, résultant de l'introduction des machines dans les fabriques, c'est faute d'études objectives nombreuses et prolongées. Si dans le régime de l'économie des villes du Moyen Age (Stadtwrirtschafl) il n'avaient pas découvert la loi du libre échange, ils eussent été en droit de croire, comme on le pense de nos jours, que c'est parce que la science économique est encore de trop récente date,

(1) Ainsi, d'après M. Schmoller, c si les lois sociales ne sont pas des lois exactes elles sont, cependant, des formules valables dans une forme de clvilisaiina déterminée, pour certaines classes déterminées. » Ce qu'on donne pour des lois économiques naturelles et par suite éternelles « reposent, dit M. Schmoller, sur la fiction d'une forme de culture immuable, b (Konrad Wôrterb., t. 7, p. 576). Rappelons ce qne M. Boutroux nous dit des lois psychologiques, même les plus générales, savoir € qu'elles sont relatives à une phase de Thumanlté. » {Contingence des lois de la nature^ p. 123).

(S) Op. du, pp. 34-35, 62-63.

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