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CHAPITRE PRElflER. — l'inTÉGRATION SOCIALE

A. L'idée de la vie sociale» s'intégrant progressivement pour aboutir à la société universelle, apparaît dès la Révolution française et surtout chez Condorcet.

Elle est reprise par Auguste Comte, qui arrive à confondre l'idée de la société avec celle de l'humanité, en reconnaissant pourtant que la vie sociale commence avec la famille, dans le clan, la tribu, qui sont des formes inférieures de la société. Comte concevait la société civilisée, et plus précisément la société occidentale, comme Tissue probable des forces sociales actuelles ; il s'était même proposé de propager cette idée de la société occidentale et dans son esprit elle avait déjà un commencement de réalisation.

Chez Herbert Spencer le processus de l'intégration sociale n'était qu'une simple application aux sociétés des principes généraux qu'il donnait à révolution universelle.

« L*opération par laquelle les petites tenures s'agrègent en ûefs, les fiefs en provinces, les provinces en royaumes, et les royaumes limitrophes en un seul empire, se complète par la destruction des lignes de démarcation primitives... Nous voyons dans les tendances des nations européennes à former des alliances plus ou moins durables, . . . dans le système, dont on prend aujourd'hui l'habitude, de soumettre les conflits internationaux à l'arbitrage des congrès, aussi bien que dans la suppression des barrières commerciales et les facilités de communication qui s'acax)issent, nous voyons les débuts d'une fédération européenne, c'est-à-dire d'une intégration beaucoup plus vaste que toutes cdles aujourd'hui existantes » (i).

Ce n'est qu'avec M. Gumplowicz que l'idée du processus social se pose d'une manière plus nette et prend conscience de son importance capitale pour la sociologie. Cet auteur le compare aux autres processus fondamentaux de la nature, auxquels il ne le

{i) Herbert Spbnckr, Premiers principes, Paris, Alcan, p. 28*. ^ '

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cède ni en rigueur ni en importance. Ce processus consiste précisén[ient en ce que la multiplicité des éléments sociaux, hétérogènes, au point de départ, hordes, tribus, etc., diminue au fur et à mesure que l'humanité se développe » (i). La réalité historique, dit M. Gumplowiez, nous montre une unification et une agglomération continuelle et croissante des groupes hétérogènes en sociétés toujours grandissantes à mesure qu'elles s'unifient et s'assimilent (a). Par suite, ce processus évolue d'une multiplicité de bandes et de groupes à des unités plus étendues embrassant un nombre toujours grandissant de groupes hétérogènes d'amalgames s'assimilant toujours davantage. Intimement ce processus se fait par la pénétration de deux ou plusieurs sociétés qui se conquièrent et s'exploitent les unes les autres, les plus fortes dominant les moins fortes (3).

Mais celui qui a conçu de la manière la plus précise l'idée du développement social dans ses traits essentiels, est sans doute M. Durkheim. D'après ce dernier, la source, u l'origine première de tout procès social doit être recherchée dans la constitution du milieu social » (4). Or, ce milieu même est soumis à la double loi « de V accroissement dans le volume, le nombre des individus, et dans la densité dynamique des sociétés » qui, a en rendant la vie sociale plus intense modifie profondément les conditions fondamentales de l'existence collective. Cette conception du milieu social, comme facteur déterminant de l'évolution collective est de la plus haute importance » (5). L'accroissement du volume social résulte d'un processus d'intégration des diverses sociétés voisines u qui fondent les unes dans les autres et s'unifient... Les cloisons qui séparent les diverses alvéoles de la vie

(1) La lutte des races, Paris, 1893, p. 158.

(2) Aperçu sociologique, Paris, 1901, pp. 4. 6.

(3) Précis de sociologie, Paris, 1896, p. 135.

(4) Règles de la méthode socioL, p. 138.

(5)ie>id., p. 143.

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