‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 34 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. — RAISONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — RAISONS GÉNÉRALES

ait plus analogie seulement, mais identité entre les catégories de l'une et de l'autre confondues » (i). C'est que pour M. Tarde, l'antithèse des deux logiques paraît bien être provisoire, effet d'une crise propre au développement social.

Mais la contradiction devient aiguë et frappante dans le système de M. Tarde, en ce qui concerne la différence établie entre le psychique et le social. En effet, qu'est-ce qu'un fait social, selon M. Tarde? un fait psychique individuel, projeté à l'extérieur, et de la sorte objectivé, puisqu'il est reproduit dans une généralité quelconque (a). Mais, à son tour, le fait psychique, qu*est-il ? un fait social devenu intérieur, assimilé, car « si les choses sociales commencent par être extérieures, à chaque nouveau venu, elles entrent réellement en lui, à mesure qu'il s'y incorpore et finissent par être ce qu'il y a de plus intime et de plus propre » (3).

En d'autres termes, la différence entre le social et le psychique est de telle nature que le social est du psychique extériorisé, et le psychique, du social intériorisé.

De quel droit dire alors, avec Stuart Mill, que le psychique est la base du social ? Bien plus, M. Tarde fera un pas encore plus décisif vers la théorie de Comte, lorsqu'il dira que u la sociologie est le microscope solaire de la psychologie », et que « les catégories individuelles apparaissent de plus en plus comme étant elles-mêmes sociales au premier degré » (4). N'est-ce pas là admettre, en d'autres termes, la thèse chère à Comte que l'histoire et la société sont l'appareil qui agrandit les phénomènes de l'esprit humain pour en rendre plus accessible l'étude détaillée, et que le développement individuel reproduit le développement social P La sociologie de M. Tarde, en tant qu'elle s'oriente dans

(1) Logique locto/e, p. 79.

(S) Etudes de ptychol. sociale^ p. 47.

(3| Ibtd., p. 73.

(4) LaRéatité sociale, Rev. Philos.. 1901, p. 477.

1 18 LIVRE n. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

le sens de Stuart Mill, tombe dans des contradictions insurmontables, dont elle ne peut sortir qu'en identifiant avec Comte le psychique avec le social. Aussi, la sociologie de M. Tarde ne fera-t-elle qu'évoluer nécessairement vers cette inter-psychologie, où les points de vue individuel et social se pénètrent de la façon la plus heureuse. C'est peut-être sur le terrain de cette psychologie inter-individuelle que l'identité des deux sciences, enœre iistinctes, sera accomplie.

Tel est encore le cas de M. Espinas, bien que sa conception de la sociologie soit différente de celle de M. Tarde. M. Espinas n'est pas du tout partisan de la sociologie psychologique. Tout au plus accordera-t-il à celle-ci que « la psychologie prépare l'avènement de la sociologie » (i). Mais, si la psychologie précède et rend possible la sociologie, nous pourrions croire que les formes les plus élevées de la vie psychique fussent les éléments, et le point de départ de la sociologie. La conscience individuelle et la personnalité consciente seraient les facteurs initiaux de la conscience sociale.

Cependant, c'est précisément le contraire que nous affirme M. Espinas. A son avis, l'apparition des fonctions psychiques supérieures n'est plus concevable en dehors de la société. Il en est ainsi de tous les phénomènes psychiques, qui dépassent la perception. Bien plus, la conscience individuelle non seulement n'est pas la source de la conscience sociale, mais c'est plutôt la u conscience individuelle qui doit beaucoup à la conscience sociale ». Et il en est forcément ainsi puisque « c'est par le devenir de la conscience collective, au sein de laquelle toutes nosjor cultes proprement humaines sont écloseSf que s'expliquera le développement de l'esprit individuel » (2).

(1) Etre ùu ne pas être, ou du postulat de la sociologie, Rey. phit., 1901 (I) P.45Î.

(2) Jd., p. 4S3.

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