‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 5 sur 153 · CHAPITRE PROfIBR. ^ L'OfTÉORATION SOCULE 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PROfIBR. ^ L'OfTÉORATION SOCULE 5l

soni bien Texpression de ce mouvement social universel qui ne s'arrête pas d'ailleurs aux bornes de la nationalité. Le développement exige... Tunion des peuples dans une plus haute unité » ( I ).

Sidgwick envisage Tidée de Tintégration sociale sous son aspect juridique, celui de la législation internationale. Il exdut donc l'intégration violente et n'admet que l'intégration pacifique, l^fUative. Mais il reconnaît le faible de ce principe dans Tinférioritë dM lois internationales qui manquent de précision et de sanction» par rapport aux lois civiles qui en ont et qui sont Texpression d'une véritable et solide intégration sociale (a). De plus, la législation internationale aurait besoin d'un gouvernement commun des Etats et d'une cohésion plus grande entre eux. Aussi s'ensuit-il, nous dit l'auteur, que l'absence d'un organe régulier et qui décide avec autorité les points discutés, conduit à ce fait qu'il n'y a pas de limite précise entre ce qui est établi par les hommes d'Etat et ce que les juristes pensent qu'il faudrait établir (3). Cependant, l'auteur n'en reconnaît pas moins que par un progrès incessant, les lois internationales deviennent aussi cohérentes et définies que les lois civiles dont elles commencent à se rapprocher plus que des lois morales (4). Qu'est-ce à dire, sinon que le processus de l'intégration sociale se réalise et se définit de mieux en mieux.

3* Quant aux doctrines socialistes, nous ne nous y arrêtons que pour rappeler ce qui en est d'ailleurs assez connu. En attendant, écrit B. Malon, ÏUnion européenne et américaine d'abord, planétaire ensuite, des peuples, tous les penseurs progressistes

(I) De l'Btat, Iradoeiion françaiM. Parti. iSSt, p. SB.

(î) The ElemenU ofFoUties, Londoa, Macmillan, 1897, p. 288.

(3) llfid., p. 289.

(4) IHd.. p. 293.

s'accordent pour voir dans les Etats socialistes du proche avenir des républiques fédérées (i). Les mêmes idées résultent aussi du sôdalisme scientifique de Karl Marx. VlnternationcUej dont il fui rinitiateur et l'âme pendant dix ans, en est une preuve.

A cet égard, il ne faut pas oublier une des tentatives les plus caractéristiques de législation internationale que provoqua également le mouvement socialiste. C*est la législation internationale du travail dont les desiderata furent débattus et fixés dans la Conférence internationede ouvrière de Berlin en 1890, On peut assiu^ment voir dans cette tentative comme le commencement d'une intégration sociale européenne, dont l'avènement est probablement encore éloigné.

L'économie politique théorique s'étant développée en Allemagne plus qu'ailleurs, ces dernières années, nous devons examiner rétat où se trouve l'idée du processus social dans la littérature économique allemande. Le processus du développement social, vu sous son aspect économique, se présente en effet sous des traits beaucoup plus arrêtés que sous sa forme purement sociale. D'abord M. Adolphe Wagner, observant une méthode plutôt psychologique, déductive, envisage les phénomènes économiques seulement dans leur état actuel et futur. Gonséquemment, l'objet de ses études c'est l'économie sociale nationale actuelle, ou bien ce qui devient très significatif pour nous, l'économie mondiale (Weltwirtschaft). D'après le Prof. Wagner, les phénomènes économiques sont plutôt internationaux, les relations économiques englobent déjà le monde entier dans leurs réseaux. Tout au moins on a bien le sentiment que l'économie politique tend à élargir

<1) Le Socialisme intégral, t. I, p. 396.

GHAPimE PREMIER. — l'iNTÉGRATION SOCIALE 53

son point de vue et au lieu de la science de la Volkswirtschqfi elle devient réellement celle de la Weltwirtschaft (i).

Gomme complément de Téconomie politique de Wagner se présente celle de M. SchmoUer. Lui, ayant pris la \oie inductive et spécialement historique, était plus à même de découvrir le processus du développement économique dans ses traits les plus vrais.

M. G. Schmoller voit dans l'économie de la famiUe, dans celle de l'état ou d'autres institutions et communautés économiques, autant de phases ou de formes d'un seul processus (a). Plus exactement les différentes formes de ce processus, qui d'ailleurs ne font que reproduire l'extension des groupes sociaux où elles se manifestent, sont, d'après cet auteur, l'économie du village, l'économie seigneuriale, l'économie de la ville et l'économie territoriale nationale. Le développement historique de la vie économique est passé par ces quatre formes. La phase économique de l'économie du village eut comme origine la Mark germanique, le Mir russe, ou toute autre unité sociale primitive correspondante, fixée sur un terrain bien délimité. Or, vers le milieu du Moyen Age, les villages commencent à se développer et le processus de l'histoire rendit nécessaire l'apparition des familles aristocratiques des évéques, des princes, possesseurs de gros domaines (3). Ceux-ci ne tardèrent pas à englober les villages dans des unités sociales supérieures, les petites provinces, et la vie économique prit nécessairement la forme de l'économie territoriale seigneuriale. Avec le développement des villes et l'échange des produits entre ces villes et les villages, apparut la seconde phase de la vie économique, l'économie des villes, qui formèrent, avec leurs alentours territoriaux, une unité indépendante, fermée (4). Plus

(1) Voir Wàonbb, Lekr^und Bandlmek der polUischen Oeeonomie, Lei|>zlg, I89t, pp. SO-368.

(S) Grundria der allgemeine VolktvHrtschaft. p. 317.

(3) Ibid., p 8W.

(4) iWrf., p. 194.

5& UYEB I. — LE PROCESSUS DU DéVELOPPEMEKT SOCIAL

tard, vers la fin du Moyen Age, s'opéra la dissolution de ces unités politiques et économiques en une nation territoriale, cmtra- Usée et forte. Ce fut Foeuvre du despotisme. Aussi, la vie économique prit-elle une nouvelle forme, proprement connue sous le nom de Volkswirtschafl (i). C*est l'économie nationale, imité économique autonome, renfermée en elle-même, dont la conception mercaniiliste semble avoir saisi l'essentiel. Cette phase dura, d'après SchmoUer, de 1788 jusqu'à vers i84o ; interrompue à cette époque, jusque vers 1876, elle parait revenir. Et maintenant, dit cet auteur, « commence une quatrième nouvelle époque, l'économie mondiale, qui entraîne plus fortement les économies nationales séparées » (a).

La théorie économique, où les deux méthodes et les deux doctrines de Wagner et deSchmoUer se synthétisent, d'une façon très harmonieuse et heureuse, pour aboutir & une théorie vraiment scientifique de l'économie sociale, est présentée par M. K. Bûcher.

Cet auteur distingue dans le processus historique delaproduo tion et de la distribution économique trois stades : l'économie familiale (Hauswirtschaft), l'économie des villes (Stadtwirtschaft), et enfin l'économie sociale ou nationale (Volksvrirschaft) (3). L'économie de la famille fermée (Geschlossene Hauswirtschaft), qui a été le système économique des anciens, du monde greco-romain jusqu'au milieu du Moyen Age, se caractérise en ce que le processus de la production, dans son entier, s'accomplit dans le cercle fermé de la maison. Ce système excluait donc le commerce. La division du travail se faisait à l'intérieur de la maison, entre les personnes qui formaient la famille, et retentissait sur la structure de la famille, telle qu'elle était donnée par la nature, le droit, les mœurs.

(1) Grundrùs der allgemeine VolksvHrttsehaft, p. «6-300.

(2) Ibid., p. 299.

(3) Op. eit.

GHAPITBB nUBUBR. — L*I!IT£gRAT101V SOCIALE 55

A. la cbute de l'ancien système social un noureau se dessina, yen le milieu du Moyen Age, et le système économique respectif ne manqua pas de s'évanouir ; c'est Tépoque de l'économie des villes ( I ). Dans ce nouveau système l'économie de la maison donna lieu à réchange direct entre les familles productrices. Toutes les maisons étaient comme artisans les unes des autres. Chaque famille perd une partie de son indépendance ; elle n'est plus en état de produire eUe-mème l'ensemble des objets qui lui sont nécessaires et, pour compléter ce qui lui manque, elle doit faire appel à la production des autres maisons (p. 43). Chaque ville forme, avec ses environs, une unité économique autonome, dans laquelle la circulation de la vie économique se pratiquait d'après quelques normes précises, indépendantes. A son tour l'économie de la ville fut remplacée par l'économie du peuple. Cette dernière est le pas le plus remarquable de l'intégration économique* BUcher la considère comme le fruit de la centralisation politique^ qui, à la fin du Moyen Age, commença avec la formation des Etats territoriaux et se réalisa avec l'apparition des Etats unitaires. La connexion économique des forces va de pair avec la connexion des intérêts politiques locaux, en face des fins plus hautes de la communauté (p. 67). Chaque lambeau de pays, chaque groupe du peuple doit prendre pour soi, dans le service du tout, précisément la tâche qu'il peut remplir le mieux (p. 69). C'est ce qu'ont merveilleusement compris les économistes, lorsqu'ils disent que c'est là un des fruits de l'activité de l'Etat (p. 73). Bien plus, cette évolution est l'oeuvre de l'absolutisme. Aussi, d'après M. Bûcher, tous les grands hommes d'Etat : Cromwell, Colbert, Bismarck, Cavour, ont contribué à réaliser cette évolution (p. 75). Cette forme de la vie économique, comme les Cormes précédentes, n'a pas moins manifesté la tendance & s'enfermer dans des imités autonomes, les nations. Ainsi naquit le sys-

tenue économiqae du mercantilisme ; ce n'est pas par hasard que LouYois» Taùteur du système des frontières fortifiées, fut le contemporain de Golbert (p. 76). Or rien n'indique, selon M. Bûcher» que le processus de Tîntégration économique s'arrête là: une chose est sûre, c'est qu'elle se continuera parallèlement avec l'intégration politique.

Il faut lyouter aux noms très connus de ces économistes ceux de MM. Dietzel et Sombart, qui sont aussi célèbres. Mais dans leurs écrits (i) on retrouve le processus économique, dans ses lignes générales, considéré d'une façon plus ou moins analogue a cMe dont MM. Schmoller et Bûcher eux-mêmes l'avaient décrit.

L'hypothèse d'un processus de développement social intégral se retrouve ainsi confirmée, de diverses manières, dans les difiPérentes conceptions sociologiques, politiques, pratiques et économiques. Il est sûr qu'une analyse laborieuse et consciencieuse de l'histoire connue pourrait vérifier l'hypothèse de ce processus social. Mommsen, qui a tenté quelque chose de pareil sur l'histoire de Rome, n'a pas manqué de découvrir le principe de l'intégration sociale, qu'il constate et consacre dans ces termes: « L*histoire d'une nation offre le phénomène d'un vaste synœcisme. La Rome primitive c'est une cité due à une triple fusion, les incorporations de même nature ne cessent que quand l'Etat romain est arrivé à sa consolidation complète » (a). « La centralisation s'opère par la fusion de plusieurs petites sociétés dans une cité plus grande » (3). A examiner uniquement la réalité historique, où nous vivons présentement, ainsi que les événements du dernier siècle, qui ne s'apercevrait que ce que M<imm-

(i) DiKTXKLi Théorètiscke social' Oekohomiè ; Sombart, Dos moderne KapitalUmus.

(2) Hist. de Rome, trad. Alexandre, t. 1, p. SIS.

(3)/rfem, p. 138. •'• : J

GiBtàprraE PREliiER. — l'intégratiôh sogule 57

sen ôonstatait, pour l'ancienne société romaine, s'accomplît mÂmë de nos jours, sous nos yeux. Le processus de Tinfégration sociale/ soUsla couleur spéciale du principe des nationalités, a rempli l'histoire du XIX* siècle. Les fruits mûris de ce processus sont déjà l'Italie et l'Allemagne intégrées ( i ).

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