‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 50 sur 153 · CHAPITRE '«. — GONMTiOlllS OE L^APPABITIOlf DE LA GONBGIENGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE '«. — GONMTiOlllS OE L^APPABITIOlf DE LA GONBGIENGE

l'esprit apparaît en même temps que la vie (c'est ropinioB de RiMnanes et, après lui, de Baldwio), ils ont pu confondre le développement de la conscience avec le développement de la vie proprement dite, et ne plus faire de distinction entre la vie et la vie oonsdente. Cette thèse est si peu soutenable que M. Baldwin ne manquera pas d'ajouter que u la vie est une variation extraordinaire de la nature, surtout alors qu'elle est le véhicule de Tes^ prit )) (i). N'est-ce pas une preuve que la vie, en elle-même, et dans la généralité des cas, est aussi étrangère à l'esprit que la matière ijiorganique P

Cepeadantf les psychologues mêmes ne sont pas d'accord entre eux. Ainsi, Romanes considère la contractilité des tissus, qui permet l'adaptation, comme l'extérieur de l'esprit et l'indice de la conscience. M. Baldwin ne pense pas comme Spencer, Bain et Romanes que les adaptations opérées par l'individu réussissent k expliquer la conscience. A son avis, ce sont les habitudes ancestrales, dont l'individu a hérité, qui doivent être contrariées pour que la conscience surgisse.

Les psychologues ne font aucune différence entre l'adaptation au milieu physique et l'adaptation au milieu social. La conscience, pour eux, est indifféremmenl le produit de l'une ou de l'autre. Or, l'origine de la conscience, sinon son développement, ne saurait plus être attribuée à des influences exercées par le milieu physique. En effet, nous avons établi que le milieu cosmique est, pour ainsi dire, constant, invariable. D'autre part, nous avons établi aussi que la constitution organique de l'homme est précisément le résultat de l'adaptation à ce milieu. L'adaptation, une fois faite et consolidée dans des habitudes désormais invariables, il ne saurait plus être question d'adaptations nouvelles ; ce milieu ne change plus. Désormais, la stabilité est par-

ti) Le développement mental chex l'enfant et dans la race, trad. frtnçatoe, Paris, 1897. p. m.

1 48 ' LIVRE n. — RAPPORTS ENTRE Lk PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

tout, dans la nature et dans Thomme adapté. Si on constate encore des adaptations, des changements» ils ne peuvent venir que du milieu social; or nous avons établi que c'est lui qui, par sa variabilité et par la lutte pour la vie qu*il développe, nécessite l'adaptation'. Désormais, on ne saurait chercher d'explication à la conscience que dans ces adaptations aux conditions sociales. La conscience ne peut être le produit que du milieu social, exclusivement. Cependant, les formes inférieures de la vie, non encore adaptées au milieu physique, au moment où elles s'adaptent aux conditions physiques, ne manifestent pas de phéno* mènes de conscience. Car, pour attribuer la conscience aux mouvements physiologiques des êtres inférieurs, suffît-il qu'ils rappellent ceux qui sont réellement accompagnés de conscience chez l'homme P Ce serait,nous embarrasser d'un terme inutile que de donner à ces phénomènes inférieurs le nom de conscience cellulaire, sub-conscience, etc.

D'autre part, nous ne voyons pas comment le simple contact avec le milieu cosmique pourrait faire de nous des êtres conscients, et' surtout conscients de nous-mêmes. Nous ne pouvons retrouver dans ce milieu notre propre image, encore moins la complexité et la variabilité des phénomènes qui sont les conditions indispensables de la conscience. Il est vrai, cependant, qu'entre la variabilité du milieu social et celle du milieu physique, il n'y a, d'une part, qu'une différence de degré, mais, d'autre part, il y a une différence de nature qui consiste en ce que» dans le milieu humain, qui est à proprement parler le milieu social, nous sommes en rapport avec des êtres qui nous ressemblent, tandis que, dans le milieu physique, nous sommes en face de phénomènes qui nous sont complètement étrangers.

Nous n'insistons pas ici sur ce dernier aspect de la question ; nous l'examinerons ultérieurement. Pour le moment insistons seulement sur cette différence de degré entre la variabilité des deux milieux.

Page 1