‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 52 sur 153 · CHAPITRE n. — COiœiTIONS DB i'aP^AMTIOW DB LA CONSCIENCE ï5î · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — COiœiTIONS DB i'aP^AMTIOW DB LA CONSCIENCE ï5î

n*est pas la condition du lien social, il en est forcément Teffet. Cela n'empêche pas que le psychique, d'abord résultat de la vie sociale, soit devenu ensuite cause de sa cause, chose parfaitement mielligible ; effet du lien social, il continue à remjdacer ce lien et à s'identifier avec lui, alors que la communauté biologique se dissout. Par conséquent, s'il y a un rapport étroit entre le psychique et la société, c'est parce que le psychique dérive des rapports sociaux ; c'est parce qu'il est provoqué par ceux ci. (( L*individualité capable de réfléchir sur elle-même vit dans une société dé}à développée et par cette société même » (i).

Cette thèse serait confirmée par M. Espinas qui, nous l'avons déjà vu, ne peut concevoir le développement de l'être réfléchi que comme un produit de la société. De même M. Durkheim dit clairement que la vie collective n'est pas née de la vie indivi* duelle, mais que c'est, au contraire, la seconde qui est née de la

première. « L'individualité personnelle s'élabore au sein d'un

milieu social préexistant, elle en porte nécessairement la marque » (a). On comprend alors que les sociétés animales, humbles et incohérentes, n'aient pas pu déterminer chez les animaux une conscience forte, un esprit vigoureux et réfléchi. Cette parfaite concordance entre le développement social et le développement psychique nous parait confirmer suffisamment la thèse que d'autres voies aussi rendaient déjà fort acceptable.

Comment ce lien causal, incontestable, entre la conscience et le social, peut-il s'établir en faitP En face des choses de la Bature, l'homme ou l'animal se trouvent devant des amis ou des ennemis immobilisés. Ils n'ont qu'à les éviter pour échapper à leurs influences nocives. Ils ne se hasarderont pas à passer \m fleuverott ils pourraient se noyer, ou à se laisser tonaber au fond

(i) Mkrwl Bnmte. La Morale au point de eue eoeiolwque, Rmme hitemaê. de Soc. IS96, p. S9S.

fl^ J» ta^ dIMMofKffi' rr<u?tf«l MN»<(r(, p. 310.

1 5a LIVRE n. — RAPPORTS ENTRE LA. PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

d*un précipice. Les gestes de défense contre ces périls sont très simples et négatifs. Il ne leur est guère plus difficile ni plus compliqué de profiter des influences qui leur sont favorables, ou d'atteindre les biens de la nature. Les fruits des arbres et les plantes nutritives, autant que les animaux, dont on doit tirer la subsistance, tout cela peut être pris sans efforts compliqués et systématiques. La nature ne nous dispute pas trop ses avantages, les arbres ne s'opposent pas à ce que nous cueillions leurs fruits.

En face de ces premières nécessités, soumis à ces influences, rhomme ne se trouve pas encore dans les conditions difficiles, qui déterminent l'apparition de la conscience.

11 en est autrement lorsque l'homme ou l'animal ne se trouve plus isolé, ou presque, en face de la nature, mais placé au sein d'un groupe social, qui s'accroît, et en concurrence avec les semblables de son groupe et avec des groupes étrangers. Cette fois les ennemis, qui sont des êtres vivants, ne peuvent pas être évités passivement. Tandis que l'opposition de la nature n'est pas inévitable, les oppositions de nos semblables, si elles se transforment en poursuites, ne peuvent plus être évitées. Les choses qui nous sont hostiles dans le monde physique, immobile, ne sont jamais que des obstacles ; on tourne l'obstacle. Ce qui est hostile dans le monde social vous fait la chasse ; ce qui nous fait obstacle nous résiste activement, nous attaque ; l'opposition devient une lutte. Si la lutte finit, l'homme, lorsqu'il ne tue pas son semblable, se l'asservit. Par là, la lutte s'étend, se prolonge et devient méthodique. Le vaincu sera gêné et ébranlé continuellement dans son existence. Cette gêne et ce conflit brutal, cette opposition continuelle, poursuivie et extérieure, à cause même de son prolongement et de sa complication systématique, commence à s'intérioriser.

Tous les conflits sur un objet quelconque prennent la forme d'une opposition, d'une dualité inévitable, dont on ne peut sortir

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