‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 54 sur 153 · CHAPITRE n. — GO!ll>inOK9 DE i.*A.FPAIIfn05r DC LA CONSCIEIVCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — GO!ll>inOK9 DE i.*A.FPAIIfn05r DC LA CONSCIEIVCE

Il est vrai qu'âne fois la conscience formée, les phénomènes de la natare commencent k attirer notre attention, malgré leur peu de Tariété et d*opposition. La preuve qu'il en est bien ainsi, c'est que la beauté de la nature n*a été reconnue que très tardivement, lorsque la conscience a été assez avancée et affinée.

Toutes ces conditions de la conscience, et, par suite, de l'esprit, ne sont que les conséquences immédiates de cet aspect général du processus de Tintégration sociale : la différenciation intérieure des sociétés, au fur et à mesure que s'accomplit Tintégration sociale.

Ainsi, cette « loi générale constitutive de Fesprit n : la différenciation des impressions nécessaire à l'éveil de la conscience, se trouve être le pendant de cette autre loi également générale constitutive de la société : la différenciation sociale.

Le progrès des sociétés consiste dans la différenciation de plus en plus profonde des individus, dans l'individualisme, nous dit M. Bougie. Or, qu'est-ce que l'individualisme? sinon l'éveil d'une conscience individuelle, vigoureuse et étendue, qui a précisément pour conditions stimulatrices celles-là mêmes qu'engendre la différenciation sociale ; il est donc évident que la loi de la différenciation psychique — la faculté de discrimination — est le résultat et le pendant du processus de la différenciation sociale. La conscience et la société, confondues à ce point de vue, sont régies par la même loi.

S W. — L'AcrnaTÉ stuthétique oïj totalisa tmoe

nie LA GON9CIE1VCE

Si la iJKirérendation et la multiplicité des états d'âme sont né^ cessaires' pour stimuler l'apparition de la conscience, encore faut*il remarquer que celle-ci n'apparaîtrait jamais si ces états d*âme étaient absolument hétérogènes, disparates et incompali-

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bles. D'ailleurs, ces conditions, que nous venons d'examiner, sont encore un peu extérieures : elles ne nous donnent pas ce qu'il y a de plus intime dans la conscience. Elles constituent seulement un aspect de l'activité de l'esprit. Afîn de saisir la réalité complète de notre conscience, il faut déterminer l'aspect complémentaire. Les phénomènes de la vie ne sont accompagnés de conscience que, lorsqu'à côté d'une hétérogénéité et d'une diversité profondes, ils présentent aussi, par un autre côté, une homogénéité et une unité aussi profondes.

l' L'état de la question en psychologie. — On doit caractériser la conscience, d'après Hôffding, par « une unité qui n'exclut pas la diversité et la multiplicité ; ou, inversement, par une multiplicité qui n'exclut pas l'unité... La faculté de saisir simultanément un ensemble composé de parties diverses suppose que l'unité et la diversité ont toutes deux leur valeur » (i). Bain conçoit et caractérise la conscience de même. Pour lui, la ressemblance des phénomènes éveille la conscience, au même titre que leur difTérence : « Nous prenons toujours, dit-il, le mol ressemblance dans l'acception qui lui a déjà été donnée, similarité dans la diversité ». u Les deux grandes relations fondamentales sont la difTérence et la ressemblance » (a).

Aux yeux de Wundt, la connexion interne, la continuité et la liaison des états sont la condition de la conscience. Plus précisément encore : u La conscience avec ses états multiples et cependant unis étroitement est. pour notre conception interne, une unité, analogue à celle qu'est l'organisme corporel pour notre conception externe ». Mais, qu'est-ce que cette continuité de la conscience P « C'est la formation des liaisons entre les représentations )) ou u un groupe penûanent de représentations. » Et lorsque k le groupe permanent de représentations est envisagé

li)Op. cit. p. 61.

■(î)Qp. cit. pp. 535-550.

GHAPlTaE n. — CONDITIONS DE l'aPPARITION DE LA CONSCIENCE 107

comme dépendant immédiatement ou média tement de notre volonté, nous donnerons à ce groupe le nom de conscience de soimême » (i). Cependant, le mystère de ces liaisons ou groupements permanents de représentations repose, en dernière analyse, sur l'association qui, d'après Wundt u est la base fondamentale la plus essentielle du phénomène de Tunification r> (a). Mais Wundt trouve, pour sa part, « qu'il y a une condition sans laquelle ni une association de représentations, ni la conception de cette association, en qualité de processus interne, ne seraient perceptibles pour nous. Cette condition est Yaperception que nous sentons immédiatement comme une activité interne et par laquelle nous transmettons alors le caractère de l'activité interne au contenu de ce qui est aperçu. En cela, Taperception est en même temps la fonction constante qui, au milieu de l'alternance des représentations, est sentie par nous comme concordante »« (( La caractéristique ultime, irréductible, et finalement, la seule est l'activité unissante de l'aperception » (3).

Dans le même sens, M. Ribot dit que u le moi est une coordination. Il oscille entre ces points extrêmes où il cesse d'être : l'unité pure, l'incoordination ». Ou. plus précisément, « l'unité du moi, c'est la cohésion pendant un temps donné d'un certain nombre d'états de conscience » (4). M. Pierre Janet, pour sa part, trouve que « l'activité de la conscience, si nous cherchons à nous représenter sa nature, est avant tout une activité de synthèse, qui réunit des phénomènes donnés, plus ou moins nombreux, en un phénomène nouveau, différent des éléments » (5). Même les formes morbides de la conscience présentent ce caractère d'activité synthétique, et c'est bien cette propriété essentielle de la conscience qui se trouve à la base de ce que M. Janet appelle

(1) Op. du t. U. pp. 245-246.

(2) Ibidem, p. 343.

{Z)Op.cU.yp. 344.

(4) Maladies de la Pertonnalité. p. 170.

(5) L'automatisme psychologique. Paris 1899, p. 483.

1 56 LIYBE U. — RAPPORTS ElITRE LA. PSYCHOLOGIE ET LA SOCiOIiOGIE

« raujtoinatisme psychologique^ » La conscience^ coodui^l, est donc biea, par eUe-mème, dès ses débuts, une activité de synthèse^i).

D'après WiUiam James, ce qu'il y a « d'essentiel à tout être pensant c'est cette manière de réunir des choses dans l'objet d'un seul jugement ». Pour James, l'identité personndlc, le processus interne, n'est cependant pas cette forme synthétique tout simplement, mais u c'est le sens d'une certaine res«^Bblanoe perçue par la pensée dans les choses, car l'identité personnelle, c'est la ressemblance personnelle personal sameness ».

D'autre part, la façon dont le psychologue américain explique la liaison synthétique des idées se rapproche beaucoup de celle de Wundt. « U n'y a pas, dit-il, plusieurs coexistences d'idées ; la notion de pareille dtkose est une chimère. QudUes que soient les choses pensées, reliées entre elles, elles sont pensées.... dans une unité, dans une seule pulsation de subjectivité, dans un seul sentiment ou état d'âme (a). » « Dans chaque conscience personnelle, la pensée est sensiblement continue. C'est un courant, un flot de pensées » (3). Mais de quelle mani^, enfin, arrive-tr-on à concevoir cette unité de la pensée, ce flot P Selon James, la conscience n'est qu'une succession de pensées périssables, mais diargées de la fonction de s'approprier ou de rejeter les nouvelles données.

L'appropriation ou l'omission de nouveaux éléments se fait selon qu'ils sont adéquats ou non aux anciennes données périssables » (4). De quelle façon s'accomplit cette appropriation? « la pensée du dernier moment, dont se compose le moi, passe à la pensée du moment suivant, ce qu'elle appelle le sien. Ainsi les pensées successives doivent hériter les unes des autres »«

{i) Ibidem, p. tëi.

(2) Prineiples of Psychology, i" édition, t. I, p. 278.

(3) Ibidem^ pp. 237, 238.

(4) Ibïdem, p. 341.

ÇHAPITAE- U. — COHDITIOnS DE l'aPPARITION DE LA. CONSCIENCE ' 1 69

Qu'on ne demande pas la raison de cette hérédité curieuse, car, s'il doit y en avoir une, elle doit être dans le sens total du monde (i).

U y a, dans ces différentes manières d'envisager la question, deux éléments, qui sont communs ; racUvité synthétique du moi et La ressemblance. L'unité de la conscience, le moi» parait être tantôt un processus original synthétique, totalisateur, tantôt le résultat de la ressemblance des états d'Ame. Tandis que James insiste surtout sur la ressemblance, Wundt dérive cette même ressemblance de l'activité croissante de l'aperception.

C'est Hôffding qui accentue le plus l'activité synthétique : » (( En nous, dit-il, chaque élément de la conscience n'est pas isolé, mais ils sont tous dans une connexion plus ou moins étroite ».

Dans des termes encore plus précis, on nous dit que l'unité intime sans analogue dans la sphère de notre expérience, qui relie ses divers éléments est la manifestation typique de la conscience. Cette unité contient le germe de l'idée du moi. u La représentation du moi ne peut être conclue que de la nature et des conditions générales de la conscience », et cela parce n qu'elle se fonde sur une activité toujours continuée et répétée : sur l'activité synthétique que toute conscience suppose » (a).

Cependant, l'auteur est loin de tirer cette synthèse de l'association des états d'âme, qui se trouvent séparés réellement entre eux, car la synthèse consciente ne peut pas naître par la seule association des parties séparées. Hôffding introduit, par conséquent, lui aussi, l'élément de la ressemblance. En cela, il donne raison à Hume qui réclamait « un élément constant pour fonder la représentation du moi ». Pour Hôff^ding, « l'unité qui se révèle dans la connexion intime que forme la vie consciente, est

ii) Ibidem, p. isn.

(2) Op, Ht, p. 178.

l60 LIVRE II. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

par elle-même purement formelle. Elle est la condition de toute conscience ; mais chaque conscience individuelle a, en outre, une unité réelle. La forme de la conscience est commune à tout être conscient ; la nature particulière de l'individu consiste dans le contenu déterminé que Tunité formelle enserre. Ce contenu ne peut pas varier à chaque instant. Il faut qu'il y ait un ensemble fixe et dénominateur des sensations, représentations, dans et par lesquelles, Tindividu puisse se reconnaître n (i).

Gomme on l'a vu, Wundt et James ont mis également en évidence, quoique d'une façon moins explicite que Hôffding, ces deux éléments : l'activité synthétique et la ressemblance, qui s'appuient l'une sur l'autre, afin de composer l'harmonie de la conscience. Car, quand même l'activité synthétique du moi rapprocherait, par sa simple forme, les idées les plus disparates, la conscience ne serait pas pour cela réelle. De là la nécessité que les états d'âme, au moins quelques-uns, soient constamment semblables. Quel est le rapport effectif entre ces deux éléments, lequel des deux est plus fondamental ? Les psychologues ne se le demandent même pas. Ils n'établissent, parait-il, aucune liaison nécessaire entre ces deux éléments. Et, cependant, on aurait dû remarquer qu'on ne peut prendre connaissance de la similitude de deux choses, si ces choses ne sont pas rapprochées l'une de l'autre. C'est donc l'activité synthétique qui est l'élément essentiel de la conscience, car cette activité seule peut rapprocher les états d'âmes, afin qu'ils puissent être comparés. Ensuite, si la similitude des états est réelle, l'unité formelle du moi prend un contenu réel, elle devient effective et forte. Remarquons, en passant, que les éléments delà psychologie, même expérimentale, se trouvent confirmer pleinement la manière dont Kant avait conçu la nature de la conscience et de la raison. Kant caractérisait la conscience, en l'appelant synthèse, « puisque dans chaque état

(1) Ibidem, p. 179.

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