CHAPITRE II. — CONDITIONS DE l'aPPARITION DE LA CONSCIENCE l
au milieu cosmique s'est presque satisfaite des centres nerveux inférieurs ; elle n'en est que plus stable et plus sûre. Ce n'est que dans les espèce^ supérieures qu'il y a eu nécessité d'un organe central supérieur.
Mais, chez ces derniers, qu'est-ce qui a provoqué la création de ce nouvel organe P Est-ce toujours le milieu cosmique? Il ne nous semble pas, puisque ce monde est le même que pour les espèces inférieures. Mais pourquoi ne pas voir que l'encéphale semble être l'organe le plus récemment développé, et qu'il est développé surtout chez les espèces supérieures, lesquelles vivent dans des sociétés d'autant plus larges et cohérentes que les espèces sont plus élevées. On pourrait alors concevoir que l'homme ou l'animal des espèces supérieures a dû s'adapter, par surcroit, au milieu social, comme il s'était adapté au milieu cosmique. Il devient, ainsi, intelligible que le cerveau soit un organe surajouté, issu du développement anormal des derniers centres de la moelle épinière et provoqué précisément par la nécessité qu'a sentie l*homme de s'adapter aux conditions nouvelles que lui a faites le milieu social.
Il s'ensuit alors que le cerveau est un luxe, par rapport au milieu physique ; mais qu'il est un organe de première nécessité, par rapport au milieu social : « La vie sociale, a-t-on pu dire, est réductible à l'action du cerveau » (i). Il reste à voir, ensuite, si le milieu social présente ces traits caractéristiques de l'encéphale et de sa fonction, ceux-là mêmes que le milieu physique ne peut présenter.
Pas plus que la hiérarchie des organes ne peut expliquer l'activité synthétique de la conscience, elle ne peut pas non plus expliquer le second élément essentiel de la conscience ; les états psychiques semblables qui forment ce groupe permanent, base de la continuité du moi. Comme on l'a bien observé, il n'y a pas de
(1) Marcel Bernés, Programme d'un cours de sociologie. Revue Intem. 1895. p. 103.
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(( connexions organiques connues qui puissent faire comprendtie oomment deux idées semblables peuvent s*appeler Tune Tautre, par le seul fait de leur ressemblance » (i). En effet, nous ne voyons pas de quelle manière l'encéphale peut réunir en groupe les idées ou les impressions' d'après leur ressemblance. En outre, cette ressemblance, qui fait l'unité du contenu de la conscience individuelle, ne peut dériver non plus de l'unité ou de la continuité organique. A ce point de vue, la continuité de l'organisme n'a pas plus de valeur que l'unité de la température, ou de la pression atmosphérique. De même, on ne pourrait vivre psychiquement et garder l'unité de son moi, à une pression atmosphérique, égale à celle qu'il peut y avoir à une hauteur de So.ooo mètres.
On ne peut pas non plus conserver Tunité de la conscience à une température de 8o^ La nécessité de l'unité ou de la continuité organique, n'a donc pas plus de valeur, pour l'unité de la conscience, que l'unité de la température, ou de la pression atmosphérique. Qu'on observe, de plus, que l'unité organique ne fait, d'ailleurs, qu'exprimer cette uniformité du milieu cosmique, et qu'elle a pour base, précisément, cette unité et celte uniformité cosmique. Les ressemblances que présente le monde physique ne sont pas suffisantes, pour former le contenu de l'unité réelle du moi. Si, en effet, le milieu cosmique procure le groupe d'impressions constantes et permanentes, nécessaire à la continuité du moi, ces impressions sont toutes objectives, étrangères au moi. 11 ne peut pas s'y retrouver et s'y reconnaître.
Pour que l'unité organique puisse expliquer la continuité de la conscience, — quoiqu'elle en soit une base indispensable, car on ne pourrait pas concevoir une conscience cohérente dans un organisme dont l'équilibre est rompu, — il arrive que c'est l'unité logiqfue de la conscience qui contribue k maintenir l'équi-
(1) DoRKiiEiM. Représentation individuelle et représ, coUecHw; Revue de Mitaphysique, 1896. p. 281.