‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 57 sur 153 · CHAPITRE U. — CSOHIHTlOlfS DE L*APPARITION DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE U. — CSOHIHTlOlfS DE L*APPARITION DE LA CONSCIENCE

lîbte, l'unité organique. Il y a, toutefois, des cas où Tina^érence psydiique, loin de dériver d*un équilibre organique, peut, au contraire, jeter le désarroi dans cet équilibre. Une nouvelle, dont Tobjet est exceptionnellement réjouissant ou triste, si elle est reçue d'une façon complètement inattendue, peut déséquilibrer l'esprit par la folie d'abord, et, ensuite, rompre même la continuité organique. M. Alfred Binet, dans son livre sur la suggestif bilitéy montre que les expériences de suggestibilité hypnotique arrivent très souvent à détruire l'équilibre mental et à désagréger l'unité psychique. Or, pbysiologiquement parlant, il n'y a rien de dérangé par ces expériences. Le nombre des personnes qui ont perdu leur esprit, dans telle ou telle circonstance, est considérable. Des faits analogues arrivent sous nos yeux et ils ne sont pas rares. Qu'est-ce i dire, sinon que l'unité de la conscience détermine souvent l'unité organique, au lieu d'être ellemême déterminée par cette dernière.

Non seulement la continuité organique ne fournît pas l'expU* cation sufiELsante de l'unité de la conscience, mais encore si elle est portée i un terme supérieur, l'organisme étant dans un écpiilibre plus parfait, rend la conscience impossible. Ainsi l'unité de l'organisme, pour peu qu'elle soit plus avancée, est la négation même de la conscience. Et c'est M. Ribot, lui, qui tire la synthèse de la conscience du processus intégrateur organique, qui appelle notre attention sur l'antagonisme qui existe entre l'unité organique et la conscience. Il exprime cet antagonisme dans ces termes. L.a parfaite unité de conscience, lorsque tout converge physiquement et mentalement, exclut le sentiment de la personnalité. Par suite, le maximum d'organisation correspond au minimum de conscience. Il faut donc que l'équilibre soit un peu rompu pour que la conscience ait lieu ( i ).

D'accord avec ces faits, se trouve encore l'opinion récente que

Ci)itai4UiiM de la PermmnaUU, 1888, p. ITU.

l68 LIVRE II. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

la conscience, les analyses mentales sont nocives à la santé et entravent la vie biologique, que la vie proprement dite se comporte mieux lorsqu'elle n'est pas accompagnée de réflexion. Cette thèse, écho un peu lointain de la philosophie de Rousseau, n'est pas sans contenir une part de vérité. Elle est au moins une preuve indéniable que la pensée n'est pas inhérente à la vie ; qu'elle est d'abord un accident, par rapport à celle-ci, et le produit progressif d'une évolution ultérieure, supérieure à la vie.

Cette opposition entre la vie animale et la vie consciente se manifeste encore d'une autre manière. Précisément, ceux qui, comme M. Ribot, veulent expliquer le psychique par le physiologique, finissent précisément par le nier au lieu de l'expliquer. Ils en font une réalité épiphénoménale, c'est-à-dire illusoire, irréelle, une sorte de fantôme inutile, qui assiste vainement les processus physiologiques qu'elle a pour base. Telle est la thèse de Huxley soutenue même par M. Ribot et reprise récemment par M. le Dantec. Tous, ayant voulu expliquer le psychique par le physique, ont réduit à zéro la réalité effective phénoménale de la conscience. Pour eux, la conscience n'a aucune efficacité sur les choses, elle est un pur épiphénomène. N'est-ce pas là, enfin, une preuve décisive qu'à prétendre réduire la conscience au phénomène de la vie, on ne peut aboutir qu'à la nier efïectivementP

Il faut donc ou bien admettre une existence, une réalité originale à la conscience et accepter alors la thèse spiritualiste, ou bien nier tout simplement la conscience en se la représentant, sous l'image contradictoire, monstrueuse de V épiphénomène. Voilà le dilemme que M. Durkheim propose aux psychologues; les plus réservés d'entr'eux ne choisissent pas encore ; les plus hardis penchent visiblement vers le spiritualisme ou vers l'animisme.

Cependant, ceux mêmes qui n'ont guère de sympathie pour le

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