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CHAPITRE U — CONDITIONS DE L APPARITION DE LA CONSCIENCE I7I

monde social. Telle est aussi Topinion de M. F. Masci, lorsqu'il a dit que « Tidentité du type corporel ne suffit pas pour maintenir la conscience de Tunité personnelle. La mémoire et les facultés pratiques complètent Tidée de personnalité » (i). Ainsi, les postulats derniers de la psychologie contemporaine aboutissent fatalement au monde de la vie pratique, à l'exemple des principes supérieurs que l'analyse kantienne a découverts dans la raison.

Cependant, ni le spiritualisme de James, ni l'animisme de Wundtnesont en mesure de nous satisfaire, car il y a lieu de dire avec Hôflding : « Nous n'avons aucune raison de soutenir avec le spiritualisme moniste que l'existence spirituelle exprime l'essence la plus intime de l'être ». En effet, le spiritualisme de James est intenable, s'il ne lui donne pas une base expérimentale, après avoir constaté qu'il n'est pas réductible au physiologique. De même, l'animisme de Wundt, selon lequel le psychique crée le corps, est également inconsistant, car, le psychique étant lié au physiologique, comment pourrait-il préexister au corps .5 D*autre part, nous savons que Wundt attribue la conscience même aux formes les plus inférieures de la vie, même aux plantes (a).

11 nous est impossible de comprendre comment le psychique pourrait exister avant le corps. S'il a une autre source, ou une autre base que l'organique, il faudrait le dire, et dire quelle est cette autre source. A peine est-elle indiquée, dans le même sens, il est vrai, par ces deux psychologues ; tous les deux s'adressent au monde de la morale et de la finalité. Mais il n*y a rien d'explicite chez eux.

11 reste, après eux. à se demander si réellement ce ne devrait pas être dans le monde social qu'il faille chercher la base expé-

(1) Compte renda de la Bewte phUotophique 186B, (I), p. 579. (X) Op. cit. p. 620.

17a LIVRE U. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

rimentale de la conscience ; on ajouterait alors un troisième terme au dilemme posé par M. Durkheim (i). On pourrait dire ou bien que la conscience a une base physiologique, et alors elle se réduit à être un épiphénomène, ou bien qu'elle est un phénomène sut generis^ comme M. Durkheim parait le penser, mais il devient, par là, impossible de le penser sans l'identifier avec une réalité spirituelle proprement dite ; ou bien, enfin, la conscience est un phénomène social et on peut lui donner comme base la réalité expérimentale de la société. Dans ce dernier cas, la conscience devient très compréhensible ; elle cesse de rester un fantôme flottant dans le vide comme épiphénomène ou esprit. On pourrait la concevoir alors comme un phénomène social incarné, qui a dû s'inscrire dans l'organisme, se traduire dans le langage physiologique.

De cette seule façon l'animisme de Wundt, le spiritualisme de James peuvent se vérifier, car dire que le psychique préexiste au corps qu'il a créé ou modifié, c'est dire que la société préexiste à celui-ci, peut le modifier et y faire apparaître des organes nouveaux, ou développer exceptionnellement des organes existant déjà. Le parallélisme prudemment soutenu par Hôffding se trouve être le plus près de la réalité. Lorsqu'il dit que (( les domaines existent séparément dans notre expérience et qu'ils doivent se développer tous deux simultanément, chacun suivant ses lois » (2), il veut dire, simplement, que le social existe à côté du biologique, et qu'il peut emprunter les formes biologiques en se manifestant ainsi sous les deux formes en même temps ; l'une psychique, l'autre physiologique. C'est donc le social qui se trouve au fond de la vie psychique, par rapport à laquelle, selon Hôfiding, l'activité cérébrale qui lui correspond (3)

{i)Ari. cité.

(2) Op. cil, p. 81.

(3) La conscience qu'aie moi de lui-même n'est pas le résultat des activités cellulaires (Toir Carreaux: La Conscience p5ycAo(. et morale dans l'individu et l'histoire, passim.

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