CHAPITRE II, — CONDITIOÎfS DE l'aPPARITION DE LA CONSCIENCE
n'est que la force donnée sous laquelle' elle se manifeste à Tintuition sensible.
Mais, s'il faut revenir à ce dualisme, entre le physique et le social, comparable à celui de Descartes, encore faut-il examiner quelles sont les vraissemblances d'une thèse qui identifie le psychique au social. Il reste donc à nous poser cette autre question :
B) Les conditions de F unité de la conscience sont-elles sociales? On se demande si la réalité sociale présente un fait aussi essentiel, aussi général et d'une portée aussi fondamentale, que l'activité synthétique ou totalisatrice de la conscience, et qui soit profondément semblable à celle-ci. Comme il a été dit, dans la première, partie de ce travail, s'il y a une loi sociale, qui domine toute la vie des sociétés et sur laquelle tout le monde est d'accord, c'est bien la loi de Yintégration sociale. Conformément à cette loi, les sociétés particulières sont progressivement ouvertes les unes aux autres et attirées dans un courant intégrant, universel, central, au point qu'elles finissent par s'intégrer, en se synthétisant dans une société unique, universelle. On le voit donc bien, cette activité synthétique des sociétés semble être une contrepartie exacte de l'activité synthétique de la conscience. C'est au point que conscience et société paraissent régies par une seule et même loi : Y activité synthétique, intégrante, 11 y a plus, si le processus social, intégrant, provoque une dîfTércnciation sociale de plus en plus profonde, il a également comme conséquence une unification ou une assimilation sociale de plus en plus étendue. Cette conséquence immédiate du processus social totalisateur correspond ainsi au second élément de l'unité de la conscience, qui est la similitude, le groupement d'états psychiques permanents, caractère également dérivé de l'activité synthétique de la conscience. En un mot, de même que la conscience se manifeste, au dedans, par son activité synthétique, et par la ressemblance entre ses phénomènes, de même, au dehors, la vie
sociale est régie par le processus de Tintégration et de l'unification universelle.
U y a, par conséquent, entre les traits essentiels de la vie consciente et de la vie sociale un parallélisme bien plus profond et bien plus complet qu'entre l'unité organique du corps et l'unité de la conscience. Nous avons vu que le parallélisme psychophysique n'est pas une explication de la conscience, il nous faut chercher si le parallélisme socio-psychique ne fournirait pas la solution. Et, d'abord, peut-on déduire le processus synthétique de la conscience du processus social totalisateur ? L'un dérive-t-il réellement de l'autre, et de quelle manière ? Voici déjà des conditions générales, mais plus ou moins vagues. Nous y reviendrons ensuite. Ici, nous avons à montrer, seulement, qu'il n'est pas impossible de concevoir que ce qui constitue cette force de la conscience de concentrer en une connexion cohérente une multiplicité d'éléments psychiques hétérogènes mais solidaires, pourrait bien dépendre ou dériver de cette énergie sociale, primordiale, qu'ont les sociétés de se concentrer et de s'intégrer.
a). En effet, cette énergie qu'a la conscience de lier et de solidariser les éléments qu'elle contient et de les fondre ensemble, cette force de rapprocher des éléments hétérogènes, de les réunir et de les lier entre eux, nous semble être une émanation de la force sociale générale. Cette activité qui maintient ensemble les diverses sensations et représentations, et qui constitue l'unité formelle du moi, c'est bien, semble-t-il, la réalisation moléculaire du processus social intégrateur. Et, voici, à peu près, comment les choses se passent. Les petits cercles sociaux, d'abord clos, étant ensuite ouverts et intégrés dans une unité sociale plus large, se pénètrent, et leurs manières différentes d'agir et de penser sont mises en commun. L'esprit, plus simple et plus homogène, lorsqu'il est enfermé dans un cerle restreint, s'élargit et s'enrichit ensuite. Les manières de faire se compliquent en se