‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 68 sur 153 · CHAPITRE UI. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) I9I · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) I9I

que la mémoire est un ensemble d'idées associées. La mémoire, fonction mentale du souvenir, est, dit-on, le fait psychique fondamental. Par suite, elle est un corollaire de l'activité synthétique de la conscience comme on Ta dit également. James rappelle aussi que pour Mill le phénomène du moi et celui de la mémoire sont deux côtés d'un seul et même fait, deux manières différentes de le concevoir (i). C'est dire que la mémoire est une dérivation directe et immédiate de l'unité de la conscience. Il suffit de poser cela pour qu'on s'avise, aussitôt, d'une corrélation entre la mémoire et une fonction sociale quelconque d'une importance correspondante. Observons-nous cette corrélation ?

Tout le monde est d'accord pour distinguer, avec James, deux éléments principaux dans la mémoire :

i" La rétention du fait remémoré ;

3* La reconnaissance.

La mémoire est si bien un corollaire de l'unité de conscience qu'elle en reproduit fidèlement les traits essentiels. En effet, qu'est-ce que la rétention des faits remémorés, sinon cette faculté de saisir et de maintenir ensemble une multiplicité d'états psychiques, que nous avons appelée l'unité formelle du moi? Hôffding dit explicitement que : a le rôle de l'unité qui maintient et embrasse ensemble, une multipUcité, se manifeste clairement dans le souvenir » (a). Qu'est-ce ensuite que la reconnaissance ? sinon cette ressemblance, que nous avons reconnue indispensable, à Vurdté réelle du moi ? Pour reconnaître une chose, il faut trouver qu'elle a été une autre fois la même. Par suite nous devons voir dans le fonctionnement de la mémoire, toujours les deux aspects du moi : son unité formelle, qui est identique à la rétention et son unité réelle, identique à la reconnaissance. Retenons les conditions de fait de ces deux éléments du souvenir.

(1) Op. cit. t. II. pp. u\-^k&.

{t)0p. Ctf. p. 61.

1 9a LIVRE n. — RAPPORTS EU TRË LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

On distingue dans Tacte de la rétention deux faits qui sont de nature différente :

a). La plasticité nerveuse, base organique de la mémoire, et 6). L'association des idées.

Si. — La MÉMOIRE ORGANIQUE

Le souvenir n'est possible que lorsque les deux éléments de la rétention sont tous les deux réunis. Ce n'est pas assez de la plasticité organique du cerveau, qui relient, en effet, une trace précise d'une impression, pour que l'état d'âme revienne. La trace organique, laissée par une impression, ne constitue que partieUement l'acte du souvenir. Pour que le souvenir passe en acte, il faut une mise en branle, que peut produire seulement l'association des idées. Il va de soi que l'association des idées ne pourrait pas non plus, à elle seule, évoquer le souvenir d'une impression qui n'a jamais eu lieu. Ce serait même contradictoire. L'importance des facteurs organiques du souvenir est essentielle. Cependant, tout en lui reconnaissant ce caractère sine quâ non, nous devons observer que ce n'est pas à ce facteur organique de la mémoire qu'appartiendrait le dernier mot. Le rôle de l'association des idées nous parait si considérable dans l'acte du souvenir qu'à côté d'elle l'importance de la plasticité organique semble disparaître. La plasticité cérébrale est un fait universellement donné et, par suite, sous-entendu ; elle est cet élément qui est donné dans tous les cas, qu'ils soient suivis ou non du phénomène psychique du souvenir ; à nous en tenir seulement & une règle de logique élémentaire, ce facteur ne doit pas être pris en considération, lorsqu'on veut établir le lien causal du souvenir. Ou bien il peut être considéré comme partie intégrante de ce lien causal, mais on peut le passer sous silence, puisqu'il est sousentendu. De même la plasticité organique contient le souvenir,

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