‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 7 sur 153 · CHAPITRE n. — LE DéXERlUllISME SOCIAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — LE DéXERlUllISME SOCIAL

meot les modifications physiologiques que l'individu humain subit durant sa vie» mais encore, et surtout, les idées, les senti* ments qu'il acquiert, les modifications psychiques, de tout ordre, qu'il éprouve dans sa vie. Dans une étude très documentée, M. Ribot avait établi qu'en principe les phénomènes psychophysiologiques, du plus humble jusqu'au plus élevé, jusqu'à l'intelligence fine et subtile, qui constitue le génie, sont transmissibles (i). Presque en même temps, en Allemagne, le professeur Weissmann, dans une autre étude aussi logique et aussi documentée, soutenait une thèse essentiellement opposée (a). Les caractères acquis, physiologiques autant que psychiques, les transformations somatiques ne sont pas tcansmissibles.

Dans sa thèse, basée surtout sur les travaux de Herbert Spencer, M. Ribot est conduit à l'hérédité de phénomènes psychiques supérieurs, par la simple constatation que les formes inférieures de la vie psychique» les instincts, les tendances sont transmissibles. Cependant, c'est justement parce que les formes inférieures se transmettent que la transmission des formes supérieures devient impossible. La stabilité des espèces repose sur la transmissibilité des instincts. Que Ton imagine la transmission des variations acquises dans chaque génération, les espèces, dès lors, changeraient probablement à quelque génération, et l'hérédité des instincts et des formes inférieures, qui sont spécifiques, serait, par cela même, devenue impossible. De plus, l'argument le plus caractéristique, sur lequel M. Ribot s'appuie, est le suivant : l'hérédité est la loi indiscutable qui gouverne les phénomènes de la vie. Or, comme les phénomènes intellectuels sont des phénomènes de la vie, ils sont aussi transmissibles. 11 faut observer aussi d'abord qu'ils ne sont pas transmissibles autant que M. Ribot le conçoit; ils sont plutôt non transmissibles, ou tiansmissibles tout autrement que par l'hérédité physiologique.

(1) Voir VHirédité ptyehologiquet Parit, Alcan, 1S97, p. 67 et suiv. (S) V«lr E$$aù tur i^Uérédité, SchMcher, pasHm.

6o LIVRE I. — LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEMENT SOGIA.L

Ensuite, ces phénomènes intellectuels pourraient aussi être, non pas de simples phénomènes de la vie, mais bien plutôt dés phénomènes sociaux. Cela suffirait pour expliquer leur non-hérédité physiologique, et inversement leur non-hérédité n'indiqueraitelle pas, d'ores et déjà, qu'ils pourraient bien ne pas être des phénomènes biologiques P

Le professeur Weissmann a démontré, en effet, la non-hérédité des caractères acquis, en s'appuyant précisément sur l'idée même de la transmissibilité des instincts, des formes spécifiques, au moyen du phsme germinatij qui reste inaltéré. C'est parce que le plasme germinatif reste comme une sorte de noUmetangère, que les variations acquises sont non transmissibles. Seul le soma est altéré par les expériences de la vie individuelle ; mais, comme il meurt et se détruit, aucune des modifications qu'il subit ne saurait plus se transmettre. Malgré les faits et les documents nombreux, sur lesquels l'auteur s'appuie, il n'en reste pas moins qu'il y a une infinité de cas, qui infirment sa thèse.

De ces thèses extrêmes nous ne pouvons rien tirer pour la question que nous venons de poser. En effet, pour déterminer, si sommairement que ce soit, de quelle manière l'accroissement de la société en volume, en densité, et par suite en complexité et en instabilité, influence l'hérédité des caractères acquis, nous devons avoir recours aux thèses moyennes, qui sont aussi plus complètes. Il faut alors tenir compte de la thèse de M. Delage et de celle de M. Le Dantec, en France, de celles de M. 6. Adami et de M. W. P. Bail, autant que de celle de Galton en Angleterre. Elles admettent également l'hérédité et la non-hérédité des variations acquises et, qui plus est, elles précisent, autant que possible, les conditions externes, qui sont favorables à l'hérédité autant que celles qui lui sont hostiles.

Ainsi, M. Delage attribue un rôle prépondérant aux « conditions ambiantes » aux u circonstances actuelles », dans la genèse des qualités acquises. Quant à leur hérédité,, il' distingue trois

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