CHAPITRE n. — LE DÉTERIfllIISME SOCIAL 6l
sortes de qualités acquises : V celles qui sont acquises à la suite des variations simples et générales dans l'espèce ; a* celles qui sont acquises par des variations individuelles fortes ; S"" enfin cdles qui sont âccpiises par des variations individuelles faibles. Les premières, surtout lorsqu'elles sont dues à la nourriture et au climat, sont transmissibles» à condition que ce climat et cette nourriture soient permanents. Les secondes, — les qualités indir vidudles fortes — sont très exceptionnellement transmissibles. Les variations individuelles faibles enûn, celles qui distinguent un homme normal d'un autre homme normal, ne sont jamais transmissibles. On peut résumer la thèse de M. Delage dans ces quelques mots : l'hérédité des caractères acquis est vraie seulement lorsque les circonstances extérieures, qui les ont provoqués, sont permanentes et générales ; elle peut être exprimée en fonction même de ces circonstances (i).
M. Le Dantec, à son tour, pour expliquer le mécanisme de l'hérédité, fait appel à depx principes déterminés qui, à son avis, régissent les phénomènes biologiques : la corrélation et la coordination. Si le principe de la corrélation, c'est-à-dire le retentisse* ment du soma sur le germe était seul à s'y appliquer, l'hérédité serait vraie, d'une façon absolue. Comme le principe de la coordination, — l'adaptation aux conditions extérieures de la vijs, — intervient, aussi il contrecarre l'hérédité. Celle-ci devient possible seulement lorsque lès conditions des générations antérieures sont identiques aux conditions des générations ultérieures (a).
En d'autres termes, selon M. Le Dantec aussi, l'hérédité dépendra entièrement de la mobilité et de la complexité des circonstances extérieures. 11 nie surtout que l'influence de l'éduca-
(1) La Structure du Protoplasme et l'Hérédité^ Paris, Reinwald, f* éd. 777, 81» et 826.
(S) Voir Evolution individuelle^ Paris, Alcan. — Méthode déducUve en Biologie, Reo. pM(., 1901, p. 45. — L'Hérédité clef de phénomènea biologiques, Rev. Génér. des Scieneet, p. 731, 799.
6a LIVRE I. ^ LE PROCESSUS DU DÉVELOPPEIflinr SOCIAL
tion sur les « rapports microscopiques des neurones » aoll ImiS' missible.
En Angleterre, M. Georges Adami envisage le problème de l'hérédité à peu près comme M. Le Dantec. Il distingue, lui aussi, deux principes : inhéritance and environemeni (i). L'hérédité absolue serait TefTet de la structure des cellules contenues dans le germe de Tidéoplasme, car ces cellules retiennent la modifie»* tion dans le cas où l'ensemble des conditions est le même. « Par suite, dans la mesure où les conditions environnantes sont inaltérables, Tidéoplasme ne change pas, et l'hérédité est assurée ; quand ces conditions changent, l'idéoplasme peut varier dans sa constitution chimique, et l'hérédité est exclue ». Elle dépend, d'après cet auteur, essentiellement de la constitution chimique de l'idéoplasme.
M. W. P. Bail trouve également « que l'hérédité des exercices devient absolument impossible toutes les fois qu'elle se trouve en conflit avec le grand principe dominant de la sélection » (a). Il faut ajouter que M. Bail comprend par sélection, exactement ce que M. Le Dantec entend par principe de la corrélation.
Jusqu'ici c'est plutôt l'instabilité, la mobilité des circonstances extérieures qu'on a eue en vue. 11 faut maintenant insister un peu sur leur complexité. Nous n'avons pour cela qu'à faire appel à l'un des partisans de l'hérédité absolue : à M. Ribot lui-même. Dans ses monographies devenues classiques sur la volonté et sur la mémoire, il a établi et rendu évidentes des thèses comme les suivantes : les fonctions de l'intelligence u qui sont nées les premières » « sont les dernières & dégénérer ; un état complexe a beaucoup moins de chance de se reproduire et de durer ». ((La dissolution des actes volontaires et des acquisitions de la mémoire suit une loi logique, qui va du plus récent et du plus corn-
(1) BritUb médical JoumtU, 1889, p. 3tl. 3SB.
(2) Les Effets de l'usage et de la désuétude, Paris. 1881, p. 107.