CHAPITRE III. — LA MÉMOIRE (rÉTB^ITION) IQS
Selon M. Bergson, u Timage indépendante est un produit artificiel et tardif de Tesprit: en fait nous percevons les ressemblances avant les individus qui se ressemblent et, dans un agrégat de parties contiguës, le tout avant les parties. C'est par une dissociation que nous débutons, la tendance de tout souvenir à s*en agréger d autres s'explique par un retour naturel de l'esprit à l'unité indivisée de la perception » (i).
Tous les trois, ces critiques de Tassociationisme considèrent le fait de l'association comme donné, original, par suite irréductible et pour eux, ce sont les idées isolées qui seraient des abstractions artificielles, inexistantes en réalité. La question, on le voit bien, n'a point été résolue. La difficulté est tournée mais non vaincue. Eux-mêmes, ces auteurs, continuent de parler de lois de similarité et de contiguité. Si irrégulier que soit le flot des pensées, (( à le regarder de plus près, il révèle souvent, dit James, des liens bien précis. Ces connexions peuvent être de ressemblance , de coexistence » (a). De même Hôfi'ding et Bergson (3), tous les deux de manières différentes ne laissent pas de donner l'explication de l*association des idées par la ressemblance et la contiguité. Toutefois, si précieuses et utilisables que soient leurs remarques, faute d'avoir bien saisi la nature toute sociale des conditions qui déterminent eflectivement l'association des idées, ils n'ont pas donné encore, pensons-nous, la solution du problème.
11 suffit de s'en tenir aux deux formes qu'on a unanimement reconnues à l'association des idées : i» la contiguité; a** la ressemblance. D'abord, à bien considérer ces deux formules, nous avons là les deux éléments qu'on distingue ordinairement dans le fait de la mémoire, savoir la rétention des faits remémorés et la reconnaissance. Cela prouve qu'on devrait représenter les élé-
(i) Matière et mémoire. Paris, Alean, 1896, p. 180. (S) Op. cit. t. i, p. 530.
(3) Op. Ht, pp. 181-187.
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ments constitutifs de la mémoire autrement que nous Favons fait avec James. Nous devons donc dire qu'il faut distinguer dans la mémoire deux faits : i" la plasticité organique; a** l'association des idées. Comme la mémoire organique a été laissée de côté, il nous reste à nous occuper exclusivement de l'association.
Observons encore, préalablement, que les deux formes de l'association : contiguïté et ressemblance, sont toujours l'écho de la nature de la conscience répercuté à travers la mémoire jusque dans l'association des idées. De fait, qu^est-ce que la contiguïté et la ressemblance? sinon Fane Vanité formelle, et Vautre V unité réelle du moi.
L'association par contiguïté est définie dans les traités de psychologie : u Les sensations et représentations des choses ou des propriétés, qui se présentent simultanément, ou bien en succession immédiate dans notre expérience, tendent à s'évoquer ensuite mutuellement » (1). Toutes les fois que la perception
a du groupe a + b + c + se présente isolée, elle tend à
rappeler le reste 6 + c L'association par ressemblance est la
force qu'a une image de rappeler les images qpii lui ressemblent ou avec lesquelles elle a plus ou moins d'analogie. La perception a peut évoquer, toutes les fois ou très souvent, les perceptions a + a' + a'' +
2" On a toujours essayé de réduire l'association par ressemblance à l'association par contiguïté, et, à nos yeux, non sans raison.
a). Or, nous ne voyons pas de quelle manière, par quel charme spécial la ressemblance peut, d'elle-même, être douée de forces évocatrices. « La similarité entre les objets ou entre les pensées n'a pas de force causale pour nous conduire d'une idée à une autre », nous apprend James (2).
(1) HôFrDiNO, op. cit. p. 206.
(2) Op. cit. p. 691.