‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 71 sur 153 · CHAPITRE m. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) I · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) I

Nous le comprendrons encore moins lorsque nous pensons qu'on a trouvé que le contraste a la même vertu évocatrice que la ressemblance. Nous sommes même surpris qu'on ne se soit pas encore aperçu que cette association par contraste était sans plus la réfutation formelle de l'association par ressemblance. Il n'y a rien de contradictoire qu'une idée rappelle une autre idée simplement différente, car, comme le dit M. Bergson, les idées simplement différentes ont toujours quelque chose de commun entre elles. Mais le contraste est la négation même de toute ressemblance. Dès lors, admettre que la ressemblance présente cette propriété de lier les idées entre elles, au même titre que le manque complet de toute ressemblance, qu'est-ce à dire sinon que cette propriété du semblable est parfaitement illusoire P Cela voudrait donc dire, en d'autres termes, qu'un phénomène B est l'effet d'un phénomène concomitant A, indifféremment s'il est ou non précédé par celui-ci.

La logique élémentaire refuse de l'admettre. Peut-être n'est-ce qu'une illusion dont nous trouverons la raison.

La ressemblance n'a donc pas, par elle-même et d'elle seule, la force psychique de lier des idées. Si elle semble pourtant l'avoir, c'est qu'elle la détient d'ailleurs. Mais dans ce cas même, remarquons quje l'association par ressemblance est plutôt un accident, loin d'être le cas le plus fréquent. Le cas le plus fréquent est celui de l'association de perceptions simplement différentes. Cela est si vrai qu'habitués à cela, nous n'y réfléchissons pas. Au contraire, l'association par ressemblance, autant que l'association par contraste, à cause même de sa rareté, nous frappe davantage et nous sommes ainsi réellement portés à l'estimer davantage.

Qu'on prenne n'importe quel livre, qu'on le lise d'un bout à l'autre, examinant la liaison des idées, et on sera convaincu si ce n'est pas très rarement que la simple ressemblance lie deux idées l'une à l'autre. Mais non seulement l'association par ressem-

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blance est rare et superficielle, elle est même impossible et par suite illusoire.' En effet, pour constater la ressemblance de deux images, il faut indispensablement, qu*on puisse les comparer. Mais, pour pouvoir les comparer, il faut les mettre Tune à côté de l'autre, il faut qu'elles coïncident ou se suivent dans Tesprlt ; bref, il faut qu'elles soient contiguës. Et du moment qu'elles sont contiguës et qu'on reconnaît à la contiguïté la vertu évocatrice, la ressemblance ne devient-elle pas superflue pour lier les idées P

Dira-t-on que la ressemblance est l'élément de la reconnaissance, sans lequel non seulement le souvenir, mais l'association des idées en elle-même n'est pas parfaite? Mais on reconnaît que des idées sont semblables ou différentes seulement après qu'elles ont été rapprochées. C'est donc la contiguité qui rend possible la similitude, et jamais la similitude ne rend possible la contiguité, ou ce qui revient au même, l'association des idées. On ne peut pas nous opposer les cas rares, où la similitude, par elle-même, nous suggère une idée absente. En ce cas, le semblable ne rappelle le semblable que parce qu'ils ont été contigus avant même d'être reconnus semblables. Le même effet, parfaitement le même, peut être attribué au difTérent. La diflérence, au même titre que la ressemblance, peut lier les idées, une fois qu'elles ont été reliées, en réalité, une fois qu'elles ont été contiguës. Et c'est peut-être seulement dans ce sens-là qu'il faut comprendre l'association par contraste qu'on ajoute à l'association par ressemblance. La ressemblance n'est pas plus propre que la différence à relier les images : elle l'est autant mais d'une façon négative.

6). L'examen de l'association par ressemblance nous a montré l'impossibilité de cette sorte d'association et nous a conduit, de toutes façons, à l'association par contiguité. Voyons maintenant si la contiguité nous offre une base plus solide pour l'association

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