CHAPITRE m. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) I
des idées (i). Que Yeot-on dire par la loi de contiguïté P Deux ou plnsieurs idées qui se présentent, simultanément ou successivement, tendent ensuite à s'évoquer mutuellement P En est-il ainsi P voilà toute la question ; d'abord observons avec James que s'il en était ainsi l'ordre mental devrait copier l'ordre du monde extérieur, c'est-à-dire qu'il faudrait que notre esprit reproduisît, d'une façon plus ou moins fidèle, les consécutions qui nous sont données à J'extérieur (2). Or, c'est là un cas très rare et irréalisable. Il est rare, dit Bain, qu'un fait, qui ne s'est produit qu'une seule fois, laisse une idée durable qui puisse revenir d'elle-même ; le plus souvent, il faut pour cela plusieurs répétitions du même fait. Pareillement, dans l'ensemble de a -f 6 + c + il est rare que a rappelle, par soi-même, 6 -H c +... par le simple fait qu'il a été une fois relié avec ceux-ci. Pratiquement, comme le dit Bain (3), il faut que nous répétions expressément et plusieurs fois le tout, tel quel, pour qu'enfin l'un des termes puisse évoquer les autres. Donc, s'il est déjà difiicile de supposer que le simple fait de la contiguïté d'à avec 6 et c suiBt pour qu'il puisse les évoquer, cela devient presque impossible, quand, comme c'est toujours le cas, a était en contiguïté avec d'autres termes encore > f -{- g '^^' ou X -h y +. . . car il n'y a pas de motifs pour que / + ^ ou a: + z. .. ne soient pas rappelés aussi bien que 6 + c. C'est d'ailleurs ce qui fait que jamais l'ordre mental ne reproduit l'ordre du monde extérieur.
Par conséquent, il semble que la contiguïté n'est un principe suffisant de l'association des idées, que dans ces trois cas : I* lorsque les termes en contiguïté ne rentrent que dans un seul groupement ; a° lorsqu'on répète expressément les termes en contiguïté dans leur ordre précis ; 3o lorsque le monde extérieur
(1) M. Th. RiBOT ■ pn dire, et iTee raison, qae l'eiplieation de l'issocliUoD des idées par la conUguité est une Térilé de la i'a/iise, one pure laulologie {Revue PMI. 1903.
(2) Op. dt. t. U, p. 566.
(3) La science de l'éducation^ pp. 15-16.
aOO LIVRE U. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE
présente, de lui-même, une répétition constante, inaltérable, des termes contigus dans leur ordre. Mais qu'indique cette répétition, sinon précisément cette ressemblance même que nous avions trouvé superflue, une fois la contîguité donnée.
Bien que superflue, elle se trouve donc sous le nouvel aspect de la répétition, à la base même de la contiguité. Vue en eUemême, nous trouvons que la contiguïté est aussi illusoire que la ressemblance dans rexplication de Fassociation des idées. M. Bergson dit bien qu aucune des deux propriétés ne nous renseigne sur le mécanisme de l'association, et même, à vrai dire, qu'elle ne nous apprend absolument rien (i).
La conclusion à tirer de là, c'est que ces deux lois : de la ressemblance et de la contîguité, sont loin d'être, à proprement parler des lois. Elles sont des indications d'une certaine régularité. Elles ont besoin de plus de réalité, dans le flot des pensées, dans cette connexion ou synthèse îndéflnie d'états d'âme, qui constituent la conscience. Nous venons d'entrevoir, au moins, l'une des conditions qui font que la ressemblance et la contiguité ne sont pas encore de vraies lois. Si la répétition s'ajoutait à la contiguité et à la ressemblance, peut-être la régularité seraitelle par cela mieux donnée.
S III. — QUELLES SONT LES CONDITIONS RÉELLES QUI DÉTERMINENT l'association DES mÉES ?
Répondre à cett« question c'est retourner sur nos pas, et donner l'explication plus détaillée d'un fait, que nous avons déjà examiné, savoir la cohésion des états d'âme, qui composent la totalité de notre esprit. D'abord il faut remarquer que les explications données, ou qu'on peut donner, sont de deux genres :
(1) Op. cit., p. 178.