CHAPITRE III. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) aOI
biologiques et sociales. Quel est le degré de probabilité de chacune?
A). Les conditions physiologiques de Vassociaiion des idées. — Voici, en résumé, Tétat théorique de la question, au moins chez quelques-uns des plus notables psychologues contemporains qui s'en sont occupés.
« Il n*y a pas d autre loi élémentaire causale de l'association que la loi de l'habitude neurale » ( i). Ou, ce qui est encore plus précis : « La loi de la contiguité est un résultat des lois de l'habitude propre au système nerveux. Cette loi psychologique de l'association sera un effet, dans l'esprit, de ce fait physiologique que les courants nerveux se propagent très facilement sur les voies qui ont été déjà plusieurs fois traversées )) (a). Ces qualités spéciales de la matière s'expliquent parle fait qu'(( une voie traversée par un courant nouveau, est rendue ainsi plus perméable qu'auparavant, et ainsi de suite avec chaque nouveau courant » (3).
La théorie de James est typique sur ce point. C'est la conception courante de l'association des idées ; toutes les autres n'en sont que des variantes. Nous n'en citons quelques-unes que pour bien mettre en relief des points essentiels. M. Baldwin se demande comment les images diflérentes peuvent s'éveiller les unes les autres. Tout d'abord il est clair, dit-il, qu'elles ne peuvent apparaître ensemble qu'autant que les excitants extérieurs originaux sont simultanés. En d'autres termes, « Vassociaiion par contiguité n*est que la traduction de la stimulation extérieure en stimulation intérieure, par l'intermédiaire de la mémoire » (4). Pour préciser davantage son idée, l'auteur fait, plus loin, appel au principe de l'assimilation qu'il emprunte à Herbart et à Wundt en l'adaptant à sa manière de voir. En vertu du principe général
(1) jAMBS.Qp. cit., 1. 1., p. P66.
(i) Ibidem, p. 561.
(3) Ibidem, p. 106.
(4) Le développement mental, pp. 72, 73 et 74.
de rhabitude, rassimîbtion de deux oa plmieQrs éléments à un troisième résulte de la décomposition de leurs décharges motrioes en une seule décharge plus forte, seule discernable... Les présentations s'associent par contiguité, parce qu'elles s'unissent en une seule décharge motrice ; par similarité, parce que deux décharges ne s'unifient en une décharge commune que par leur association avec une troisième. L'énergie des nouveaux processus présentatifs se dépense par les canaux des vieilles déchaînes auxquelles elles ressemblent ( i ). Et, enfin, la condition essentielle et par suite dernière de cette assimilation, M. Baldwin la voit, comme James et tout le monde, dans cette tendance des nouveaux processus, à s'exprimer par les réactions motrices, déjà formées. Seulement, à tort ou à raison, plutôt à tort selon nous, il donne le nom d'imitation à cette propriété de la matière nerveuse de devenir plus perméable par le passage répété des courants nerveux.
Wundt ne se contente pas de l'explication psychologique généralement admise : « Que toutes les impressions laissent, dans l'organe cérébral, des traces qui sont persistantes et leur ressemblant en quelque manière ». 11 précise en montrant que la trace facilite non seulement la naissance de certains processus, mais présente même un état permanent, analogue encore en cela au processus qui doit se renouveler. Bref « les traces consistent essentiellement en des dispositions fonctionnelles », puisque (( dans une voie conductrice qui est souvent mise en réquisitiony la conduction s'opère toujours avec d'autant plus de facilité ». Et cela, « conformément aux propriétés de la substance que chaque excitation d'une surface sensorielle, centrale, laisse après elle une disposition au renouvellement de cette excitation ». C'est donc ce qui fait, selon Wundt, « que les représentations disparues de la conscience ne continuent pas à exister, comme telles,
(l)/6t(/em, pp. 281-282.